Les mots peuvent vraiment tuer : ni accusations de trahison, ni écrasement autoritaire

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Les mots peuvent vraiment tuer : ni accusations de trahison, ni écrasement autoritaire

Les mots peuvent vraiment tuer : ni accusations de trahison, ni écrasement autoritaire

Lorsque le Premier ministre est qualifié de traître et la présidente de la Cour suprême décrite comme une mégalomane tyrannique, il est clair que le discours israélien a franchi un nouveau palier d’extrémisme. La paracha de la semaine éclaire le pouvoir des mots, en bien comme en mal.

Le débat public israélien a encore monté d’un cran cette semaine dans l’escalade verbale : d’un côté, le chef du gouvernement est accusé de trahison pure et simple ; de l’autre, la présidente de la plus haute instance judiciaire est dépeinte comme une personnalité autoritaire et écrasante.

Ces propos ne proviennent pas des marges de la société israélienne, mais de figures dirigeantes, anciennes ou actuelles, peut-être même futures. Une fois de plus, le pays retient son souffle quelques heures, avant la prochaine tempête.

Les mots peuvent-ils réellement tuer, comme le dit l’expression consacrée, ou faut-il relativiser les discours virulents qui s’évaporent avec le vent ? Le fait que les tons montent sans entraîner de violence physique immédiate prouve-t-il qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à ces paroles ?

Arc et flèche. Il existe un discours venimeux qui s’infiltre à long terme

La paracha « Vaye’hi », qui clôt le livre de la Genèse, offre un éclairage particulier sur la force du verbe. Jacob, sur son lit de mort, tient une série d’entretiens d’adieu avec ses fils.

La conversation la plus chargée émotionnellement est celle avec Joseph, à qui il souhaite compenser les souffrances endurées au fil des ans. Il lui fournit des explications sur son comportement passé, bénit ses enfants, puis prononce ces mots : « Et moi, je te donne une part de plus que tes frères, celle que j’ai prise à l’Amoréen avec mon épée et mon arc. »

Jacob promet à Joseph une portion supplémentaire dans la Terre promise, en l’occurrence la ville de Sichem, qu’il affirme avoir conquise de sa propre main, par l’épée et l’arc.

Pourtant, le lecteur biblique peine à identifier cet épisode : ce sont les fils de Jacob, Simeon et Lévi en tête, qui ont pris Sichem par la force – un acte que Jacob condamne précisément pour sa violence.

Certains sages ont suggéré qu’après cette conquête, une grande guerre aurait éclaté contre la famille de Jacob, l’obligeant à combattre personnellement. Mais le texte biblique n’en fait nulle mention. L’interprétation la plus classique et répandue voit dans « mon épée et mon arc » une métaphore : « par ma prière et ma supplication ». Jacob revendique ainsi avoir contribué à la victoire par ses prières.

Pourquoi nos maîtres s’écartent-ils si radicalement du sens littéral ? Sans doute pour nous enseigner que la guerre ne se gagne pas seulement par les canons et les chars, mais aussi par les mots – prières, supplications. Jacob combat par la parole ; il prie, il implore, rechargeant ainsi les forces combattantes d’une énergie nouvelle.

Épée lors du couronnement du roi Charles, archives. Elle ne fait que paraître plus menaçante

Jacob nous révèle la puissance des mots prononcés, qu’ils soient prière et intercession pour sa famille ou paroles destructrices. Les symboles guerriers qu’il emploie sont éloquents : l’épée et l’arc, armes emblématiques de l’Antiquité, dont les modes d’action diffèrent profondément. L’épée implique un combat au corps à corps ; l’arc, en revanche, projette ses flèches à distance, sans contact direct avec la cible, et sans révélation immédiate des effets.

Quelle arme est la plus dangereuse, dans la guerre comme dans la société ? L’épée paraît plus menaçante, immédiate. L’arc semble fragile, presque imperceptible – et c’est là son péril : difficile à anticiper, car dissimulé.

Il en va de même pour les mots. Certains, insultants et humiliants, provoquent une réaction instantanée : l’offense est ressentie, la riposte s’emballe, parfois jusqu’à la violence physique. D’autres, toxiques, fonctionnent comme l’arc : leur impact met du temps à se manifester. Au premier abord, leur force semble négligeable ; la polémique passagère s’éteint sur les réseaux comme elle y est née. Mais à long terme, elle infiltre les esprits, normalise l’inacceptable.

Il faudra peut-être de multiples flèches pour atteindre la cible, mais elles finiront par toucher. Tout discours venimeux diffusé dans l’espace public, même s’il paraît anodin, fissure progressivement la qualité du débat, abaisse le niveau de la parole et devient une arme plus insidieuse que l’épée, visible et donc plus facile à parer.

Jacob nous enseigne la même leçon pour les paroles positives. Face aux actes de Simeon et Lévi – « instruments de violence que leurs armes » –, il oppose la force de la prière et de la supplication : le pouvoir des mots bienveillants à élever l’individu et la collectivité, à court comme à long terme.

Auteur Rav.David Stav

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