Comédie, ayahuasca, rédemption : l’histoire vraie et hallucinante de Rudy Saada

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Comédie, ayahuasca, rédemption : l’histoire vraie et hallucinante de Rudy Saada

Après la trahison, le crash, la renaissance : la confession brutale de Rudy Saada

De la trahison à la résurrection, du crash à la scène, Rudy Saada livre un témoignage brut, viscéral et bouleversant.
Humoriste révélé par la série Kupa Rishit, survivant d’un accident de moto qui l’a laissé pour mort, trompé par une femme qui attendait l’enfant d’un autre, ce fils de Jaffa passé par les bains de glace, les clous, et l’ayahuasca, raconte sa chute et sa rédemption.

Dans cet entretien-vérité, il confesse ses blessures, sa foi, sa rage de vivre, et ce feu sacré qui l’a empêché de sombrer. Une interview rare, à lire d’un trait.

Q.Comment avez-vous découvert la grossesse, et pourquoi n’y avez-vous pas cru ?

« En 2013, je me marie lors d’une cérémonie à l’ayahuasca, un rituel chamanique.
Un an et demi plus tard, elle vomit sans arrêt. J’appelle le chaman : “Ce n’est pas l’ayahuasca, fais un test de grossesse”, me dit‑il.
J’étais sous le choc. Je ne voulais pas d’enfant. Pourtant, j’ai eu cette intuition troublante : quelque chose clochait. »

Q. Pourquoi une telle intuition ?

« Je ne sais pas l’expliquer. Comme les femmes devinent qu’elles sont enceintes, moi, j’ai senti que ce n’était pas le bon enfant. Elle m’avait trompé avec le voisin au début de notre relation. J’avais pardonné, pensant qu’avec le temps et le travail spirituel, nous pourrions surmonter cela. » mais là je sentais autre chose de plus grave.

Q. Comment avez-vous réagi à cette grossesse ?

« Je ne me suis pas réjoui. J’ai demandé qu’elle avorte. Elle a réagi violemment : “C’est ton enfant, comment peux-tu vouloir le tuer ?” Beaucoup d’émotions. Mais je sentais au fond de moi que ce lien était toxique, malsain. Je comprenais que c’était son corps, mais je ne pouvais pas rester. Je lui ai dit : “Si tu gardes l’enfant, je te soutiendrai financièrement, mais nous devons nous séparer.” Elle a avorté. »

Q. Et après cette séparation ?

« Deux mois plus tard — soit neuf mois après le début de la grossesse — elle m’avoue que j’avais eu raison : elle m’avait trompé, l’enfant n’était pas le mien. C’est comme si un obus avait explosé dans mon cerveau. Une douleur sans nom. Je l’avais même fait apparaître dans un de mes sketchs, sur scène… c’était surréaliste. »

Q. Comment avez-vous transformé cette douleur en comédie ?

« Elle était assise au premier rang, au spectacle de stand‑up où je révélais tout. Je n’étais même pas programmé ce soir‑là. Mais dès que je l’ai vue, j’ai su que c’était le moment. J’ai lâché mes notes de l’ombre — pendant vingt minutes, tout le monde rit de cette histoire absurde. »

Q. Le public vous connaît aussi pour votre défi extrême du bain de glace. Comment tout cela a‑t‑il commencé ?

« À 45 ans, je me suis lancé un défi nocturne : entrer quotidiennement dans un bain glacé. Ce n’était pas courant. Je voulais me forger un mental d’acier. J’apprenais, je progressais. Au début pas plus de 20 secondes.
J’ai battu mon propre record : 23 minutes dans la glace. Ce défi m’a permis d’enchaîner séries, montage, spectacles — et de remporter le prix du format de l’année sur TikTok. C’était la “thérapie du froid”, et j’ai découvert que briser la glace, c’est aussi se reconnecter à soi. »

Q. Pourquoi avoir arrêté ?

« Mon congélateur/baignoire a lâché. Quand j’ai appelé pour en remplacer un, le vendeur m’a dit : “Il y a déjà quelqu’un qui fait ce défi…” Je lui ai répondu : “Mec, c'est moi.” »

Q. Quel nouveau défi physique avez-vous entrepris ?

« J’ai troqué la glace pour marcher sur des clous — encore plus ardu, plus visuel. Et j’écris un nouveau spectacle de stand‑up, nourri de ces expériences extrêmes.

Q. Parlez-nous de l’accident qui a mis votre vie en pause.

« En 2019, à moto, je percute une voiture. Je me réveille coincé sous la voiture… sous un soleil d’août brûlant, j’entends qu’on me cherche, qu’on veut me sortir. On soulève le véhicule. Je souffre. Je ne respire plus vraiment. je meurs en silence. Ce qui devait être un éveil brutal : réveil, douleur, première rééducation. »

« J’ai passé un mois sous sédation, 11 mois en centre de rééducation. Ils me disaient : “Tu finiras en fauteuil.” J’ai pensé au suicide, contacté la Suisse pour le faire mais on a refusé ma candidature... la raison n'était pas suffisante.. J’avais 4 murs et rien à faire. Pas marcher. On m’a dit : “Tu iras bien en octobre.” Mais ce n’était pas marcher, c’était poindre mes premiers pas — avancer un millimètre à la fois. »

Q. Comment avez-vous transformé votre douleur en comédie ?

« Après l’accident, j’ai passé un mois sous sédation, puis onze mois en centre de rééducation. Les médecins me disaient : “Tu finiras en fauteuil.” J’étais au fond. J’ai pensé à en finir. J’ai même contacté la Suisse pour demander le suicide assisté, mais ils ont refusé : ma détresse n’était pas considérée comme une raison suffisante. J’étais seul avec quatre murs, sans force, sans avenir, et surtout, sans jambes. »

Un jour, un producteur m’appelle pour m’annoncer qu’il va devoir me remplacer dans une série. Je ne savais pas encore si je remarcherais, mais j’ai bluffé. Je lui ai répondu avec calme, presque une foi démente :

“T’inquiète pas. En octobre, je marche.”

J’ai raccroché. Et là, j’ai fondu en larmes.

« Je pleurais comme un enfant. J’avais lancé cette phrase comme une prière ou un défi. C’était fou. Mais à partir de ce moment, je me suis accroché. J’ai tout donné. Chaque millimètre gagné en rééducation était un kilomètre dans ma tête. Chaque mouvement était une victoire contre la fatalité. Je me battais pour que ce mensonge devienne vrai. »

Et en octobre… j’ai marché.

Pas comme avant, pas avec panache. Mais j’ai mis un pied devant l’autre. J’ai pleuré à nouveau. Pas de douleur cette fois, mais de vérité. Le corps répondait. La vie revenait. Et cette scène, la vraie scène, silencieuse, intime, est devenue le terreau de ma comédie. Car rien n’est plus drôle, ni plus sacré, que de survivre à sa propre fin.

Q. Et sur le plan spirituel ?

« J’étais en colère contre Dieu. J’avais élevé ma moralité, nettoyé mes déchets, nettoyé les WC publics avant et après… Je me demandais : “Quel genre d’être supérieur permet cela ?” Mais je me suis repris : “Je suis le capitaine, je reprends la barre.” J’ai contacté des chamanes au Brésil. Trois composantes essentielles : corps, esprit, âme. Je me suis construit un corps à toute épreuve. Quand on m’a annoncé qu’une saison deux se faisait sans moi, j’ai répondu : “Je suis là.” »

Q. Vous transformez le traumatisme en humour ?

« Bien sûr. On adore jouer les victimes, mais je ne veux pas être enfermé dans cette image. Ma cicatrice ? Je dis que “j’ai été dévoré par un ours”. Cette histoire meurt en comédie. »

Q. Vous avez recroisé votre ex ?

« Oui. La première fois c’était une bombe comme expliquait elle était assise au premier rang d’un spectacle, je n’étais même pas censé jouer ce soir-là, mais en la voyant… j’ai senti que c’était maintenant ou jamais. J’ai improvisé vingt minutes de stand-up sur notre histoire. Le public riait, moi je tremblais. C’était viscéral, nécessaire. »

Et puis, des années plus tard, en pleine tournée avec des programmateurs culturels du pays, je la revois. Cette fois, elle est là dans un cadre pro, pour acheter des spectacles. Elle ne savait pas que “celui-là” parlait d’elle. Quand elle a reconnu l’histoire, elle est devenue folle de rage. Mais à ce moment-là, ce n’était plus son histoire. C’était devenu du théâtre. Mon théâtre.

Q. Votre enfance, est‑elle à l’origine de cette combativité ?

« Je suis né dans un quartier défavorisé de Jaffa. Ma mère m’a envoyé au kibboutz Bet‑Zera dès le plus jeune âge, pour offrir à ses quatre fils un cadre plus sûr. À 13 ans, je vivais seul, je faisais des spectacles — malgré les enseignants qui me disaient : “Le monde n’est pas une scène.” Ça m’a poussé, forgé. »

Q. Comment avez-vous fait vos premiers pas sur scène ?

« Au lycée, je suis monté au Camel Comedy Club devant 500 personnes — je ressens encore ce vertige. J’y croise Shahar Hasson, qui m’a transmis deux monologues pour une audition dramatique. »

Q. Vous avez fui l’armée pour faire du stand‑up ?

« Oui. Un an et huit mois plus tard, j’ai déserté. J’avais besoin de vivre ma voie. J’ai étudié le jeu. J’ai travaillé comme acteur — théâtre, enfants — mais le stand‑up me sauvait. Il était comme des braises que je maintenais vivantes. Avec “Kupa Rishit” j’ai trouvé ma flamme. »

Q. Le coup de grâce de l’intuition, même pour votre carrière ?

« Oui. Ça peut sembler fou, mais ma carrière a basculé… grâce à une vision sous ayahuasca. »

Lors d’un rituel en Amazonie, je me retrouve dans un état de conscience altéré, profond.
Et là, je me vois entouré des plus grands comédiens d’Israël. Tous sont là : Shalom Assayag, Dov Navon, Noya Koller. L’ambiance est électrique, comme s’ils m’invitaient à les rejoindre. Je crois d’abord que c’est une prémonition, un signe que je vais intégrer un grand show comme Eretz Nehederet. Mais ce n’est pas ça.

« L’esprit me propulse. Littéralement. Je ressens un appel, une urgence. En rentrant du rituel, je reprends contact avec la réalité, j’allume mon ordinateur. Et là, je découvre que Yair Shagav — l’un des créateurs de la série Kupa Rishit — m’a ajouté sur Facebook. Je regarde mes mails : il y a une invitation à passer un casting pour une série jeunesse. Un projet que j’avais mis de côté, car il était à l’époque gelé. »

Mais cette fois, je ne l’ignore pas. Quelque chose me pousse. Je prépare l’audition. Quelques semaines plus tard, je suis rappelé : le projet est relancé.

Et c’est ainsi que Kupa Rishit est née.

« Ce n’était pas juste une série. C’était mon point de bascule. Ma place dans le paysage comique israélien. Cette vision n’était pas une hallucination. Elle était une connexion. Une intuition profonde. Un rendez-vous avec moi-même. Et je l’ai honoré. »

Q. Comment “Kupa Rishit” a‑t‑il changé votre trajectoire ?

« J’incarne Franco, aux côtés de Noya Koller, Dov Navon, Amir Shurosh… C’est le plus beau cadeau reçu, pour nous et pour le public. Cette série m’a offert une reconnaissance mainstream, et cette famille WhatsApp créée autour… est la seule qui ne soit pas muette depuis un an. »

. Vous parlez ouvertement de l’ayahuasca. Pourquoi ?

« Parce que c’est un champ de conscience qu’il faut partager. Pas pour provoquer, mais parce que ça soigne. Vraiment. Et pas seulement moi. Tout le monde. »

Rudy ne parle pas d’une drogue, mais d’un remède sacré. L’ayahuasca est, pour lui, une médecine puissante — pas chimique, mais spirituelle, végétale, ancestrale. Elle agit sur ce que ni les médicaments ni les thérapies classiques ne parviennent toujours à toucher : les plaies enfouies, les colères gelées, les mémoires invisibles.

« Elle soigne les traumas. Les miens, mais aussi ceux des autres. L’ayahuasca est un outil de vérité. Elle ne te laisse plus fuir. Elle t’oblige à regarder ce qui te fait mal. Elle ouvre le cœur, répare ce qui a été brisé — même quand tu ne sais pas toi-même ce qui est cassé. Et surtout, elle efface la notion de temps. Dans un rituel, tu peux revivre un souvenir de tes 6 ans comme s’il arrivait maintenant. Et là, tu peux enfin le guérir. »

Depuis ces cérémonies, sa vie a changé de cap. Ce n’est pas une lubie passagère, mais un engagement intime, profond, exigeant.

« Je ne bois plus d’alcool, plus de café, plus d’herbe. Le matin, je me lève, je bois beaucoup d’eau, je médite, et j’écris trois pages à la main. Tous les jours. Ça s’appelle les “pages du matin”. C’est un miroir. Un vidage d’âme. Et surtout, je fais tout pour nourrir ma vie — pas juste survivre, mais vivre en pleine conscience. Me remplir de ce qui m’élève. »

Mais le plus grand changement est ailleurs. Il est dans le regard qu’il porte sur le monde.

« Avant, mon mantra, c’était : “Ce qui ne te tue pas te rend plus fort.” Comme une armure. Mais j’ai changé. Aujourd’hui, je pense que la vie est une succession de cadeaux. C’est à toi de les voir, ou pas. »

Q. Oui, mais vous avez fait un lavement café ?

« Oui. Je m’intéresse au corps. C’est une hygiène globale. Je veux être le maître de ma vie. Je contrôle aussi l’énergie sexuelle. Je puise ma puissance créative en la canalisant. “Quel héros domine ses pulsions ?” Lorsque vous domptez vos pensées, vous modifiez le destin. Tout part de la pensée. »

Q. En êtes‑vous encore à vouloir des enfants ?

« Après des relations toxiques, pas de partenaire pendant dix ans. Chaque femme, je voyais ses obsessions, ses peurs. Je ne pouvais plus donner mon cœur. Il fallait que je reconquière ma confiance — en moi, dans le monde, dans la bonté. Puis j’ai rencontré Adi, depuis deux ans. Elle est généreuse, drôle, maman de deux enfants de 7 et 12 ans. Mon admiration est sans limite. »

Q. Comment vivez‑vous cette situation ?

« J’apprends à connaître ses enfants, je joue le rôle d’un père digne de ce nom. Les voir avec elle m’émeut profondément. Je voudrais qu’elle ait un enfant de moi — même si je trouve c'est trop “tard” à mon âge et avec ses enfants existants. »

Q. Comment l’avez-vous rencontrée ?

« Sur Bumble. Elle a été mon premier “swipe”. Elle est journaliste, drôle, incroyable, une mère extraordinaire. J’ai pensé : “Que ça ne finisse jamais.” Mais j’ai appris que tout a un début, un milieu, une fin. Pour nous, c’est le milieu. Et j’en savoure chaque instant. »

Un récit rare, brutal mais inspirant : trahison, intuition, accident, renaissance. Rudy Saada ne se contente pas de survivre : il fait de la douleur une comédie, de la mort annoncée une renaissance spirituelle. Un homme qui, de la glace au clou, du crash à la scène, incarne son nouveau mantra que la réalité est une succession de cadeaux — et que l’humour, celui-là même qu’on moqua, devient le plus puissant des boucliers.

Comédie, ayahuasca, rédemption : l’histoire vraie et hallucinante de Rudy Saada

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