Combien cela coûtera à Israël l'occupation totale de Gaza ?

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Israël face à l’une de ses décisions les plus lourdes : occupation totale ou action limitée à Gaza ?

Netanyahu pousse pour un contrôle complet de la bande de Gaza, malgré les réserves de Tsahal

Israël se trouve au bord d’un choix stratégique majeur depuis le début de la guerre : faut-il lancer une opération militaire pour occuper entièrement la bande de Gaza ou se contenter d’une action plus circonscrite ?

Selon notre correspondant politique Tamir Morag, la réunion restreinte sur la sécurité, tenue mardi soir, a révélé de profonds désaccords entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’état-major de Tsahal.
« Lors des discussions sur la prochaine phase des combats, Netanyahou s’est montré très déterminé à prendre des mesures décisives contre le Hamas et à occuper l’ensemble de la bande de Gaza », rapporte Morag.

De leur côté, le chef d’état-major Eyal Zamir et le chef de la direction des opérations, le général de division Itzik Cohen, ont présenté une approche plus prudente : encercler la ville de Gaza et les camps centraux, sans déployer de forces dans l’ensemble du territoire. Cette ligne de conduite vise à soulager les forces de réserve déjà fortement sollicitées et à éviter de mettre davantage en danger la vie des otages toujours détenus par le Hamas.

Un Premier ministre inflexible face aux réticences militaires

Malgré ces arguments, Netanyahu n’a pas été convaincu. Il a ordonné la tenue ce mercredi d’un cabinet restreint, suivi demain du cabinet élargi, seul organe habilité à prendre une décision. « La direction était et reste une occupation totale », insiste Morag, ajoutant que « les tensions entre les parties étaient et demeurent élevées ».

Dans les coulisses, la tension se reflète aussi dans les propos politiques. « Une source du Likoud nous confie », poursuit Morag, « qu’on craint de plus en plus qu’Eyal Zamir ait perfectionné la méthode du “refus silencieux” et mène une campagne bruyante… Au bout du compte, c’est l’échelon politique qui prend les décisions, et toute personne de niveau professionnel qui pense ne pas être en mesure de les mettre en œuvre peut déposer les clés et démissionner. »

Un dilemme stratégique au sommet de l’État

Ce bras de fer illustre une impasse stratégique. Invité ce matin de l’émission « Israël Morning » animée par Oded Menashe, le professeur Kobi Michael, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité nationale, a analysé la situation : « La question de savoir si Israël se prépare à une occupation totale reste un point d’interrogation, mais on constate une prise de conscience croissante parmi les dirigeants israéliens quant à la possibilité de parvenir à un accord avec le Hamas. »

Pour lui, si aucun accord n’est trouvé, « la seule option qui reste à Israël pour atteindre les objectifs de la guerre, y compris la libération des otages, est d’occuper complètement la bande de Gaza et d’imposer un régime militaire ». Il rappelle que le plan militaire initial, baptisé « Les Chariots de Gédéon », prévoyait de séparer la population du Hamas et de forcer l’organisation à choisir entre « se rendre ou mourir ». Ce plan, affirme-t-il, n’a jamais été appliqué dans son intégralité.

Une fenêtre d’opportunité pour le Hamas

Une source politique citée par Morag explique la fermeté de Netanyahu : « Jusqu’à présent, nous n’avons pas été en mesure de libérer les otages avec la méthode utilisée, et donc l’autre méthode d’opération… augmentera considérablement les chances de les libérer. »

Mais même en cas de décision immédiate, l’opération nécessiterait au moins deux semaines de préparation, voire davantage. Ce délai, avertit Morag, pourrait offrir au Hamas une marge de manœuvre : « Pendant cette période, le Hamas pourrait fléchir et accepter le plan Witkoff. »

Officiellement, Israël maintient que le seul accord envisageable est une reddition complète du Hamas. Pourtant, une interrogation demeure : « On ne sait pas du tout ce que fera Netanyahou si le Hamas cède à la dernière minute, quand il sent que la menace israélienne devient réelle, et offre dix otages vivants en échange de 60 jours supplémentaires de cessez-le-feu », souligne Morag. Un tel scénario permettrait au Hamas de gagner du temps et de retarder son effondrement.

Un choix qui scellera l’issue de la guerre

En conclusion, Tamir Morag note que « malgré la décision déterminée de Netanyahou d’occuper la bande de Gaza, il existe encore un certain écart entre les déclarations et leur mise en œuvre effective ». Entre intervention militaire totale et accord partiel in extremis, le choix qui sera fait dans les jours à venir déterminera l’issue de toute la campagne.

Repères historiques : quand Israël a déjà hésité entre occupation et action limitée

Ce dilemme stratégique n’est pas inédit pour Israël. Depuis sa création, l’État hébreu a souvent dû choisir entre contrôle total d’un territoire et opération limitée visant à affaiblir un adversaire sans s’enliser dans une administration militaire lourde.

En 1982, lors de l’invasion du Liban, le gouvernement avait initialement planifié une opération restreinte pour repousser l’OLP hors de la frontière nord. Mais la mission avait rapidement glissé vers une présence prolongée à Beyrouth et une implication politique qui ont coûté cher en vies humaines et en légitimité internationale.

En 2002, pendant l’opération Rempart en Judée-Samarie, Israël avait opté pour une occupation temporaire de plusieurs villes afin de démanteler les réseaux terroristes après une vague d’attentats-suicides. Cette action ciblée, bien que massive, s’était voulue limitée dans le temps pour éviter une gestion quotidienne de populations hostiles.

En 2009 et 2014, lors des opérations Plomb Durci et Bordure Protectrice à Gaza, la pression publique pour une occupation totale avait été forte, mais les gouvernements successifs avaient privilégié des frappes massives et des incursions ponctuelles, craignant l’enlisement dans un territoire densément peuplé et politiquement explosif.

Ces précédents montrent que la décision qui se joue aujourd’hui à Jérusalem ne se résume pas à un choix militaire : elle engage l’avenir stratégique, diplomatique et humain d’Israël pour les années à venir.

Ce que signifierait une occupation totale de Gaza aujourd’hui

L’occupation complète de la bande de Gaza ne serait pas seulement un acte militaire : elle impliquerait un engagement prolongé, des moyens humains et logistiques considérables, et un coût politique élevé.

Effectifs nécessaires

Pour contrôler durablement les 365 km² de la bande de Gaza et ses plus de 2 millions d’habitants, les estimations militaires parlent d’un minimum de 30 000 à 40 000 soldats déployés en permanence. Ce chiffre inclurait :

  • des unités de combat pour la sécurisation des zones urbaines,

  • des forces spéciales pour les opérations de contre-terrorisme,

  • des unités du génie pour le déminage et la destruction des tunnels,

  • des brigades logistiques et médicales pour soutenir les troupes.

Durée et intensité

Même avec un succès militaire rapide, la pacification pourrait durer plusieurs mois, voire des années. Les premières semaines seraient les plus violentes : combats de rue, élimination de cellules armées, sécurisation des infrastructures critiques (centrales électriques, dépôts d’armes, points d’eau). Une fois la résistance armée réduite, il faudrait établir un régime militaire chargé de l’administration quotidienne : sécurité civile, gestion des hôpitaux, approvisionnement alimentaire et eau potable.

Risques opérationnels

Une présence permanente exposerait Tsahal à :

  • une guérilla urbaine continue, avec des attaques sporadiques et des embuscades,

  • un harcèlement par les roquettes depuis des zones non encore sécurisées,

  • un risque accru pour les otages, dont certains pourraient être utilisés comme boucliers humains,

  • une pression diplomatique internationale forte, allant jusqu’à des sanctions économiques ou des résolutions contraignantes au Conseil de sécurité de l’ONU.

Coût humain et financier

En plus du risque élevé de pertes militaires, l’occupation totale signifierait pour Israël :

  • un coût estimé entre 3 et 5 milliards de dollars par an pour la seule présence militaire,

  • un impact économique indirect dû à la mobilisation prolongée des réservistes,

  • un poids psychologique lourd sur la société israélienne, déjà éprouvée par les combats et la captivité prolongée des otages.

Objectifs stratégiques

Le but affiché serait double : anéantir le Hamas et empêcher la reconstitution de toute force militaire hostile, tout en créant un nouvel ordre sécuritaire dans la bande de Gaza. Mais, comme le rappellent les précédentes expériences israéliennes au Liban ou en Cisjordanie, tenir un territoire hostile est plus difficile que de le conquérir.

En résumé, une occupation totale de Gaza représenterait le scénario le plus coûteux et le plus risqué, mais aussi celui qui offrirait potentiellement à Israël la maîtrise la plus complète de la situati

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