Otage du Ministère de l’Intérieur : le scandale d’une mère juive et de son fils autiste oubliés par l’État

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Otage du Ministère de l’Intérieur : le scandale d’une mère juive et de son fils autiste oubliés par l’État

Une femme convertie sous l'autorité du Rabbinat d'Israël, mère de trois enfants dont un fils autiste, attend depuis plus d'un an que le Ministère de l'Intérieur daigne traiter son dossier. Il ne le fait pas. Délibérément. Parce que des fonctionnaires ont choisi d'utiliser le dossier d'une mère de famille comme monnaie d'échange dans leur guerre intestine contre des dayanim du Rabbinat. C'est illégal. C'est documenté. Et personne, jusqu'ici, n'en a parlé.

Ce que dit la loi et ce que le Ministère en fait

La Loi du Retour israélienne, votée en 1950 et amendée en 1970, est sans ambiguïté dans ses termes. Son article premier dispose : « Tout Juif a le droit d'immigrer en Israël. » L'amendement de 1970 précise explicitement qu'est considéré comme Juif toute personne
« née d'une mère juive ou convertie au judaïsme. »
La loi ne réserve au Ministre de l'Intérieur qu'un seul motif de refus : être convaincu que le demandeur mène des activités dirigées contre le peuple juif, risque de porter atteinte à la sécurité de l'État, ou présente un passé criminel dangereux. Rien d'autre. Aucune autre exception n'est prévue. 

La jurisprudence de la Cour suprême israélienne est restée en permanence favorable à une interprétation souple de la loi, refusant systématiquement l'interprétation restrictive que tentent d'en faire les courants orthodoxes les plus radicaux.

Ruth — prénom d'emprunt — a satisfait à toutes les exigences légales.
Sa conversion a été reconnue par le Beth Din régional de Tel-Aviv, sous l'autorité du Rav Zevadia Cohen, Président du Tribunal rabbinique de Tel-Aviv.
L'interprétation de la loi juive et son application sont attribuées par l'État au Rabbinat d'Israël, dont il reconnaît la compétence pour tout ce qui concerne le statut personnel de la population juive. Le Rabbinat a statué. L'État est donc lié par cette décision.

Le Ministère de l'Intérieur n'a ni la compétence ni l'autorité légale pour revenir sur un guiyour validé par l'institution à qui l'État lui-même a délégué cette autorité. 

En ne traitant pas le dossier de Ruth non pas en le rejetant, mais en le laissant délibérément en suspens  le Misrad HaPnim viole l'article 1 de la Loi du Retour, qui confère un droit, et non une faveur discrétionnaire. Il viole également les principes fondamentaux du droit administratif israélien, qui impose à toute administration l'obligation de statuer dans un délai raisonnable sur toute demande régulièrement constituée.

Cinq reports successifs devant le tribunal administratif, sans qu'aucune décision de fond ne soit rendue, constituent une obstruction caractérisée.

Trois ans de Torah à Los Angeles. Un parcours exemplaire. Une guerre qui ne la concerne pas.

Ruth a étudié la Torah pendant trois ans à Los Angeles, avec un engagement que ses maîtres ont qualifié d'exceptionnel.
À l'issue de ce parcours, elle s'est convertie devant un Beth Din orthodoxe.
En 2019, elle quitte les États-Unis et s'installe en Israël avec son premier enfant.
Elle y donne naissance à deux autres. Elle y construit sa vie, sa communauté, son identité.

En 2022, elle dépose une demande d'Alyah. En janvier 2024, elle reçoit une lettre d'expulsion : le Beth Din de Los Angeles où elle s'est convertie ne figurait pas sur la liste des tribunaux reconnus dans le cadre de la Loi du Retour. Coup dur. Mais Ruth ne cède pas. Elle ne part pas. Elle n'a nulle part où aller ni Los Angeles, ni Paris ne sont plus chez elle. Ses enfants ont leur père en Israël. Leur vie entière est là.

Elle fait alors ce que peu auraient eu le courage de faire : elle sollicite elle-même le Rabbinat d'Israël pour ouvrir une nouvelle procédure de guiyour de conversion.

Le Beth Din de Tel-Aviv instruit le dossier avec une rigueur absolue : auditions multiples, enquête approfondie, témoignages de rabbins venus de Los Angeles, Jérusalem et Beit Shemesh, tous attestant qu'elle n'est pas seulement pratiquante elle enseigne la Torah. Ruth et ses enfants se soumettent à l'immersion au mikvé be'houmra, par mesure de rigueur, allant au-delà de ce qui leur était demandé.

Le 17 mars 2025, à Pourim, le Rabbinat d'Israël rend sa décision : Ruth et ses trois enfants sont reconnus juifs. Les certificats sont officiels, tamponnés, signés. Ils sont reproduits dans cet article.

Le Ministère reçoit le dossier. Et choisit de ne rien faire.

Ruth se présente au Misrad HaPnim. Son dossier est ouvert. Et puis  rien. Des semaines passent. Des mois. Six mois d'un silence de plomb. C'est son avocat qui découvrira, à force de démarches et d'appels téléphoniques, ce que le Ministère n'a pas jugé utile de signaler : le dossier a été mis de côté. Délibérément. Sans raison invoquée. Sans notification. Sans délai annoncé.

Ruth réunit alors dans des conditions qui tiennent du miracle 60 000 shekels pour saisir le tribunal administratif de Tel-Aviv. Son avocat est l'un des meilleurs spécialistes du pays en matière de guiyour et d'Alyah. Il a traité environ 1 500 dossiers au cours de sa carrière. Sa conclusion, après examen du cas de Ruth : il n'avait jamais vu une telle situation.

L'affaire est transférée à Jérusalem sans explication cohérente. Le Ministère obtient un délai pour répondre. Puis un autre. Puis un autre. Puis encore un autre. Puis un cinquième. Nous sommes le 2 juin 2026. Cinq reports. Zéro décision.

La vérité que personne ne veut dire officiellement : Ruth est une otage administrative

D'après les éléments recueillis par l'avocat et les personnes suivant le dossier de près, le blocage n'a rien d'une négligence bureaucratique.
Il s'expliquerait par un conflit ouvert entre une faction du Ministère de l'Intérieur et certains dayanim du Rabbinat  un désaccord institutionnel sur le périmètre d'autorité de chaque institution en matière de guiyour.
Dans ce bras de fer, le dossier de Ruth a été utilisé comme levier de pression : un dossier solide, irréprochable sur le fond, et donc parfait pour démontrer qu'on peut bloquer même ce qui est légalement indiscutable.

Dit autrement : des fonctionnaires ont choisi de punir une mère de famille pour envoyer un message à des rabbins.

Un fils autiste sans allocation. Une mère malade sans médecin. Des dettes hospitalières qui s'accumulent.

Les conséquences de ce blocage ne sont pas abstraites. Elles sont quotidiennes, physiques, irréversibles.

Le fils de Ruth est autiste. Sans Teoudat Zéout, elle ne peut percevoir aucune allocation du Bituah Leoumi. Elle n'a accès à aucune Koupat Holim. Elle souffre elle-même d'une maladie diagnostiquée depuis quatre ans pour laquelle elle ne peut être soignée qu'en médecine privée, à des tarifs qu'elle ne peut pas assumer. Obtenir une simple ordonnance d'antibiotiques représente pour elle une démarche complexe et coûteuse. Elle a accumulé des dettes importantes auprès de plusieurs hôpitaux.

Pendant ce temps, elle continue d'enseigner la Torah à des femmes souhaitant se convertir sous l'autorité du Rabbinat d'Israël. Sans être payée. Sans aide. Sans existence légale.

Ce dossier doit être rendu public

La loi donne au Ministre de l'Intérieur le pouvoir de mettre en œuvre la Loi du Retour.
Or, certains ministres ont été membres de partis religieux orthodoxes et ont donc refusé certains immigrants, entraînant des recours devant les tribunaux. Ce n'est pas nouveau. Mais refuser de statuer — ni oui ni non, juste le silence, cinq fois de suite — est une méthode plus perverse encore : elle ne laisse aucune prise légale immédiate, elle épuise financièrement et psychologiquement, et elle démoralise.

Ruth n'a pas failli. Elle a fait mieux que ce qui lui était demandé, à chaque étape, dans chaque institution. C'est l'État qui a failli.

Cette affaire doit être connue. Parce que ce qui est fait à Ruth aujourd'hui peut être fait à n'importe qui demain. Parce que la loi n'est pas une option. Et parce qu'une mère de famille juive dont le fils autiste ne peut pas être soigné à cause d'une guerre de territoire entre bureaucrates — ça ne devrait jamais pouvoir arriver dans l'État d'Israël.

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