Iran : l’économie à bout de souffle, la théocratie face à son moment de vérité

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Iran : l’économie à bout de souffle, la théocratie face à son moment de vérité

Iran : l’économie à bout de souffle, la théocratie face à son moment de vérité

L’Iran n’est pas au bord d’une simple crise économique. Il traverse une phase de désagrégation systémique, lente mais profonde, où l’économie, la rue et la légitimité du pouvoir s’effritent simultanément. La question n’est donc plus de savoir si le régime est fragilisé, mais ce qui pourrait précipiter le basculement.

Parmi les hypothèses évoquées, celle d’une perte de revenus liés au narcotrafic mérite d’être examinée avec rigueur, loin des fantasmes mais sans naïveté.

Les faits sont désormais établis par des sources internationales concordantes : l’économie iranienne est entrée dans une zone de turbulence durable, aggravée depuis fin 2025 par un faisceau de chocs internes et externes.

L’inflation oscille entre 40 et 50 %, le rial a atteint un niveau historiquement abyssal à 1,31 million pour un dollar, contre environ 140 000 avant le rétablissement des sanctions américaines. En sept ans, la monnaie nationale a perdu plus de huit fois sa valeur, transformant chaque importation – médicaments, équipements médicaux, matières premières – en produit de luxe inaccessible.

Cette chute monétaire n’est pas un indicateur abstrait. Elle se traduit concrètement par des pénuries, une paupérisation accélérée des classes moyennes et une économie quotidienne devenue imprévisible.
La Banque mondiale anticipe désormais une contraction du PIB de 1,7 % en 2025 et de près de 3 % en 2026, effaçant les maigres perspectives de croissance évoquées encore un an plus tôt. Le budget présenté pour 2026, officiellement en hausse de 5 %, constitue en réalité une réduction nette des dépenses publiques une fois l’inflation intégrée. À taux de change réel, l’État iranien fonctionne avec un budget largement inférieur à celui de ses voisins régionaux, y compris Israël.

À cette fragilité structurelle s’ajoute un autre symptôme inquiétant : l’évaporation des devises. En 2025, près de 95 milliards de dollars d’exportations non pétrolières n’ont pas été rapatriés dans les circuits officiels. Le régime compense par une fiscalité de plus en plus agressive, frappant commerçants, artisans et petites entreprises, au risque d’étouffer les derniers poumons économiques du pays.

C’est précisément dans ces milieux que la contestation a explosé. Les manifestations parties du Grand Bazar de Téhéran fin décembre 2025 ont rapidement gagné 17 provinces. Elles ne sont ni idéologiques ni organisées par des réseaux politiques classiques.
Elles sont économiques, brutes, transversales. Des commerçants ruinés, des étudiants sans avenir, des familles étranglées par la hausse des prix. Le pouvoir a répondu par des arrestations massives et une répression ciblée, tout en reconnaissant publiquement, fait rare, le caractère « légitime » des revendications.

Dans ce contexte déjà explosif, la question des revenus occultes refait surface.
Des enquêtes judiciaires et parlementaires occidentales confirment depuis plusieurs années l’implication du Hezbollah, allié stratégique de Téhéran, dans des réseaux internationaux de cocaïne, notamment en Amérique latine.

Ces circuits ont permis de financer ses activités militaires et logistiques via le blanchiment d’argent, en lien avec des cartels locaux. Des saisies massives réalisées en 2025, notamment en Europe, ont mis en lumière l’ampleur de ces réseaux.

Cependant, les sources sérieuses sont unanimes sur un point : ces flux n’ont jamais constitué un pilier central de l’économie iranienne.

Ils financent avant tout les opérations extérieures du Hezbollah et, indirectement, la stratégie régionale de l’Iran. Aucune donnée vérifiée ne permet d’affirmer qu’une rupture récente de ces circuits aurait privé l’État iranien de ressources décisives pour son budget national.
L’Iran reste d’ailleurs l’un des pays les plus touchés par le trafic de drogues entrant, notamment d’opiacés en provenance d’Afghanistan, qu’il combat officiellement à grands renforts de saisies et de démantèlements internes.

Pour autant, minimiser l’impact indirect serait une erreur. Dans une économie déjà asphyxiée par les sanctions, la corruption et la mauvaise gestion, toute réduction de flux financiers parallèles affaiblit la capacité du régime à maintenir son appareil d’influence régionale. Moins d’argent pour les proxies, c’est moins de capacité à déplacer le conflit à l’extérieur, moins de diversion géopolitique, et donc un face-à-face plus brutal avec la crise intérieure.

La projection pour 2026 est sombre. Sans allègement significatif des sanctions – hypothèse peu probable dans le contexte géopolitique actuel – l’inflation devrait rester au-dessus de 40 %, les pénuries s’aggraver et les tensions sociales se multiplier.

Les experts évoquent désormais un scénario de type vénézuélien : hyperinflation rampante, économie informelle dominante, fuite des cerveaux et durcissement autoritaire. Le régime a déjà démontré sa capacité à survivre par la répression et une « économie de résistance ». La question n’est plus sa capacité à réprimer, mais sa capacité à payer cette répression.

En réalité, l’Iran ne risque pas de s’effondrer à cause d’un seul choc, qu’il soit lié au narcotrafic ou à une sanction supplémentaire.

Le danger réside dans l’accumulation des fractures, économiques, sociales et symboliques. Une théocratie peut survivre à la colère. Elle survit plus difficilement à l’appauvrissement généralisé et à la perte de toute perspective collective.

Le régime iranien avance désormais sur une ligne étroite. Chaque source de revenus qui se tarit, chaque illusion économique qui s’effondre, rapproche un peu plus ce pouvoir d’un moment de vérité. Pas forcément une chute brutale. Mais un lent épuisement, dont l’issue reste, pour la première fois depuis des décennies, réellement incertaine.

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