Les nouveaux pauvres de guerre en Israël : quand la classe moyenne s’effondre

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Les nouveaux pauvres de guerre en Israël : quand la classe moyenne s’effondre

Les nouveaux pauvres de guerre en Israël : quand la classe moyenne s’effondre

Deux années de guerre ont redessiné la société israélienne. Derrière la puissance apparente de l’économie, un basculement silencieux frappe les familles de réservistes, les travailleurs pauvres et une large partie de la classe moyenne. Les chiffres publiés par Latet révèlent une réalité brutale, celle d’un pays où des dizaines de milliers de foyers auparavant stables sombrent dans une précarité profonde.

Un effritement inédit de la classe moyenne

Le rapport Latet met en lumière la manière dont le coût de la vie, l’augmentation des charges fiscales et la mobilisation prolongée des réservistes ont fait émerger une nouvelle catégorie de pauvres. Même les familles où les deux conjoints travaillent glissent désormais sous le seuil de sécurité économique.
L’insécurité alimentaire progresse dans des proportions alarmantes. Le nombre de familles concernées a augmenté de 27,5 pour cent, et le nombre d’enfants touchés de 10 pour cent.
Cette tendance ne touche plus seulement les populations traditionnellement vulnérables mais atteint le cœur même de la société israélienne.

867 256 familles vivent aujourd’hui dans l’insécurité alimentaire, soit 26,9 pour cent des ménages du pays. 1 182 375 enfants sont concernés, dont 444 573 en situation sévère. Au total, 2 805 861 personnes vivent dans l’insécurité alimentaire, avec une augmentation de 29 pour cent des situations graves en un an.

Eran Weintraub, directeur général de Latet, avertit que « l’insécurité alimentaire s’aggrave, la pauvreté s’intensifie et de nouvelles populations basculent dans la précarité économique ». Pour lui, « une réponse gouvernementale globale est indispensable ».
Gilles Darmon, fondateur de Latet, rappelle que « si nous sommes parvenus à augmenter le budget de la défense de plus de 60 milliards de shekels en quelques mois seulement sans nuire à la stabilité économique, nous pouvons certainement trouver les quelques milliards nécessaires pour ramener le taux de pauvreté en Israël à la moyenne des pays de l’OCDE ».

Quand le travail ne protège plus de la pauvreté

Le rapport décrit une réalité que de nombreuses familles vivent désormais au quotidien.
Les ménages de la classe moyenne inférieure, jusque-là stables, ne parviennent plus à couvrir leurs besoins essentiels. L’allongement du service de réserve prive des familles entières d’un revenu et de stabilité. En parallèle, la hausse de la TVA, l’augmentation des cotisations sociales et la flambée des prix ont fragilisé le moindre équilibre budgétaire.

Les chiffres sont implacables. Le coût de vie minimal pour un couple avec deux enfants s’élève à 14 139 shekels par mois soit 3600 euros.

 Deux salaires minimums atteignent 12 495 shekels, laissant un déficit structurel de 1 640 shekels mensuels. En tenant compte du nombre réel de soutiens de famille, soit 1,35 par foyer, le revenu médian tombe à 8 403 shekels, soit environ 40 pour cent de moins que ce qu’exige la vie quotidienne en Israël.
Dans 83,2 pour cent des ménages aidés, au moins un adulte travaille, mais cela ne suffit plus à sortir de la pauvreté.

Les données officielles confirment cette détérioration. Le Bureau central des statistiques fait état d’une hausse continue de l’indice des prix, tirée par l’alimentation, l’énergie et surtout le logement. Le panier alimentaire a augmenté de plus de 7 pour cent en un an. Les loyers progressent de 5,6 pour cent en moyenne. Un foyer sur trois ne parvient plus à régler ses factures à temps. Le phénomène était rare il y a encore quelques années.

La pauvreté comme multiplicateur de traumatisme

La guerre laisse derrière elle des blessures psychologiques dont l’ampleur n’est pas encore pleinement mesurée.
Les chercheurs estiment que des dizaines de milliers d’Israéliens développeront un syndrome de stress post-traumatique. Les populations pauvres en subissent les conséquences de manière disproportionnée. La détresse économique amplifie les effets du traumatisme. Le traumatisme renforce la précarité.

Les chiffres sont saisissants. 62 pour cent des bénéficiaires d’aide décrivent leur état mental comme mauvais ou très mauvais, soit près de trois fois plus que dans la population générale. 42,4 pour cent affirment que leur état s’est détérioré depuis le début de la guerre. 44 pour cent des personnes à bas revenus présentent des symptômes de stress post-traumatique, contre 23 pour cent chez les personnes à hauts revenus. La dépression touche 40 pour cent des plus précaires, contre 22 pour cent des revenus plus élevés.

La majorité des familles ayant besoin d’une aide psychologique doivent y renoncer faute de moyens. 83,6 pour cent y ont renoncé cette année. 67,6 pour cent ont renoncé à des médicaments ou à des soins médicaux. 76 pour cent souffrent de maladies chroniques, contre 42,6 pour cent dans la population générale. Lorsque les ressources ne suffisent plus à se soigner, le piège se referme.

Les personnes âgées au bord de la rupture

Parallèlement à ces nouvelles populations de pauvres, les seniors déjà fragilisés avant la guerre voient leur situation se dégrader de manière dramatique. Les associations humanitaires constatent une détérioration massive. Leurs dépenses mensuelles représentent près du double de leur revenu net moyen. Beaucoup travaillent encore, souvent à la journée ou à l’heure, dépendants des horaires imposés, exposés à des pertes de revenus brutales.

Les associations dressent un constat quasi unanime. 94,3 pour cent des directeurs affirment que la situation financière de leurs bénéficiaires s’est détériorée cette année. 66,4 pour cent évoquent une détérioration importante ou très importante. 59,6 pour cent des bénéficiaires eux-mêmes disent que leur situation s’est aggravée. Plus de la moitié rapportent une dégradation professionnelle depuis le 7 octobre.

Les données complémentaires des organismes sociaux confirment cette réalité. Le taux de pauvreté des seniors en Israël reste parmi les plus élevés du monde occidental. Le nombre de retraités dépendant de l’aide alimentaire a encore augmenté cette année.
Depuis le début de la guerre, les demandes d’aide adressées aux associations de soutien aux personnes âgées ont progressé de 18 pour cent.
Les bénévoles voient revenir des retraités qui, pour la première fois de leur vie, doivent choisir entre l’alimentation, les médicaments ou le chauffage.

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