Auteure juive : Charlotte Delbo, l'inéluctable du pendant et de l'après

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L'inéluctable du pendant et de l'après de Charlotte Delbo

Charlotte Delbo, "Une connaissance inutile - Mesure de nos jours" (Auschwitz et après II et III), éditions de Minuit, Paris, 2018. Collection "double", 336 p., 9 E.

Charlotte Delbo (1913-1985) est non seulement l’un des écrivains de la littérature dite des camps les plus étudiés dans les pays anglo-saxons, où elle est considérée à l’égal de Primo Lévi, mais une femme au destin exceptionnel. Près de 30 ans après sa mort, alors qu’on commémore en 2013 le centenaire de sa naissance, Violaine Gelly et Paul Gradvohl reviennent sur la vie de ce formidable témoin du XXe siècle. Issue d’une famille modeste, elle poursuit des études de philosophie à la Sorbonne et adhère aux Jeunesses communistes, où elle rencontre Georges Dudach qu'elle épouse en 1936. En 1939, elle fait la connaissance de Louis Jouvet, devient son assistante et sa confidente. Une rencontre intellectuelle décisive, qui place le théâtre au cœur de son expression.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la résistance avec son époux. Ce dernier est arrêté et fusillé. De leur dernière entrevue, Charlotte tirera, vingt ans plus tard, une pièce de théâtre, Une scène jouée dans la mémoire. Le 17 août 1942, Charlotte Delbo est déportée dans un convoi de prisonnières politiques françaises à Auschwitz-Birkenau.

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Troisième ouvrage de l'auteure sur les camps, le livre "Une connaissance inutile" - réédité aujourd'hui - demeure plus personnel que les deux premiers qui recherchaient une forme de dépouillement impersonnel. Ici l'auteur parle à travers elle de l'amour, de l'amitié, du froid et de la mort avant de poser dans "Mesure de nos jours" la question de la survivance des rescapés, des "revenants".

Charlotte Delbo tente ainsi de répondre aux impossibles et lancinantes questions du rester vivant pendant et après Auschwitz et autres lieux de condamnation aussi impensables que quasi irrévocables.

Dans "Une connaissance inutile" l'auteure montre comment la détresse et l'abandon créent d'étranges rapports. Elle évoque par exemple son lien aux hommes du camp : "j'eus pour eux une immense pitié et un immense effroi" note-t-elle au moment où elle se retrouve "le coeur en cendres" et en voulait à tous les vivants. Et l'auteure d'ajouter : "Je n'avais pas encore trouvé au fond de moi une prière de pardon pour ceix qui vivent".

Les sentiments de Charlotte Delbo sont mis à nu dans ce travail de reprise où, au côté de ses "soeurs" elles se mettent à réconforter les hommes ce à quoi ceux-là répondent par une dignité et un autre type de réconfort. Reste une atmosphère terrible, irrespirable. L'auteur fait partager ce qui est le plus inexprimable mais qui soudain s'articule. Dire que c'est terrible est peu : l'accumulation de ces moments d'existences rend ce "document" (mais bien plus) d'une force rare d'autant que l'auteure y avoue parfois cette "honte" d'être encore en vie quand les autres étaient appelés par la mort organisée.

Quant au retour il n'est pas ce qu'on voudrait croire. Comment répondre au viva et à l'accueil bienveillant de la foule après "ça" ? Ceux qui pourraient aider l'auteur ne sont pas, ne sont plus. Reste une angoisse. Elle n'est plus du même ordre que dans les camps. Mais est-elle plus supportable ?

Sans doute nous qui n'avons pas vécu la Shoah ne pouvons le comprendre. Mais Charlotte Delbo exprime ce qui se passe : elle se dit non "desespérée" mais "absente". Nous comprenons alors ce trou qui suit l'enfer. Et le silence dans lequel se sont retrouvés les survivants.

Certes, tous ne vécurent et ne vivent pas de même manière l'après. Mais l'auteure touche le noeud profond qui fixe ceux qui ont vécu la Shoah dans un écroulement muet dont ils ne purent se remettre même si certains d'entre eux et d'entre elles trouvèrent des raisons non seulement de continuer mais de faire. A ce titre Simone Weil reste un symbole. Mais ceux qui renoncèrent aussi.

Vos réactions

  1. herminiezl@gmail.com'cynthia haft

    Je ne sais pas comment l auteur de l article a trouve Delbo une auteure juive, car elle ne l etait pas du tout. Deportee resistante a Auschwitz par une faute « technique » dans le convoi du 24 janvier comme elle l explique, car en principe les femmes resistantes devaient partir a Ravensbruck. D autres femmes dans ce convoi etaient juives, mais elle est nee d une famille emigrees d’ Italie, athee mais sans doute dans les generations precedentes, Catholique. A un moment donne toute jeune, elle a decide d aller au catechisme pour se faire baptiser. Quelques temps apres, elle a lache en disant que c etait ridicule. Est restee athee toute sa vie.

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