La carte qui dérange : en 1945, les Juifs possédaient déjà les terres qu’on les accuse d’avoir volées

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La carte qui dérange : en 1945, les Juifs possédaient déjà les terres qu’on les accuse d’avoir volées

Les Juifs ont-ils « volé la terre » en Israël ? Ce que révèle la carte du JNF de 1945 sur le plan de partage

Longtemps accusés d’avoir « volé la terre », les Juifs furent pourtant parmi les rares acteurs de la région à acquérir des parcelles en Palestine mandataire selon les lois ottomanes puis britanniques.
Bien avant le vote de l’ONU en 1947, des centaines de milliers de dunams avaient déjà été achetés, cultivés, assainis, transformés en villages, fermes et kibboutzim.

La carte foncière du Fonds national juif datée de 1945, rarement montrée aujourd’hui, dévoile une réalité que beaucoup préfèrent ignorer :
l’État juif n’est pas né d’un décret, mais d’un siècle d’achats, de reçus, de contrats et d’un travail acharné sur des terres négligées ou désertées. Elle oblige à regarder autrement la question, devenue slogan, de savoir qui possédait réellement quoi avant 1948.

Un récit largement diffusé, dans les salles de classe, sur les réseaux sociaux et à travers les
« cartes de partage » simplifiées, affirme que les Juifs seraient arrivés en Palestine mandataire comme des étrangers, se seraient emparés de terres qui ne leur appartenaient pas, auraient chassé les Arabes, et n’auraient reçu un État qu’à la faveur d’un vote des Nations Unies en 1947.
L’implication est directe : le plan de partage aurait été un projet destiné à voler des terres arabes pour les attribuer aux Juifs.
Ce récit prétend que les Juifs européens auraient colonisé une population autochtone et se seraient installés sur une terre qui n’était pas la leur.

Cet article ne cherche pas à trancher l’ensemble des débats relatifs à l’indigénéité juive.
Il se concentre sur un élément précis et vérifiable : la terre.
Plus exactement, sur la question de savoir quelle proportion du territoire figurant dans le plan de partage de l’ONU avait déjà été légalement acquise par des Juifs avant 1947.

La référence principale est la carte de propriété foncière du Fonds national juif, établie en 1945, qui montre l’étendue des terres déjà possédées légalement par des particuliers et institutions juives à la fin du Mandat.
Cette carte permet également de comprendre pourquoi la propriété privée juive n’a pas besoin de coïncider avec les frontières proposées par l’ONU pour que le plan de partage soit légitime.

Ce que montre la carte du JNF de 1945

En 1945, le département topographique du JNF a dressé une carte répertoriant les terres déjà acquises par des institutions et des particuliers juifs en Palestine mandataire.
Elle met en évidence des parcelles disséminées dans la plaine côtière, dans certaines zones de la Galilée, dans la vallée de Jezréel et dans différentes régions du Néguev.
Il ne s’agissait pas de projets théoriques ni de revendications abstraites, mais de propriétés titrées, possédées depuis des années ou des décennies, bien avant que les Nations Unies ne votent le plan de partage en 1947.

Cette carte n’était pas un projet de frontières. Ce n’était pas un document des Nations Unies. Ce n’était pas un inventaire complet de chaque parcelle de Palestine. Elle représentait une partie du territoire, dans un pays où une portion très importante des terres, environ quarante six pour cent, était classée comme terre d’État ou terre publique sous les régimes ottoman puis britannique.

Sa valeur tient à ce qu’elle révèle : l’émergence d’un État juif ne fut pas la création soudaine d’un vote international, mais l’aboutissement de décennies d’achats légaux, d’investissement économique et de construction de communautés agricoles qui avaient profondément transformé la réalité démographique et sociale du pays.

 Comment les Juifs ont acquis ces terres avant 1948

À la fin du dix neuvième siècle, un mouvement nouveau prit forme, porté par une prière et un désir vieux de deux mille ans : retourner à Jérusalem et en Terre d’Israël.
Ce mouvement, appelé sionisme, envisageait un retour concret sur la terre ancestrale à travers l’acquisition, la restauration et la mise en culture de terrains. Il ne s’agissait pas d’un projet militaire ni d’une entreprise coloniale, mais de l’organisation d’un retour volontariste sur une terre chargée d’histoire.

Pour structurer cet effort, le mouvement sioniste fonda le JNF lors du cinquième congrès sioniste en 1901.
Sa mission était simple : acheter des terres en Palestine, alors sous contrôle ottoman puis sous mandat britannique, afin d’y établir des communautés juives et de développer l’économie agricole.
Pour financer cette entreprise, le JNF fit appel aux communautés juives du monde entier.
L’un de ses outils les plus emblématiques fut la petite boîte de collecte bleue déposée dans les foyers, les écoles et les synagogues.
Les pièces glissées dans ces boîtes servaient à acheter des terres pour les générations futures. La boîte devint un symbole à part entière, celui d’une participation collective à la reconstruction d’une terre ancestrale.

Dans les années quarante, des millions de Juifs avaient contribué à ces fonds de solidarité.
Les efforts du JNF, renforcés par ceux de grands philanthropes, visaient à soutenir des implantations agricoles fragiles. Parmi eux, le baron Edmond de Rothschild finançait personnellement des localités naissantes et en difficulté, telles que Rishon LeZion, Zikhron Yaakov et Rosh Pinna.

Entre 1901 et 1947, des institutions juives, des sociétés foncières et des particuliers achetèrent des terres auprès de propriétaires arabes absentéistes établis à Beyrouth, Damas ou Istanbul, parfois auprès de propriétaires locaux, et plus rarement auprès de l’État.
Toutes ces transactions furent réalisées selon les lois en vigueur, d’abord ottomanes, puis britanniques.
Le JNF se concentrait délibérément sur des zones peu peuplées pour réduire les risques de tensions. Dans les cas où les terres étaient occupées par des locataires ou des squatteurs, le JNF les indemnisait selon des montants supérieurs à ceux exigés par les lois en vigueur.

La propriété juive à l’aube de 1947

À la fin du mandat britannique, les terres appartenant à des Juifs représentaient encore une minorité de la superficie totale de la Palestine mandataire, mais cette minorité était significative et concentrée dans des régions stratégiques.
La carte établie en 1945 par le département des levés topographiques du JNF montre comment la colonisation agricole juive s’était étendue dans la plaine côtière, en Galilée, dans la vallée de Jezréel et dans le Néguev, des régions souvent négligées ou sous exploitées avant l’arrivée des pionniers sionistes.

L’unité de mesure utilisée était le dunam. Le total des dunams achetés par le JNF et par des investisseurs privés était de deux millions quatre cent quatre vingt deux mille sept cent quatre vingt deux dunams, soit environ six cent vingt mille six cent quatre vingt quinze acres ou neuf cent soixante dix miles carrés.
Ces chiffres sont essentiels car ils montrent que le projet sioniste reposait sur l’achat et le développement de la terre plutôt que sur la conquête, et qu’il avait logiquement concentré ses implantations dans des zones continues plutôt que dispersées.

Le plan de partage de l’ONU de 1947

29 Novembre 1947, les Nations Unies adoptèrent la résolution 181 , la clause des juifs, fixant un plan de partage divisant le territoire en un État juif et un État arabe, avec Jérusalem placée sous administration internationale.

Les critiques décrivent parfois ce vote comme un « don » de terres aux Juifs, ou comme l’expression d’un « vol » des terres arabes.
Mais une part importante de ces terres avait déjà été achetée légalement, ce qui distinguait clairement la situation des Juifs.
Les Nations Unies ne dessinaient pas une carte des titres de propriété, mais cherchaient à créer deux États viables selon des considérations démographiques, agricoles, économiques et géographiques, ainsi que sur la base des terres domaniales disponibles.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le plan différait de la proposition de la Commission Peel de 1937 qui envisageait un État juif beaucoup plus restreint, influencé par le contexte politique de la Révolte arabe et de la répartition des implantations de l’époque.

La zone assignée à l’État juif dans le plan de partage couvrait environ cinq millions quatre cent mille acres, dont soixante pour cent situés dans le désert du Néguev, alors largement aride et peu habité.
Les efforts du mouvement sioniste contribuèrent à transformer cette région en exploitations agricoles, en forêts, en kibboutzim et en villes.
Au nord, environ deux millions cent soixante mille acres demeuraient, dont six cent vingt mille six cent quatre vingt quinze acres appartenaient déjà à des Juifs, soit environ un quart.
Les trois quarts restants consistaient principalement à relier ces terres entre elles.

 

La carte qui dérange : en 1945, les Juifs possédaient déjà les terres qu’on les accuse d’avoir volées

La carte qui dérange : en 1945, les Juifs possédaient déjà les terres qu’on les accuse d’avoir volées

 

Une large partie des hauts plateaux centraux, qui étaient composés de terres agricoles fertiles où la propriété juive était limitée, fut attribuée à l’État arabe. Le partage adopté par les Nations Unies ne surgissait donc pas du néant. Il s’appuyait sur des réalités déjà façonnées par des décennies de travail et de philanthropie juifs.

Le rôle du JNF dans la transformation du pays

Les réalisations du JNF ne se limitèrent pas à l’achat de terres.
L’organisation assécha les marais de Hula, infestés de paludisme, transforma le Néguev en terres cultivables, développa des techniques d’irrigation et planta des forêts dans des zones où ne se trouvaient autrefois que des collines arides. Son activité incarna l’idéal du mouvement sioniste qui voulait faire renaître la terre.

 

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