Le Cœur de Brahma : voyage à travers la violence et la quête spirituelle -vidéo-

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Le Cœur de Brahma : voyage à travers la violence et la quête spirituelle -vidéo-

Le Cœur de Brahma : quand un pogrom oublié devient un thriller mystique

Le Cœur de Brahma : voyage à travers la violence et la quête spirituelle Entretien avec le docteur Yves-Victor Kamami, mené par Léa Moscona

Léa Moscona reçoit cette semaine le docteur Yves-Victor Kamami, médecin, chercheur, essayiste et romancier, pour son dernier roman
Le Cœur de Brahma, paru aux éditions David Reynard.
Après L'Onzième Templier, Shamballapur - La Cité de l'Immortalité, paru en 2024 aux éditions Le Lys Bleu., l'auteur signe cette fois un thriller mystique qui traverse l'Inde,
la Birmanie, la Chine et la Corée du Sud, porté par une histoire d'amour et une réflexion spirituelle, mais construit tout entier sur un socle de violence.

 

 

Un pogrom oublié à l'origine du roman

Le point de départ du livre est un fait réel largement ignoré.
Le 2 mai 2023, un pogrom a frappé les Bnei Menashe, l'une des dix tribus perdues d'Israël, installée au nord-est de l'Inde.
Le bilan fait état de 250 morts et de 60 000 déplacés, dans un conflit opposant les Koukis, qui se revendiquent descendants de la tribu de Manassé, à leurs voisins Meiteis.
Ces Bnei Menashe font aujourd'hui leur alya vers Israël, avec un objectif annoncé de 10 000 arrivées d'ici 2030, une situation qui a suscité une vive tension en Inde.

Le docteur Kamami suivait déjà la question des tribus perdues, notamment les Falashas et les Lemba d'Afrique du Sud, avant même le 7 octobre. Il souligne que ce pogrom a eu lieu six mois avant les massacres du 7 octobre, et que l'écriture du roman, commencée un an et demi plus tard, porte la marque des deux événements. Le 7 octobre, dit-il, traverse chaque page du livre.

Un père et sa fille, seuls survivants

Dans le roman, un père et sa fille sont les seuls survivants de leur famille, décimée dans l'incendie de leur maison. Leur fuite les mène en Birmanie, où ils espèrent retrouver de la famille dans les collines du nord. Ce trajet les plonge dans la guerre civile birmane, entre le gouvernement, les rebelles et de multiples réseaux de trafiquants : drogue, méthamphétamine et opium, jade et rubis, êtres humains, animaux sauvages.

Le docteur Kamami a construit cette matière à partir d'un voyage effectué avec son épouse et des amis en 2016, à une époque où la Birmanie restait accessible, notamment autour de Mandalay.
Il rappelle que le pays est aujourd'hui fermé aux voyageurs, le Tatmadaw ne contrôlant que les grandes villes et les axes routiers, tandis que les campagnes restent aux mains des rebelles.
Il évoque aussi le sort de touristes chinois enrôlés de force dans les usines d'arnaque en ligne du triangle Chine-Birmanie-Thaïlande, où des mafias exploitent notamment des Rohingyas.

La violence comme matière et comme mémoire

L'auteur ne cache pas la dureté de certains passages, en particulier ceux situés dans les tunnels de Mogok, la vallée aux plus beaux rubis du monde, où il transpose une violence qui évoque directement le sort des otages du Hamas. Il affirme pourtant avoir édulcoré la réalité plutôt que de la noircir, et insiste sur la dimension de résilience qui traverse ses personnages, leur volonté de survivre et d'espérer malgré tout.

Interrogé sur son choix du roman plutôt que de l'essai, alors qu'il a lui-même parcouru ces régions, le docteur Kamami explique qu'un essai reste froid, incapable de transmettre les sentiments qu'un roman peut porter. Il précise qu'il s'agit de son quatrième roman, après des récits situés à l'époque des Croisades, chez les pirates juifs des Caraïbes, puis à Salonique au Moyen Âge, cette fois ancré dans l'actualité.

Judaïsme, bouddhisme et quête de sens

Le roman fait dialoguer les traditions. Le père et sa fille puisent dans la Kabbalah et la tradition juive la force de continuer, croisant sur leur route des monastères bouddhistes en Thaïlande et des missions protestantes en Birmanie, autant de havres de paix qui leur permettent de se reconstruire. Le docteur Kamami y voit une convergence des spiritualités autour de l'idée d'un "être" unique guidant le monde, chaque tradition offrant un répit complémentaire à la foi d'origine des personnages.

Le sens du titre

Le Cœur de Brahma désigne, dès les premières pages, une forme de sort jeté sur la fille du héros, liée intimement au plus beau rubis du monde. Ce joyau convoité depuis des siècles devient le fil conducteur du roman, les personnages cherchant à percer son secret, allant jusqu'à la violence pour faire parler celle qui le porte en elle.

Le médecin derrière l'écrivain

Comme dans Shamballapur le héros du Cœur de Brahma est médecin, et porte le prénom Avidane, transposition du prénom de l'auteur. Le docteur Kamami explique que cette identification lui permet d'exprimer ses propres sentiments à travers son personnage. Il rappelle que lors du pogrom initial, le héros soigne à l'hôpital des malades de toutes confessions, pas seulement des Koukis juifs, incarnant ainsi le regard particulier que porte un médecin sur la souffrance, celui de quelqu'un dont la vocation est justement de la combattre.

Le tikkun olam en toile de fond

Interrogé sur ce qu'il souhaite que le lecteur retienne, le docteur Kamami évoque une réflexion sur les périodes difficiles de l'existence et la capacité à s'en relever par la spiritualité. Il cite le concept de tikkun olam, la réparation du monde, ainsi que la figure des nistarim, les justes cachés, tzaddikim nistarim, qui selon la tradition soutiennent le monde et contribuent à en préserver la paix, notamment pour la communauté juive.

De l'Inde à la Corée du Sud

Le parcours du roman s'achève en Corée du Sud, un choix que l'auteur explique par ses propres voyages, incluant la visite de monastères bouddhistes coréens et la découverte de centres d'études talmudiques sud-coréens, portés notamment par des Coréens chrétiens, catholiques ou protestants. Après la violence traversée en Inde, en Birmanie et en Chine, la Corée du Sud, pays du matin calme, offre aux personnages un havre de paix et de réflexion, où se referme leur lien avec le judaïsme.

Le Cœur de Brahma, du docteur Yves-Victor Kamami, est paru aux éditions David Reynard.

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