Cabaret de l'exil : ce spectacle qui chevauche la culture juive, le yiddish

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Cabaret de l'exil : cette culture juive Yiddish qui inspire tant ce spectacle

Avec son « Cabaret de l’exil », Bartabas chevauche en terre yiddish

Le nouveau spectacle équestre du Théâtre Zingaro, inspiré par les « dibbouks » et la musique klezmer, est présenté au fort d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) à partir du 19 octobre.

La brume flotte encore, légère, entre les bâtiments en bois et les caravanes du Théâtre Zingaro, dans le calme d’un matin d’automne. Pour un peu, on se croirait loin, dans un village d’Europe de l’Est encore assoupi, ou dans un shtetl (« communauté villageoise juive », en yiddish) d’Isaac Bashevis Singer.

Tout au bout du vaste terrain qui jouxte le fort d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), on rejoint discrètement le manège où Bartabas, emmitouflé jusqu’aux yeux, poursuit son entretien silencieux avec Tsar, un cheval noir ébène à la stature impressionnante – un mètre quatre-vingt-quinze au garrot –, au regard doux.

L’animal et son cavalier font corps avec naturel, cheminant tranquillement au pas, puis se poussant au petit trot, sans forcer. « Le matin, on échauffe les chevaux doucement, on les dérouille, mais tranquille, explique le patron de Zingaro en redescendant sur terre. On travaille tous les jours, comme des danseurs, ou des musiciens. »

La journée ne fait que commencer. Le 19 octobre, le Théâtre équestre Zingaro présentera son nouveau spectacle, Cabaret de l’exil, inspiré par la culture yiddish et la musique klezmer. Bartabas file aux écuries, qui débouchent directement sur la piste du théâtre, pour retrouver son assistante, l’écuyère Emmanuelle Santini, en train de préparer Zurbaran, petit lusitanien très vif et autre star de la troupe équine.

Retour aux sources

« Ce Cabaret, on le répète depuis plus de quatre mois, souffle la quadragénaire en posant des guêtres de protection sur les jambes fines de Zurbaran. Il faut beaucoup plus de temps pour aboutir une création avec des chevaux que pour un spectacle classique, car on doit les habituer psychologiquement au public, très progressivement. Ici, les spectacles sont créés à partir des chevaux et des humains, et pas l’inverse. »

Ce nouveau spectacle, c’est aussi un retour aux sources du cabaret équestre, pour le Théâtre Zingaro. Pour Bartabas, il était indispensable après les confinements et la mise à l’arrêt de la culture dus à la pandémie de Covid-19 : « C’était essentiel de revenir à une forme plus conviviale, au théâtre comme rencontre humaine, comme partage », insiste le fondateur du théâtre équestre.

L’amour de Bartabas pour les cultures nomades l’a mené vers le yiddish,
« langue officielle des Juifs de l'Europe de l'est, langue de l’exil par excellence »

Le Yiddishland et sa culture se sont imposés, pour le premier de ces « cabarets de l’exil », qui sera suivi par d’autres les saisons prochaines.

L’ADN tzigane de Zingaro n’a jamais été bien loin de cet univers-là, et l’amour de Bartabas pour les cultures nomades l’a mené vers le yiddish, « langue officielle du nulle part, langue de l’exil par excellence ».

La rencontre avec le monde de l’auteur Isaac Bashevis Singer (1904-1991), peuplé d’hommes et de chevaux volants, ainsi qu’avec le comédien Rafaël Goldwaser, baigné de culture ashkénaze, et l’ensemble de musique klezmer de sa fille Marine Goldwaser, le Petit Mish-Mash, a fait le reste.

Ce premier Cabaret de l’exil sera donc un spectacle de dibbouks (« esprits malins », en yiddish) et de cavalcades sauvages, une rêverie fantastique et fantasmagorique sur un monde englouti, autour de créatures mi-hommes, mi-bêtes.

Ce matin-là, sur la piste ronde du théâtre, Bartabas répète un tableau où, monté sur Tsar, il porte un spectaculaire masque de corbeau noir. L’image est saisissante. Il cherche à l’ajuster au plus près, sous l’œil précis d’Emmanuelle Santini.

« Je ne pars jamais d’une idée théorique, revendique-t-il. J’étais très ami avec Pina Bausch et, en toute modestie, je crois que je travaille un peu comme elle, à partir des interprètes. Sur ce tableau, c’est la présence incroyable de Tsar qui m’a donné l’idée de cette tête d’oiseau. »

Pour ce spectacle tout en atmosphère, le metteur en scène de 67 ans a fait appel à un certain nombre de vieux compagnons de route, ramenant avec eux l’esprit des débuts de Zingaro. Parmi eux, la costumière Marie-Laurence Schakmundès, qui a la charge de donner au spectacle sa texture sensible. « Cet univers du Yiddishland convoque tout un vestiaire, mais il ne s’agit pas de faire du folklore, prévient-elle. Avec Bartabas, il faut toujours qu’il y ait une grande authenticité, le costume ne doit jamais être décoratif. Et puis ce thème de l’exil exige que l’on fasse avec ce qu’on a. On ne peut pas être dans le clinquant. Je suis allée dans le 4e arrondissement de Paris acheter des chapeaux et des redingotes de rabbin, mais on a également recyclé beaucoup de pièces, et donné la patine du temps à certains costumes, en faisant tremper des chemises dans du thé, par exemple. Peu à peu, la couleur s’est beaucoup effacée pour laisser place au noir et blanc, à une forme de légèreté et de mélancolie qui va avec la musique… »

Nouvelles recrues

C’est aussi tout une jeune garde qui déboule dans l’univers de Zingaro, en renfort des cavaliers expérimentés que sont Bartabas, Emmanuelle Santini, Messaoud Zeggane ou David Weiser. A l’image d’Emilie Jumeaux : cette belle écuyère s’est déjà fait un nom en travaillant avec Jean-Paul Goude ou au Lido de Paris, ou encore au Cirque du Soleil. Avec Zingaro, c’est évidemment « la dimension artistique » de l’aventure qui intéresse cette jeune femme qui pratique la voltige cosaque en compagnie des garçons, dans le même mélange d’ivresse et de maîtrise.

Autre nouvelle recrue, Yassine El Hor, cavalier tout feu tout flamme venu du Maroc où, enfant, il rêvait devant les spectacles de Zingaro qu’il regardait à la télévision… au point de rejoindre, dès son adolescence, l’Ecole des arts équestres de Marrakech. Il n’en revient toujours pas d’être arrivé au pays de ses rêves.

Bartabas : « Ce que je recherche, c’est un peu comme une calligraphie de grand maître, le résultat d’années de travail, mais dont la beauté va résider dans la petite imperfection qui l’habite »

La journée avance et la répétition générale de l’après-midi se prépare. Les musiciens du Petit Mish-Mash s’installent dans le théâtre qui, sous sa magnifique charpente en bois, a été réaménagé en cabaret, avec des petites tables rondes et des chaises installées sur les gradins. « Avec Bartabas, on a travaillé dans un constant aller-retour, au fur et à mesure de la construction du spectacle », raconte Marine Goldwaser, qui dirige cet ensemble où sont réunis des musiciens de cultures yiddish, moldave et tzigane autour de répertoires traditionnels klezmer et roumain. « Pour un tel spectacle, la musique n’est pas choisie seulement pour elle-même, précise-t-elle, mais en fonction du rythme à donner à la représentation, de son alternance de moments joyeux ou tragiques, d’énergies méditatives ou échevelées. Beaucoup de morceaux sont issus de rituels traditionnels, de mariage ou d’enterrement, alternant danses aux rythmes endiablés, souvent roumaines, ou mélodies à l’accent plus nostalgiques, plutôt klezmer. »

Retrouvant Bartabas dans sa caravane, une superbe Assomption d’après-guerre verte et rutilante, on se demande quelle est la relation des chevaux à la musique, s’ils l’éprouvent dans le corps comme les humains. Bartabas recadre : « C’est le cavalier qui est le fil, tout passe par son corps à lui. Les chevaux ont une mémoire auditive, mais c’est lui que la musique va mettre dans un certain état intérieur, qui va transmettre cet état au cheval. Dans le dressage classique, le cavalier contrôle tout. Moi, je suis beaucoup plus dans le lâcher-prise. Ce que je recherche, c’est un peu comme une calligraphie de grand maître, le résultat d’années de travail, mais dont la beauté va résider dans la petite imperfection qui l’habite. »

En orchestrant la fin d’un monde avec Isaac Bashevis Singer, Bartabas célèbre aussi sa renaissance. « Les fantômes aiment le yiddish et, pour autant que je sache, ils le parlent tous. Je ne crois pas seulement aux démons et aux autres esprits, mais aussi à la résurrection », disait l’écrivain en recevant le Prix Nobel de littérature, en 1978.

Source : Le Monde

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