Cher Abdennour Bidar : la fraternité ? Chiche ! Par Me Johann Habib, avocat

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Cher Abdennour Bidar : la fraternité ? Chiche ! Par Me Johann Habib, avocat

Cher Abdennour Bidar : la fraternité ? Chiche !

Par Me Johann Habib, avocat

Cet article fait suite à la tribune de Abdennour Bidar dans le journal Le Monde du 16 Avril 2024  intitulé « Comment peut-on décemment choisir entre l’armée d’Israël qui tue la population de Gaza et le terrorisme du Hamas ? »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/17/abdennour-bidar-comment-peut-on-decemment-choisir-entre-l-armee-d-israel-qui-tue-la-population-de-gaza-et-le-terrorisme-du-hamas_6228265_3232.html

Genèse 15,5:

Il le fit sortir en plein air, et dit: "Regarde le ciel et compte les étoiles: peux-tu en supputer le nombre? Ainsi reprit-il, sera ta descendance."

Les enfants d'Abraham, Isaac et Ismaël sont les dignes maillons d'une lignée de rendez-vous manqués avec une fraternité paisible et constructive, au même titre que Caïn et Abel, et  plus tard Yaakov et Essav (également appelé Esaü puis Edom) fils d'Isaac, descendants d'Abraham. Ainsi, la question récurrente se pose: qui des frères seront assez digne pour reprendre le flambeau?

Les professionnels des successions, qu'ils soient avocats, notaires, psychanalystes, pompes funèbres ou détrousseurs de cadavres, sont unanimes: les conflits entre héritiers ne naissent jamais à cause d'un problème financier ou matériel. Il s'agit toujours d'une blessure narcissique due à un manque de reconnaissance, de statut dans la famille.

La haine en héritage

Depuis 3700 ans, Isaac et Ismaël se disputent l'héritage de leur père. Pourtant, conformément à la promesse divine (genèse 17.20) :“Quant à Ismaël, je t'ai exaucé: oui, je l'ai béni; je le ferai fructifier et multiplier à l'infini; il engendra douze princes, et je le ferai devenir une grande nation.”:
Il compte 429 millions de descendants sur 13,3 millions de km².

Il est écrit qu'Esav, père de l'occident, bien qu'il ait vendu à Yaakov son droit d aînesse contre un plat de lentilles rouges, reçu, en compensation, la promesse d'un empire terrestre, fondé sur la force de l'épée.

Son frère cadet recevra les mérites des mondes spirituels. Le premier peut s'enorgueillir d'un empire occidental de 80 millions de km2 et de deux milliards de descendants.

Les enfants d'Israël (Yaakov) comptent 13 millions de juifs dans le monde, dont 7 millions en Israël, sur une surface 3600 fois moins grande, soit 22 mille km2, autant dire une poussière de peuple sur un confetti de territoire.

Le choix des causes

Vous écrivez: “Comment choisir entre des causes qui, partout aujourd’hui, ne sont plus que des prétentions de supériorité, des déclarations de guerre ? “

Faut-il, pour vous paraphraser, “avoir des œillères” pour ne pas réaliser que le 7 Octobre 2023, a été le dernier en date d'une -trop- longue série de guerres déclarées à Israël, depuis 2500 ans, par les autres descendants d'Abraham.

Citons notamment, puisque vous le prenez par ce biais, successivement, la Grèce antique, Rome, la Babylonie, les croisés, les cosaques, les nazis, ou les britanniques en fin de mandat sur la Palestine. Ses voisins ont pris le relais depuis l'indépendance d'Israël.

A moins de considérer que l'existence même d'Israël, comme Etat-Nation est en soi une “déclaration de guerre”?

Certes, comme dans toute fratrie, il y a eu aussi des moments de bonheur et de communion des trois descendants d'Abraham, comme au 14e et 15e siècle en Espagne avant l'inquisition, mais toujours sous condition que les juifs soient assujettis aux nations du monde, jamais considérés comme peuple libre à disposer de lui-même.

A votre candide question “Comment peut-on ici décemment choisir entre l’armée israélienne qui tue la population de Gaza et le terrorisme du Hamas ? “
Je vous réponds: comment décemment ne pas soutenir un pays qui, s'il baisse la garde une seconde, disparaitrait, face à un mouvement dont la vocation ouverte est d'oeuvrer pour sa destruction.

Suis-je le gardien de mon frère ?

Votre tribune cher Abdennour m'a mis mal a l'aise. Elle a provoqué cette indicible inconvenance de ces conversations avec des personnes d'apparence bienveillantes qui vous balancent “fraternellement” des propos diffamatoires sur vous-même “pour votre bien”.

En réalité ces personnes essayent de vous enfermer dans cette fausse fraternité pour mieux vous emmener là où ils pensent que vous convenez mieux, là où votre identité se dissoudra dans le mal de nos générations: ce relativisme absolu.

En convoquant Zweig dans votre tribune, ce n'est évidemment pas anodin, c'est un écrivain exceptionnel, mais il représente le juif qu'aiment les bien-pensants: avec une identité soumise assimilationiste, donc qui s'effacera.

Son rapport à Érasme et son attachement à la neutralité va le perdre, et va lui faire perdre ses courageux amis.
Car vous omettez la deuxième partie de l'histoire, où de l'Histoire. Zweig a fui pour ne pas prendre partie, il a dû partir à Londres, puis au Brésil et enfin, puisqu'il n'a pas eu le courage d'affronter la Vérité qui s imposait à lui, a mis fin à ses jours.

C'est effectivement représentatif de cette image que les hypocrites aiment des juifs, fuyants, craignants et périssants. Cette image que vous avez glorifiée, au lendemain du 7 octobre dans un “courageux article”.
Elle vous plaisait, vous rassurait. Depuis le 8 octobre le lion s'est relevé et se défend au nord, au sud, en Judée et jusqu'en Iran et au Yemen. Je peux comprendre que ça décontenance.

Fraternité déséquilibrée

Votre tentative de contextualisation partiale du 7 octobre vous fait perdre à votre propre jeu :

Vous ne pouvez ignorer que jusqu'au 6 octobre, beaucoup de ceux qui ont été assassinés lâchement par leurs “frères”, se comportaient, eux, fraternellement avec les habitants de Gaza.

Parmi les milliers d'exemples, prenez le cas de Viviane Silver z”l du Kiboutz Beeri, militante pour la paix, qui chaque semaine, venait bénévolement chercher les malades de Gaza, pour les emmener se faire soigner dans des hôpitaux israéliens.

Car malgré les millions versés par l'ONU, l'Union Européenne et les Etats-Unis, les établissements de Gaza n'avaient aucun équipement de pointe.
Au passage, vous ne vous êtes jamais demandé ou étaient passés ces millions?

Revoyez le témoignage d'Eyal Waldmann, fondateur de Mellanox, ayant installé des centres de développement à Naplouse et à Gaza, partisan inlassable de la paix, dont la fille Danielle a été assassinée à la fête de Nova, quelques jours avant son mariage.

Cette même population de Gaza, jusqu'au 6 octobre venait travailler par dizaines de milliers (50 mille par jour) en Israël, reçoit encore aujourd'hui de l'eau potable et de l'électricité d'Israël, pas de leurs “frères” égyptiens, ou des 22 autres pays arabes, ni même des dizaines d'autres pays partageant la même religion. Non.

Jusqu'au 6 octobre, interrogez des Gazaouis dont nous nous sommes séparés en 2005, ils vous le diront, les seuls qui les aidaient ce sont des israéliens. L

a seule contrepartie demandée mais jamais accomplie: la tranquillité.

L'illusion de la fraternité réciproque, ce sont les israéliens qui en ont payé le prix, par le sang et l'angoisse de ces roquettes aveugles, tirées toutes ces années sur Sderot, Ashkelon, sans discontinuer, et sans raison.

Les premières victimes de cette utopie, ce sont ces milliers de familles en deuil du 7 octobre, déplacées, terrorisées par le sort inconnu de leur enfant en otage, ou ayant perdu un des leurs au combat.

fraternité retrouvée

Cher Abdennour, prendre partie pour la fraternité universelle, ce n'est pas renvoyer dos à dos les victimes et les bourreaux conquérants, dans un uniformisme relatif en trompe-l'oeil.

C'est sans doute faire courageusement prospérer une qualité morale qui n'est plus à la mode : l'humilité.

Elle est la clé de voûte d'un engagement à accepter l'existence et la différence de l'Autre, dans une relation mutuelle et équilibrée.

On en a un exemple inspirant dans le lien exceptionnel qu'entretenaient Moïse et son frère Aaron : celui-ci s'étant réjoui d'avoir été remplacé par son frêre cadet comme leader du peuple, sans la moindre once de jalousie. Notre humanité n'aura réellement progressé que lorsque ce degré de fraternité sera atteint dans le monde.

L'auteur est un avocat Fiscaliste Franco-Israélien à Tel-Aviv
4 Rehov Akiva Arye Tel Aviv
Tel: +972542045130
Fax: +97236202226

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