Alya : « Mon parcours du combattant pour obtenir un visa »

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Alya : « Mon parcours du combattant pour obtenir un visa »

Olivier Guland 

La multiplication spectaculaire du nombre d'olim en quelques années s'est-elle accompagnée d'une amélioration des services rendus aux futurs immigrants dans leurs démarches en France, avant l'arrivée sur le sol israélien ?

Oui et non.

L'Agence juive a certes renforcé significativement son équipe dans l'Hexagone.
D'autre part, l'association AMI (Alya et Meilleure Intégration), qui a succédé à la défunte UNIFAN (Union Nationale des Israéliens Originaires de France et d'Afrique du Nord), est très performante. Elle comprend des bénévoles, mais aussi des salariés. Ceux-ci oeuvrent un peu partout en Israël pour accueillir et aider les olim francophones, mais l'AMI soutient également les futurs immigrants encore résidents dans l'Hexagone, afin de faciliter leurs contacts avec l'ensemble des administrations israéliennes chargées de l'alya - l'Agence juive, bien sûr, mais aussi, le cas échéant, le ministère de l'Intégration et le ministère de l'Intérieur.

Cependant, les moyens mis en oeuvre paraissent encore insuffisants au regard des besoins grandissants des olim de France.

Il semble par ailleurs que la vieille bureaucratie israélienne, tant décriée par la droite au pouvoir à Jérusalem, ait conservé certains réflexes hérités du passé. L'Agence juive, en particulier, s'est-elle suffisamment modernisée et "libéralisée", selon le voeu maintes fois exprimé par Benjamin Netanyahou et ses ministres ?

Quant au Consistoire, est-il armé pour délivrer en un temps raisonnable le précieux certificat de judaïsme, indispensable pour bénéficier de la fameuse loi du retour, sans laquelle on ne saurait prétendre à l'alya ?

Chaque nouvel immigrant a son expérience propre et sa version des faits.

Nous avons interrogé Pierre C., qui a connu un véritable « parcours du combattant », selon son expression, d'une durée totale de 9 mois, avant de bénéficier du précieux visa.

C'est un cas extrême, qui n'a sans doute pas valeur d'exemple. Mais son témoignage est éclairant à plus d'un titre et devrait alimenter la réflexion des différents responsables de l'alya.

Il montre que la formule datant de l'époque des pionniers sur la bureaucratie sioniste -
« un mélange de paperasserie russe, de balagan oriental et d'obsessionnelle minutie juive » - n'appartient pas tout à fait à l'histoire héroïque d'Israël. Il semble que certains travers subsistent encore, malgré les progrès accomplis.

Donnons la parole à Pierre C. :

« En août 2014, je me décide à immigrer. Je suis au chômage et j'ai plus de cinquante ans. En France, mes perspectives sont mauvaises. Rien ne me retient. En Israël, où j'ai fait des études quand j'étais jeune, je suis sûr de trouver du travail.
Même si la vie peut être chère, le chômage et le jeunisme à la française sont quasi-inexistants. D'ailleurs, l'antisémitisme qui sévit en région parisienne, où je réside, a renforcé mes convictions sionistes et je regrette de ne pas être resté en Terre Sainte il y a trente ans, après mon parcours universitaire à Jérusalem. Comme beaucoup de nos coreligionnaires, j'appelle donc l'Agence juive pour m'inscrire à une première réunion d'information.

Tout se passe bien dans un premier temps : je suis convoqué assez vite, il y a du monde mais le "chaliah", le représentant,  qui anime la réunion répond aimablement à nos questions. J'obtiens dans la foulée un rendez-vous avec la personne qui sera, paraît-il, chargée de mon dossier à l'Agence de Paris.

C'est une jeune femme charmante, qui parle parfaitement le français - après toutes ces années, mon hébreu est un peu hésitant. « Vous étiez résident temporaire lorsque vous étiez étudiant, me dit-elle. Ce statut n'existe plus... Avez-vous droit comme les autres au panier d'intégration (une série d'avantages financiers et fiscaux) réservé aux olim ? Je ne sais pas, je vais me renseigner. Voici ma carte : appelez-moi. En attendant, allez au Consistoire pour obtenir votre certificat de judaïsme - Mais puisque j'étais déjà résident temporaire... ? - Non, répond-elle, il faut un nouveau certificat ».

J'appelle le Consistoire, qui m'apprend que le rabbin chargé de la délivrance du certificat est en congés, tout comme son assistante.
Il faut attendre trois semaines. J'attends, puis je rappelle mon interlocutrice à l'Agence juive. Une fois, deux fois, trois fois, aucune réponse. Je lui envoie des mails, sans succès. Je tente de joindre son assistante : pas de réponse non plus.

Entretemps, j'obtiens enfin un rendez-vous au Consistoire, pour dans... trois mois, en décembre. La secrétaire m'explique que le rabbin est débordé.

Après plusieurs tentatives, l'adjointe de la personne que j'ai vue à l'Agence me rappelle. Elle me demande qui je suis. « Mais vous le savez, puisque vous venez de m'appeler, lui dis-je - Non, j'ai juste vu que vous aviez tenté de nous joindre. Nous sommes surchargés ». Je lui explique que j'attends une réponse concernant mon ancien statut de résident temporaire. « On vous rappelle, lance-t-elle. De toute façon, je ne suis pas au courant de ce que fait votre interlocutrice - Vous êtes pourtant son adjointe... » Elle raccroche illico. Elle est très pressée, et moins sympathique que sa supérieure.

Il y a un bureau général de l'Agence juive à Jérusalem, le « Global Center ». Je le contacte, en expliquant ma situation. On m'avertit d'abord que seule la déléguée que j'ai rencontrée à Paris est habilitée à me « parler ». Je rappelle, j'insiste, j'indique que ladite déléguée est aux abonnés absents et un autre correspondant me dit qu'il faut retrouver mon numéro de teoudat zeout (carte d'identité) de l'époque où j'étais résident temporaire. « Je l'ai perdu, que faire... ? - Je vais vous envoyer un formulaire à remplir, et on va l'adresser au ministère de l'Intérieur pour retrouver votre trace...
- Ce sera long ? - Je l'ignore ».

Je reçois le formulaire une semaine plus tard, je le renvoie, et j'attends...

Un mois s'écoule. Je rappelle le « Global Center » de Jérusalem : « Vous a-t-on expliqué qu'il fallait démontrer que vous n'aviez jamais mis les pieds en Israël, sinon pour tourisme, depuis l'époque où vous étiez étudiant, afin de récupérer tous vos droits à l'alya ? - Non, mon interlocutrice parisienne ne me l'a pas dit. - C'est normal, c'est moi, votre interlocuteur... - Mais je croyais... En fait, je parle à des gens différents, et je ne sais pas vraiment qui est responsable de quoi. Comment prouver que je n'étais pas en Israël pendant trente ans ? - Avec des fiches de paie françaises ou des relevés de Pôle Emploi, par exemple. Il en faut un par trimestre. - Bon, je vais essayer... »

Je cherche, je trouve.

J'apprends également qu'une autre série de papiers est nécessaire, ce qu'on ne m'avait pas indiqué jusqu'à présent. Je vous épargne les détails. Entre autres, des photos A3 pour le visa - un format quasi-inexistant en France, que seuls réclament les Etats-Unis, l'Inde et Israël. Je me rends aux Champs-Elysées, où un photographe spécialisé réalise ce genre de photos.

J'adresse une soixantaine de documents différents à l'Agence juive de Jérusalem.

Nous sommes déjà en décembre : j'apporte quelques papiers pour prouver ma judéité au Consistoire. « Tout est parfait, m'annonce le rabbin, mais... êtes-vous marié ? - Divorcé depuis peu. - Où est le certificat mentionnant que vous êtes divorcé religieusement ? - Je suis divorcé civilement, je n'ai pas encore donné le guet à mon ex-épouse... - Il faut le faire, me dit le rabbin. Je vous rappelle qu'Israël n'est pas un Etat laïc. Vous devez être en règle ».Cette fois, c'est de ma faute : j'aurais dû y penser.
Je file au bureau des divorces, toujours au Consistoire. On me donne rendez-vous pour dans deux mois, en espérant que mon ex-femme se présente en temps voulu à la cérémonie du guet.

En janvier 2015, pas de nouvelles de l'Agence juive.

En février, avant mon divorce religieux, une nouvelle interlocutrice israélienne m'appelle : encore une autre ! Elle m'indique qu'elle travaille au « Global Center » à Jérusalem et que le ministère de l'Intérieur a retrouvé mon numéro d'identité. « Alors, c'est fini ? - Non, pas du tout, répond-elle sèchement, il faut que le ministère de l'Intégration vous accorde le statut d'olé, avec ses avantages. Nous allons transmettre le dossier... - Et ce sera long ? - Je ne sais pas, je ne m'en occupe pas ».

La cérémonie du guet : une demi-journée au Consistoire, beaucoup d'attente et quelques paroles devant le Beth-Din. Tarif : 750 euros.

Muni du document, je file immédiatement au bureau du rabbin préposé aux certificats de judaïsme. Cette fois, pas d'attente, pas de rendez-vous reporté aux calendes grecques. En une demi-heure, j'obtiens mon certificat.

En mars, j'apprends par le ministère de l'Intégration que je suis considéré comme nouvel immigrant à part entière. Mazel tov !

Je rappelle ma première interlocutrice, celle de l'Agence juive de Paris. Pas de réponse, ni par téléphone ni par mail. Je laisse plusieurs messages. Dix jours plus tard, sa nouvelle assistante - l'ancienne a disparu - m'indique que sa supérieure m'a reçu une fois, « ce qui signifie qu'elle n'a plus droit de me revoir (une affirmation péremptoire qui ressemble à un flagrant délit de "houtzpa", culot me dis-je). - Et vous, vous pouvez me donner rendez-vous ?
Vous n'êtes jamais que la huitième ou neuvième personne à qui j'ai affaire... - Oui, mais pas immédiatement ».

Un mois et demi plus tard, l'histoire se termine. J'apprends qu'en raison de mon statut particulier, je ne serai pas reçu à l'aéroport de Lod pour les formalités d'intégration comme les autres nouveaux immigrants. Pour mes démarches à l'arrivée en Israël, il faudra me rendre par mes propres moyens au ministère de l'Intérieur à Tel-Aviv.

J'ajoute que durant ces longs mois, passablement éprouvants, j'ai déniché à Jérusalem des membres de l'AMI qui m'ont écouté, soutenu par téléphone... J'ai même pu rencontrer l'un d'entre eux qui se déplace régulièrement à Paris pour aider de futurs olim. Sans l'AMI, aurais-je craqué ?

Ce qui m'a paru le plus surprenant, ce n'est pas tant la lenteur du processus, ni même la paperasserie, nous explique Pierre C., c'est l'absence d'interlocuteur clairement identifié. Chacun semble travailler pour son compte, communiquant mal avec ses collègues d'autres services ou administrations.

Il y a là un évident problème humain, d'autant plus aigu qu'un nouvel immigrant, qui redémarre dans la vie et perd volontairement une partie de ses anciens repères, est fragilisé psychologiquement. Il a besoin d'être informé et rassuré, non d'être balloté d'un bureau à l'autre, d'un professionnel (généralement débordé) à un autre - plus ou moins compétent ».

Répétons-le : le cas de Pierre C. est particulier.

Mais son témoignage met en exergue des difficultés dont la plupart des responsables communautaires français ont conscience, même s'ils n'osent pas toujours aborder ouvertement le sujet.

Vos réactions

  1. vaknina1@013.net.il'vaknin mihal

    c’est fort dommage que cette personne n’est pas utilise tous les reseaux sociaux comme FACEBOOK elle n’aurait pas rencontre tant de difficultes.
    il n’y a pas que l’association AMI qui aide les olims dans facebook il y a plusieurs groupes qui se sont cres pour facilter les demarches des futurs olims et pour les aider lors de leur arrivee
    je fais partie de cette equipe et je suis prete a repondre a toutes vos questions

    Répondre
  2. idabedok@gmail.com'BEDOK

    bonsoir
    est ce que vous pouvez me renseigner voila j ai commencer mon dossier de l alya au mois de juin 2017 j ai tout fournis on ma dit d aller au consulat a paris faire mon passeport et pour mes 2 enfants le 18 /12 2017 et depuis l enfer dossier bloquer il ne veulent rien me dire et depuis l enfer je ne sait plus ou me retourner et quoi faire et les enfants sont complètement debousseler pouvez vous m aider

    Répondre

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