Comment le frère du bras droit d'Hitler, Albert Göring, a sauvé des Juifs

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Comment le frère du bras droit d'Hitler, Albert Göring, aurait sauvé des Juifs

Škoda a eu un directeur antinazi inattendu
Saviez-vous qu’un Göring chez Škoda a sauvé des Juifs ?

Il y a la liste de Schindler, mais il y a aussi celle d’Albert Göring. Le frère du bras droit d’Hitler était un antinazi. Et il a profité de sa position de directeur des exportations chez Škoda, et de son statut de « frère de », pour sauver des Juifs et des prisonniers politiques.

Göring, un nom glaçant associé à Hermann Göring, pilote en 14-18, chef de la Luftwaffe et fidèle complice d’Hitler. Pourtant, son frère Albert* a eu un comportement beaucoup plus humain durant la Seconde Guerre mondiale, notamment lorsqu’il travaillait chez Škoda.

Antinazi affirmé qui a toujours refusé le salut hitlérien, malgré les risques qu’il courait à agir ainsi, il a toutefois profité de sa position chez Škoda (l’entreprise fabriquait alors des véhicules, des chars et des armes) ainsi que de la protection de son frère et de la notoriété de son nom pour éviter la terrible répression de la Gestapo. Laquelle le surveillait toutefois de près.

Protection fraternelle

L’impitoyable police politique du Troisième Reich connaissait son penchant anti-hitlérien depuis 1938. Cette année-là, à Vienne, il avait arraché une pancarte ignoble imposée à une femme juive tout en faisant la tâche dégradante qu'on lui avait imposée.

Il fut arrêté et tabassé avant que les nazis ne se rendent compte qu’il s’agissait du frère du Numéro 2 du régime ! Par peur de représailles du Reichsmarschall, ils laissèrent partir son frère Albert. Celui-ci fut inquiété par la Gestapo et arrêté à trois reprises durant cette période noire, mais Hermann Göring est à chaque fois intervenu !

 

Cette relative impunité, Albert l’a utilisée à des fins personnelles, en véritable dandy, mais également pour sauver des centaines de Juifs et résistants.

Notamment lorsqu’il était directeur chez Škoda, de 1939 à 1945. Il avait interdit le salut hitlérien dans l’enceinte l’usine, qui travaillait surtout à l’armement des pays de l’Axe à cette époque, tout en étant un haut lieu de résistance tchèque.

Pourtant Albert Göring, lui, s'occupait uniquement des biens pacifiques : machines, moteurs, locomotives, automobiles.

C’est d’ailleurs durant cette période qu’il a intensifié ses activités contre le nazisme mû par une haine viscérale comme la violence d’Hitler et son idéologie, aidant même la résistance tchèque et protégeant les directeurs tchèques de la société.

Il a également participé à de petits actes de sabotage, ou du moins a laissé faire les ouvriers saboteurs sans les dénoncer. Il a aussi largement profité de sa position chez Škoda, de son salaire mirobolant, de ses relations et de ses voyages à Budapest et à Bucarest pour aider des Juifs à fuir et à protéger leurs biens. Il a également aidé des opposants tchèques.

Dans les camps

Durant tout le conflit mondial, il a falsifié des documents, imitant la signature de son frère, pour libérer des Juifs ainsi que des prisonniers politiques.

Son médecin personnel, László Kovács, fut l’un d’eux et l’un des principaux témoins confirmant ses faits héroïques. Albert Göring a également engagé des travailleurs forcés (en théorie) pour Škoda afin de dévier les convois de camions pour permettre leur évasion.

Il s’est notamment déplacé au camp tchèque de Theresienstadt avec 8 camions pour réquisitionner des déportés pour son usine, avant de les relâcher. Il se serait également rendu en personne dans le camp de concentration de Dachau, en Bavière, pour faire libérer des connaissances.

Le 9 mai 1945, il se rend spontanément aux forces alliées américaines. Il ne s’attendait pas à être considéré comme criminel de guerre. Il eut bien du mal à faire admettre sa conviction antinazie, son patronyme le desservant. Pourtant, une liste de 34 noms qu’il avait rédigée peu après son arrestation va finalement le faire sortir de prison, en 1947. Cette liste comprenait la femme du compositeur Franz Lehar. Sophie Lehar était la tante d’un enquêteur américain, Victor Parker. Qui pût donc facilement vérifier la véracité des faits. La voix d’Albert fut enfin entendue.

 

La rédemption

Les Américains le remirent aux autorités tchèques pour qu’ils mènent l’enquête de leur côté. Ils reçurent alors des ouvriers et employés de Škoda qui purent confirmer les actes de sabotage et son action pour soustraire des « centaines d’hommes et de femmes à la Gestapo et aux camps de concentration », comme l’expliquera un de ces rescapés, l’écrivain et metteur en scène Ernst Neubach, qui était intervenu personnellement en écrivant au président tchèque.

Le voilà enfin libre et lavé de tout soupçon de nazisme et de crime de guerre. De plus, Škoda doit une fière chandelle à Albert Göring. Il s’est avéré plutôt efficace en affaires et a même permis d’éviter la dissolution du département automobile de l’entreprise ! Comme il l’a expliqué aux enquêteurs américains à Nuremberg, selon les Archives Nationales de Washington :

« Un jour, un ordre est arrivé du groupe Économie (Transport), et l’ordre était d’arrêter d’un coup la production d’automobiles. Je suis intervenu cette fois et j’ai fait tout le trajet pour rencontrer [Konstantin von] Neurath, qui était le protecteur du pays [Tchèquie], pour lui dire qu’il était impossible d’arrêter l’exportation de voitures vers la Hongrie et la Roumanie. Il a admis cela et la production de ces voitures a continué. »

Malheureusement, et ne voulant pas renier son nom, qu’il gardera jusqu’à sa mort, il sera rejeté par la société civile à cause de ce lourd patronyme et ne sera jamais publiquement reconnu pour ses actes de bravoure de son vivant. Il décède discrètement en 1966, à 71 ans, rongé par l’alcool et la dépression.

Un dossier a été ouvert en 2013 par le mémorial de l’Holocauste Yad Vashem en Israël pour lui octroyer le statut de « Juste parmi les Nations ». Mais, en 2016, on apprenait que ce titre honorifique ne lui avait pas été attribué parce que son action, bien que formellement prouvée et réellement risquée, ne répondait pas à tous les critères de cette haute distinction, notamment par manque de sources primaires…

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