Qatar : le gaz comme destin, Ormuz comme sentence

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Qatar : le gaz comme destin, Ormuz comme sentence

Le Qatar face à une menace sans précédent

La guerre contre l'Iran et la fermeture persistante du détroit d'Ormuz sont en train de porter un coup dévastateur au Qatar, l'un des plus grands exportateurs de gaz naturel au monde.

En l'espace de quelques semaines, c'est l'édifice entier sur lequel cet émirat a bâti sa fortune depuis des décennies qui se fissure. L'une des nations les plus puissantes du Moyen-Orient se retrouve aujourd'hui face à une menace d'une nature et d'une ampleur qu'elle n'avait jamais connues.

Quand le gaz ne coule plus

Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz en février, le Qatar n'a pratiquement plus exporté de gaz naturel liquéfié depuis ses côtes. Pour un pays dont plus de 60 % des revenus reposent sur le gaz et les produits énergétiques, il ne s'agit pas d'une turbulence passagère mais d'un choc systémique qui menace la prospérité spectaculaire que l'émirat a connue ces dernières années. L'or bleu qui a transformé ce petit État du Golfe en puissance financière mondiale est désormais bloqué, sans accès à la mer.

L'Iran a aggravé la situation en frappant au cœur de l'appareil productif qatari. Des missiles et des drones ont visé les installations gazières stratégiques de Ras Laffan, endommageant des équipements vitaux et réduisant de 17 % la capacité de production du pays pour les années à venir.
C'est l'épicentre de l'industrie pétrolière et gazière qatarie qui a été touché : la plus grande infrastructure d'exportation de gaz naturel liquéfié au monde, désormais mise à l'arrêt.

Des milliards engloutis chaque jour

Selon des estimations publiées par le New York Times, même si le détroit d'Ormuz venait à rouvrir prochainement, il faudrait des années au Qatar pour retrouver ses niveaux de production d'avant-guerre.

Les analystes estiment que Qatar Energy, la compagnie nationale, a déjà perdu plusieurs milliards de dollars. Et chaque jour supplémentaire de fermeture du détroit coûte au pays des centaines de millions de dollars supplémentaires en manque à gagner sur les ventes et les droits de transit. Ce n'est plus une hémorragie, c'est une exsangue à ciel ouvert.

Sur le terrain, l'image est saisissante. Le centre industriel de Ras Laffan a fermé ses portes, les routes sont bloquées, les grues du port de Hamad se dressent immobiles dans un silence inhabituel. À Doha, la capitale, hôtels de luxe, boutiques haut de gamme et sites touristiques enregistrent une fréquentation anormalement faible.

Le nombre de visiteurs étrangers a chuté brutalement, sous l'effet des avertissements aux voyageurs et de la crainte d'une nouvelle escalade régionale une crainte d'autant plus vive que les spéculations sur une possible reprise des hostilités avec l'Iran se multiplient.

Un talon d'Achille géographique

Le Fonds monétaire international prévoit désormais une contraction de 8,6 % de l'économie qatarie cette année. En parallèle, des entreprises internationales continuent de rapatrier leurs employés, inquiètes de l'instabilité persistante.
La crise a mis en lumière une vulnérabilité structurelle que le Qatar n'a jamais réussi à surmonter : sa dépendance quasi totale au détroit d'Ormuz.
Contrairement à l'Arabie Saoudite ou aux Émirats arabes unis, qui disposent de routes d'exportation alternatives contournant ce point de passage stratégique, le Qatar n'a aucun itinéraire de substitution. Ormuz est son unique porte de sortie vers le monde.

Cette dépendance ne se limite pas au gaz. Le Qatar importe environ 90 % de sa nourriture, et la fermeture maritime l'a contraint à acheminer ses approvisionnements par voie aérienne à un coût prohibitif ou à les faire transiter par l'Arabie Saoudite. L'émirat qui affichait l'un des revenus par habitant les plus élevés de la planète se retrouve aujourd'hui à gérer, dans l'urgence, sa sécurité alimentaire.

La façade de la stabilité

Face au désastre, les autorités qataries s'emploient à projeter une image de calme et de maîtrise. L'État continue de subventionner les produits importés pour éviter une flambée brutale du coût de la vie susceptible d'alimenter la tension sociale.
Du côté des agences de notation, S&P a maintenu la note de crédit du Qatar inchangée, soulignant les réserves financières colossales accumulées au fil des années grâce aux revenus gaziers.
C'est là la seule vraie bouée de sauvetage du pays : une épargne souveraine suffisamment massive pour absorber, pendant un certain temps encore, l'absence totale de revenus gaziers.

Les économistes estiment en effet que même si les recettes gazières venaient à disparaître pendant plusieurs années, ces réserves permettraient au Qatar de continuer à payer les salaires de ses fonctionnaires et à maintenir les services essentiels.

Mais cette assurance ne suffit pas à dissiper toutes les craintes.
Les autorités exercent une pression croissante sur les multinationales pour qu'elles maintiennent une activité pleine et entière, afin d'éviter une fuite des capitaux et des compétences étrangères. Car c'est là que réside le vrai danger : si les entreprises s'effondrent ou quittent le territoire, c'est toute la main-d'œuvre expatriée sur laquelle repose l'économie qatarie qui risque de disparaître à son tour, et rapidement.

L'ébranlement d'un mythe

En moins de trois mois, la guerre a fait voler en éclats l'image d'une puissance intouchable. Le Qatar avait su, pendant deux décennies, naviguer avec une habileté remarquable entre les grandes puissances régionales et mondiales, finançant à la fois Al Jazeera et des fonds d'investissement à Paris, Londres ou New York, accueillant des bases militaires américaines tout en entretenant des relations avec Téhéran tout en finançant aussi le Hamas organisation terroriste.

Cette diplomatie de l'équilibre, cette neutralité calculée, lui avait valu une forme d'immunité que beaucoup lui enviaient.

Aujourd'hui, le détroit d'Ormuz a révélé ce que tout le monde refusait de voir : derrière les gratte-ciel de Doha et les fonds souverains vertigineux, le Qatar reste une petite péninsule enclavée, dont le destin économique est suspendu à un seul point de passage maritime.

La guerre n'a pas seulement endommagé des infrastructures elle a mis à nu la fragilité fondamentale d'un modèle de puissance entier.

Et aucune réserve financière, aussi colossale soit-elle, ne peut remplacer indéfiniment le gaz qui ne coule plus.

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