J'ai répondu à une lettre d'amour retrouvée vingt ans plus tard

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Cher Sam,

Voici une vingtaine d'années que tu m'as écrit cette lettre d'amour.
Pardonnes-moi, mais je ne crois pas y avoir répondu et le pire est que je ne suis pas sûre de me souvenir de toi.

Pour tout te dire, mon père a décidé, ,brusquement, qu'il avait besoin de plus d'espace dans la maison de notre enfance - en fait sa maison. Je n'ose pas imaginer pourquoi.
J'ai levé les yeux au ciel , comme je le faisais vingt ans plutôt quand j'y vivais encore.
Et  je me suis retrouvée, assise, en tailleur à même le sol ,de mon ancienne chambre, entourée d'une pile de souvenirs de ma jeunesse.

Des tours de papiers d'école jaunissants, des tas de rubans d'événements sportifs -comment ai-je pu courir un kilomètre en moins de sept minutes ?-
Des tas de photos, certaines avec des visages que je pourrais à peine nommer et d'autres dont je savoure encore le sourire dans mon souvenir.

Les souvenirs tourbillonnaient dans mon esprit, reflétant aussi le chaos de la pièce générant un sentiment de claustrophobie - pas tout à fait désagréable - amusant et gênant à la fois.
J'avais l'impression de pénétrer de façon intrusive dans la vie de quelqu'un d'autre.
Puis quelque chose a attiré mon attention, ta lettre :

"Je sais que ça va paraître curieux mais j'ai le béguin pour toi et ce depuis le premier jour."

Eh bien, ça  commence fort !

Premier jour de quoi ? La lettre n'était pas datée. Je n'ai pas reconnue l'écriture.
Je dois dire, Sam, que ta calligraphie est incroyablement belle.

Je poursuis ma lecture et apparemment, j'apprend qu'on a travaillé ensemble dans un camp d'été du JCC.
Tu avais 16 ans et j'avais un an ou deux de moins que toi.
Tu appréciais que je rie de tes blagues.
J'ai finalement tourner la page pour lire ta signature dans l'espoir d'y mettre un visage
J'ai un peu honte de te l'avouer mais je n'ai qu'une vague idée de qui tu étais !

C'est le problème avec la mémoire, Sam, même pour un premier de la classe il devient vite un crétin, avec le temps qui passe.

Déjà, que je ne me souviens à peine, si j'ai bien donné le pain aux raisins à mon propre enfant qui est à la maternelle  ou si j'ai bien lavé le t-shirt dinosaure de celui de quatre ans qu'il  porte tous les deux jours, ou si j'ai bien noté son prochain examen de santé.

Ce qui me fait le plus mal est que je commence même à oublier les câlins que je faisais à mes enfants quand ils étaient encore nourrissons. Les moments forts que l'on ne vit qu'une fois, ceux qui font que la vie vaut le coup d'être vécue, tout tout doucement font place à une nébuleuse présents, certes, mais où l'émotion a déjà déserté.

Toutes ces images que j'ai tenté de rendre indélébiles dans ma mémoire, même les plus récentes, comme lorsque mon plus jeune a fait ses premiers pas, toutes sans exception et à mon grand désarroi, au fil du temps, deviennent floues.

Ce n'est donc pas une surprise si je me souviens pas de ce que j'ai pu ressentir quand j'ai du lire ta lettre alors que j'étais qu'une adolescente, n'étais-je pas intéressée ? Etais-je effrayée ? - ou simplement je ne me souviens plus de ma réponse.

L'amour non partagé est une saloperie ! Sam, j'espère vraiment que je ne l'étais pas.

Pour une raison que j'ignore, tes mots ont fait tomber des pièces de monnaies dans ma banque de confiance et c'est un sentiment merveilleux.

j'ai rangé ta lettre dans un tiroir et non à la poubelle. D'ailleurs si je l'ai gardée n'est-ce-pas une preuve qu'elle était importante pour moi,  déjà, à cette époque ?

Et ce sentiment galvanisant qui m'envahie, tout à coup, alors que je ne pensais pas être quelqu'un de remarquable, quelqu'un , toi , m'a remarqué.

La mère de trois enfants que je suis aujourd'hui, a laissé son passé prendre toute la place dans la chambre de son enfance. Quel délicieux sentiment. Tu m'as rendu accro, Sam.

En continuant à lire, j'ai vraiment commencé à penser à tes paroles - et à celles de mes enfants. Encore un coup de poing dans le ventre : Mes jeunes enfants sont plus près de l'âge que j'avais lorsque j'ai reçu ta lettre que je ne le suis maintenant et même de beaucoup.

"Je suis sûr que tu as remarqué que je suis un peu timide. J'espère que ça ne te déranges pas"

Tu sais qui d'autre est timide, Sam ? Ma fille de 6 ans. Il m'a fallut du temps pour comprendre que je ne peux pas être sa voix, qu'elle apprendra à s'exprimer quand elle veut ou a besoin d'être entendue. Tu m'as rappelé que timide ne veut pas dire faible.
Après tout, il a fallu beaucoup de courage pour écrire et me donner cette lettre.
Cette audace est quelque chose que je m'efforce d'enseigner à ma fille.
Quelque chose qui m'a pris pour moi des années à accomplir et pas certaine que j'y sois totalement arrivée

"Je ne t'écrirais pas si je ne voyais pas quelque chose de spéciale en toi".

J'essaie, vraiment, d'apprendre à mes enfants à voir le bien en chacun. Tu l'as vu en moi, même si je n'étais qu'une adolescente plutôt maladroite.
Mon fils de 4 ans parle à tout le monde. Partout, à la caissière de l'épicerie, à la voisine, alors que moi je ne lui adresse qu'un sourire poli.

J'ai été trop réservée ou trop centrée sur moi-même pour m'arrêter à écouter et à laisser entrer les autres. Tes paroles sont un autre rappel poignant, Sam, pour aider tous les membres de ma famille (moi y compris) à exploiter le potentiel de chacun d'entre nous.

"S'il vous plaît, donne-moi une chance."

D'accord, tu es un peu harcelant mais j'apprécie tes manières et ta persévérance.
Ce petit mot, s'il vous plaît -écrit à plusieurs reprises, avec détermination -
Entre nous j'essaies d'enseigner cela à mon fils de 2 ans:un subtil mélange de politesse et de ténacité. Ce que tu as parfaitement illustré dans ta lettre.

Sam, où que tu sois et qui que tu sois je parie que  tu ne pensais pas que tes paroles, tes pensées de l'adolescent que tu étais parleraient de façon aussi émouvante et aussi inspirante à une femme de 38 ans.  Et pourtant...

Je te prie d'accepter mes excuses pour ma réponse si tardive et acceptes également toute ma gratitude pour ce que tes mots, vingt ans plus tard, m'ont finalement apportés.

Et s'il te  plaît, s'il te plaît, enseignes à tes enfants - j'espère que tu en as - cet art depuis si longtemps perdu, l'écriture de lettres.

Admirablement,

Jodie

 

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