Hadas Calderon : 'J’ai enlevé les rochers de la colère , je dis adieu à Nir Oz, entre douleur et espoir"

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Hadas Calderon : "J’ai enlevé les rochers de la colère , je dis adieu à Nir Oz, entre douleur et espoir"

« J’ai enlevé les rochers de la colère et du sentiment de trahison » : Hadas Calderon dit adieu à sa maison de Nir Oz

Dans un message bouleversant publié sur Facebook, Hadas Calderon partage son expérience poignante : faire ses valises une dernière fois, quitter sa maison du kibboutz Nir Oz, et dire adieu à une vie marquée à la fois par des souvenirs heureux et des blessures profondes.

Ce départ intervient après la libération d’Ofer Calderon son ex-mari,  retenu en captivité à Gaza pendant 484 jours. Il a été relâché le 1er février, dans le cadre de la quatrième phase de l’accord sur les otages, aux côtés de Yarden Bibs et Keith Siegel.
Ofer a ainsi retrouvé sa famille, dont ses enfants Sahar, 16 ans, et Erez, 13 ans, eux-mêmes libérés quelques mois  auparavant.

Pendant toutes ces journées de lutte, Hadas Calderon s’est battue sans relâche pour récupérer ses enfants, puis leur père. Mais son combat ne s’arrête pas là : elle milite désormais pour le retour des autres otages et témoigne de son vécu dans un livre poignant, “Seeing the Blue Sky”, publié d’abord en France, puis en Israël.
Ce récit revient sur les heures de terreur du Black Sabbath, la vie au kibboutz Nir Oz, la perte tragique de nombreux proches, et la longue bataille pour retrouver ceux qui avaient été enlevés.
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Faire ses valises, un dernier au revoir

Hier, j’ai fait mes valises. La maison à Nir Oz qui était la mienne, la nôtre. De nombreux souvenirs étaient stockés dans de petites et grandes boîtes brunes.
Certains étaient soigneusement emballés sous une pellicule plastique, d’autres éclatés, brisés, ou perdus à jamais. J’ai rassemblé des fragments de vie, des morceaux d’une existence heureuse, et d’autres marqués par la douleur et la perte.

Avner, le chat, était là lui aussi. Il glissait entre mes mains, ronronnait doucement, et me regardait avec un sourire félin, plein de compassion ou de pardon. Peut-être avait-il compris que c’était un dernier adieu.

J’ai dit au revoir à chaque objet, chaque espace qui avait marqué ma vie. Les beaux meubles, l’odeur du bois, une œuvre d’art qu’Ofer et moi avions choisie ensemble .

J’ai respiré les parfums de renouveau et de croissance des fleurs d’agrumes qui embaumaient le jardin, là où poussaient les citronniers et les pamplemoussiers.

J’ai revu les jeux d’enfants, ces petits trésors d’une époque insouciante, des vêtements colorés, devenus trop petits, et des livres, ceux que l’on a feuilletés des centaines de fois, et ceux que l’on a promis de lire un jour.

J’ai dit au revoir pièce après pièce, à ma maison, mon refuge, mon passé. J’ai laissé derrière moi mon enfance merveilleuse, bercée par l’innocence et la confiance, une famille unie, les fleurs sauvages, les cyprès imposants, et les oiseaux qui chantaient au lever du jour.

J’ai marché sur les chemins familiers, ceux qui mènent au jardin d’enfants, à la salle à manger commune, au pub du kibboutz, à la piscine, là où tant de souvenirs heureux s’étaient construits.

J’ai aussi dit au revoir aux amis, aux voisins, aux camarades disparus.
Ceux qui ont été ensevelis sous la terreur, arrachés à la vie et à l’amour des leurs. Je me suis inclinée devant ma mère, qui n’est plus là. Je me suis souvenue d’Itzik Elgert, cet homme qui a traversé ces chemins une dernière fois avant d’être conduit vers l’éternité.

J’ai nettoyé la table. J’ai laissé derrière moi le désir de ce qui ne reviendra pas. J’ai enlevé les rochers de la colère et du sentiment de trahison.
J’ai choisi de
partir avec le pardon et l’espoir.

Je suis sortie par la porte principale, celle que j’ai franchie des milliers de fois. Je ne l’ai pas verrouillée. Ici, on ne ferme pas à clé.

J’ai laissé une fenêtre entrouverte, pour que la brise puisse entrer, pour que le souvenir circule, pour que l’âme de cette maison respire encore.
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Je suis partie.

J’ai quitté le garage, les poulaillers, les nobles chevaux, et cette grande grange, où mon père, le prophète de la colère, avait accroché un immense miroir tourné vers l’ouest, capturant chaque soir le soleil couchant dans toute sa splendeur.

Avant de partir, j’ai jeté un dernier regard sur mon village dévasté.

Je n’ai vu que des maisons grises, brûlées, détruites, des ruines qui témoignent d’un passé saccagé.

Et puis j’ai pleuré.

J’ai laissé derrière moi ma vie d’avant.

Le 7 octobre est un mur infranchissable. Un avant et un après.

Je n’oublierai jamais Nir Oz. Je l’emporte avec moi, à jamais gravé dans mon cœur.

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