Il avait 9 ans dans cette vidéo filmée en live par le Hamas le 7 octobre -vidéo-

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Il avait 9 ans dans cette vidéo filmait par le Hamas le 7 octobre

CE QUE LE MONDE A VU EN DIRECT LE 7 OCTOBRE 2023

 

 

Il y avait encore des ballons dans le salon.

Les ballons de l'anniversaire de Maayan 18 ans, fêtés quatre jours plus tôt pendaient aux murs quand les premières sirènes ont retenti, ce matin du 7 octobre 2023, au kibbutz Nahal Oz. La famille Idan avait eu le temps de souffler les bougies, de chanter, de prendre des photos. Tsachi, le père, ingénieur de 50 ans. Gali, la mère. Maayan, l'aînée aux cheveux bouclés qui venait d'entrer dans l'âge adulte. Sharon, 15 ans, absente ce matin-là ce détail lui sauvera la vie. Yaël, 11 ans. Et Shachar, 9 ans, le plus petit  celui que l'on voit pleurer dans la vidéo.

Cinq personnes. Une maison. Des ballons de fête.

Puis les roquettes.

La porte de la pièce sécurisée

La famille s'est précipitée dans le mamad la pièce sécurisée, cette petite pièce sans fenêtre que chaque maison d'Israël possède et que l'on espère ne jamais vraiment devoir utiliser. Ils ont fermé la porte. Ils ont attendu. Et puis ils ont entendu les terroristes dans la maison.

Ce sont Tsachi et Maayan qui ont tenu la porte. Le père et sa fille de 18 ans, côte à côte, les mains agrippées à la poignée, le dos contre le bois, leurs corps contre la mort. De l'autre côté, les terroristes hurlaient en anglais : "Open the door !" Ils n'ouvraient pas.

Puis un coup de feu a traversé la porte.

Tsachi a senti sa fille lâcher prise. Il a compris avant même de la regarder. Il a lâché la porte à son tour, sous le choc. Et Maayan s'est effondrée dans ses bras.

Les terroristes sont entrés.

Ce que les enfants ont vu

Dans cette pièce, il y avait maintenant des hommes armés, un père couvert du sang de sa fille, une mère qui tentait de rester debout, et deux enfants 11 ans, 9 ans qui regardaient tout ça.

Les terroristes ont saisi le téléphone de Gali. Ils ont ouvert Facebook. Ils ont appuyé sur "Live". Ils étaient si fiers d'avoir tué Maayan qu'ils voulaient que le monde entier le voie.

Pendant trente minutes, des milliers d'Israéliens ont regardé en direct, depuis leurs propres abris, depuis leurs propres mamad où ils se terraient eux aussi ce matin-là, impuissants, les yeux rivés à leur téléphone.

Ce qu'ils ont vu : un jeune garçon et une jeune fille sanglotant, leurs parents couverts de sang qui tentaient de les réconforter, et un terroriste pointant son arme.

Les voix

La transcription de cette vidéo est un document d'une violence rare. Pas parce qu'elle décrit des actes mais parce qu'elle capture des voix d'enfants en train de vivre l'invivable, en temps réel, sans filet.

"There is no chance for me to go back." Il n'y a aucune chance pour moi de revenir en arrière. C'est Yaël ou Shachar impossible de le savoir avec certitude. Un enfant qui comprend, dans la seconde où Maayan tombe, que le monde d'avant vient de disparaître pour toujours.

"My sister died. I wanted her to stay alive." Ma sœur est morte. Je voulais qu'elle reste en vie. Ils sanglotent tous les deux. Onze ans. Neuf ans. Leur sœur gît à quelques mètres d'eux.

"Relax, relax." C'est le terroriste. Pointant son arme. Ordonnant le silence à des enfants en deuil. Pas un parent qui console. Un homme armé qui s'impatiente.

"No more, no more." Un enfant qui supplie que ça s'arrête.

"You are so annoying." "Tu es tellement agaçant". Le terroriste, excédé par les pleurs. La phrase la plus glaçante de toutes pas de la haine, pas de l'idéologie. Juste l'irritation banale d'un homme qui trouve un enfant en train de pleurer sa sœur morte légèrement énervant. (Rappelant le comportement des nazis face à la détresse des mère à qui on arrachait les bébés de leurs bras pour les lancer en l'air et leur tirer dessus. )

Les enfants demandent alors à voix haute si on va tuer leur père. Shachar a 9 ans. Il pose la question en regardant un homme armé dans les yeux.

Le terroriste lui répond : "Si je le tue, je le ferai dans une autre pièce."

La séparation

Ce n'est qu'après plusieurs heures que les terroristes décident qui ils emmènent et qui ils laissent.

Ils choisissent Tsachi.

Yaël a 11 ans. Elle voit son père se lever. Elle comprend. Et elle fait ce qu'aucun enfant ne devrait jamais avoir à faire elle se tourne vers des hommes armés et elle supplie. Elle les implore de ne pas l'emmener. De ne pas le tuer. Onze ans. Debout. Face à des terroristes. Pour son père.

Gali trouve les mots d'un dernier adieu : "Je t'aime. Ne joue pas au héros. Sois intelligent."

Un terroriste se tourne alors vers Tsachi. Il lui désigne Gali  sa femme, vivante, debout dans cette pièce où leur fille aînée vient de mourir. Et il lui dit froidement :

"That's your wife. You will never see her again."

C'est ta femme. Tu ne la reverras plus jamais.

Ce n'est pas une information. C'est le dernier coup. Délibéré. Calculé. Pour que la dernière image que Tsachi emporte vers Gaza soit celle de Gali qu'il ne pourra plus jamais rejoindre.

Les terroristes ont promis à Yaël qu'il reviendrait.

Tsachi sort de sa maison les mains couvertes du sang de Maayan. Yaël et Shachar regardent la porte se refermer.

Ils mentaient.

Qui était Maayan

Sa mère Gali parlera d'elle lors des funérailles avec des mots qui brisent : "Tu auras 18 ans pour toujours, 18 ans et 4 jours. Si belle, dans la robe marron que tu portais pour ton anniversaire, avec tes boucles abondantes. Je ne comprends pas comment ils ont pu assassiner une licorne unique et rare comme toi, Maayani."

Son oncle dira : "Elle avait quelque chose d'angélique, un calme et une maturité uniques." Joueuse de volley-ball, lectrice passionnée, dévouée à ses frère et sœurs plus jeunes. Elle venait de terminer le lycée. Elle allait s'engager dans l'armée de l'air. Elle avait toute une vie devant elle — et des ballons de fête encore accrochés aux murs.

Elle n'a été enterrée que le 22 octobre. Quinze jours après sa mort. Son père n'était pas là. Il était à Gaza.

509 jours. Puis un cercueil.

Gali s'est battue seule. Avec ses enfants. Avec le silence de Tsachi. Sa mère Devora ne lâchait rien : "Mon fils a été enlevé après que sa fille a été assassinée dans ses mains. Notre famille vit dans ce cauchemar. Le temps ne joue pas en notre faveur."

Tsachi était vivant. Des otages libérés en novembre 2023 l'avaient croisé en captivité il portait un masque Covid et un bonnet de laine noire. Il s'était assis dans un véhicule et avait dit à un autre otage de se rapprocher pour lui faire de la place. Il était encore lui.

Puis plus rien.

En février 2025, après 509 jours, son corps a été rendu à Israël. Il avait été assassiné en captivité  les autorités israéliennes ont établi qu'il avait été tué le 4 décembre 2023, quelques jours seulement après la fin du premier cessez-le-feu, celui où il aurait dû être libéré.

Ses funérailles ont eu lieu au stade Bloomfield de Tel-Aviv  le stade de l'Hapoel Tel-Aviv, son club de toujours. Les écrans géants diffusaient des photos de lui avec ses filles, dans les tribunes, heureux. Au-dessus : "Tsachi Idan, notre héros."

Un proche lui a dit lors de l'éloge funèbre : "Tu ne méritais pas d'assister au meurtre de Maayan. Tu ne méritais pas d'être retenu captif par des monstres. Et tu ne méritais pas l'incertitude sur le sort de Gali, de Yaël et de Shachar quelque chose qui était probablement la torture la plus insupportable de ta captivité."

Il a été inhumé aux côtés de Maayan. Le père et la fille, ensemble, dans la même terre. Elle avait 18 ans et quatre jours. Lui, 50 ans et des mains qui avaient tenu une porte, et qui n'avaient pas suffi.

Ce qu'il reste

Gali Idan est veuve. Yaël a aujourd'hui 13 ans. Shachar en a 11. Ils ont vu leur sœur mourir. Ils ont vu leur père partir les mains couvertes de son sang. Ils ont attendu 509 jours. Ils ont eu un cercueil.

Dans le documentaire The Children of October 7, Yaël raconte, dans une voix étonnamment posée : "C'est comme si tout ce qui te semblait sûr ne l'était plus."

Elle avait 11 ans ce matin-là. Elle posait des questions à des terroristes armés qui venaient de tuer sa sœur. Elle suppliait pour que son père reste.

Le Hamas avait promis.

Rien n'a tenu.

Cette famille s'appelle Idan. Elle vivait au kibbutz Nahal Oz, à quelques centaines de mètres de la frontière de Gaza. Elle voulait juste finir de fêter les 18 ans de Maayan.

Les ballons étaient encore accrochés aux murs.

Sources : Times of Israël, The Jewish Chronicle, Collectif du 7 octobre, Franceinfo, Israel Hayom, i24News, Jerusalem Post, CBS News, documentaire The Children of October 7

 

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