Violence conjugale en Israël : une femme peut être protégée sans dire son nom

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Violence domestique en Israël : un modèle israélien pour sortir du silence

Briser la barrière de la honte et de la peur : un modèle israélien pour sortir du silence

Quand frapper à une porte devient une renaissance

Il est 14 h à Rishon LeZion. Le téléphone de Maya Mazal Nissim, employée au centre « Aluma » pour la prévention et le traitement de la violence domestique, sonne.
Au bout du fil, une femme, N., visiblement paniquée. Sa voix tremble, ses phrases s’embrouillent. Elle parle de son amie D., qui, après une relation marquée par les coups et l’humiliation, s’est réfugiée chez elle. Toutes deux redoutent désormais les représailles de l’agresseur.

Maya écoute, patiente, rassemble les morceaux d’un récit brisé. « Merci d’avoir appelé », murmure-t-elle, avant de demander à entendre D., trop terrifiée pour parler à la police ou à un service social, car elle est en situation irrégulière sur le territoire.

« Tu n’as pas besoin d’aller au commissariat. Viens ici. » À ses côtés, Tova Alkobi, assistante sociale et directrice du centre, prend le relais et insiste. L’adresse est transmise. Un taxi est proposé. D. hésite. Elle décline. Mais Maya et Alkobi lui répètent cette promesse simple, puissante : « Ici, la porte est toujours ouverte. »

Une réponse immédiate, sans condition

Le centre Aluma de Rishon LeZion a ouvert ses portes il y a deux mois. C’est le troisième d’un réseau de quatre structures pionnières déployées dans le cadre d’un programme interministériel visant à rompre le silence autour des violences conjugales. Le tout premier centre a vu le jour à Acre en 2021, à titre expérimental. Il a été suivi de Beit Shemesh, et un quatrième ouvrira prochainement à Beer Sheva.

La création de ces centres repose sur un constat accablant : entre l’abandon total et le refuge d’urgence, il n’y avait… rien. « Le soutien allait de zéro à cent. Cent étant un refuge. Entre les deux, le vide », résume Dvora Maman, assistante sociale et directrice du centre de Beit Shemesh.

Or, les refuges effraient. Trop souvent perçus comme le dernier recours, ils dissuadent celles qui craignent d’être étiquetées. « Il est très difficile d’être cataloguée comme “nécessiteuse” », explique Raizi Erlich, directrice du département sur les violences conjugales au ministère des Affaires sociales. « Une femme peut venir ici sans même dire son nom. »

Le dispositif Aluma repose justement sur l’accueil inconditionnel, sans obligation d’identification ni démarche administrative. Le traitement est gratuit. Les femmes qui souhaitent aller plus loin dans la prise en charge peuvent le faire à leur rythme. « Une femme peut me poser mille fois la même question : ‘Où vont mes informations ?’ Je lui réponds chaque fois : nulle part », confie Dvora Maman.

Des services intégrés pour ne plus fuir le système

Autre innovation majeure : chaque centre Aluma compte une policière spécialisée, en poste sur place. Loin de l’atmosphère souvent anxiogène d’un commissariat, elle accueille, écoute, enquête. « J’étais enquêtrice en commissariat. Ici, c’est un autre monde », témoigne la générale Nofar Bechor Elbaz, aujourd’hui au centre de Beit Shemesh.

Sa collègue à Acre, la générale Inbal Zweig Gedz, confirme : « Une femme peut entrer dans mon bureau, on ferme la porte, et tout commence. Pas d’uniforme. Pas d’interrogatoire. » Elle ajoute : « Si elle veut s’allonger, se reposer, puis se souvient d’un détail le lendemain, elle revient. Nous avons tout le temps pour elle. »

La démarche d’Aluma désamorce l’un des pires écueils des victimes : devoir se battre sur tous les fronts. À la violence s’ajoutent les démarches kafkaïennes, les délais, l’incompréhension. Et souvent, l’abandon. « Les femmes arrivent au commissariat, il y a de l’agitation, des suspects menottés, les enquêteurs sont débordés… et elles repartent en silence », raconte Maman.

Un lieu confidentiel, un accueil à toute heure

L’adresse des centres n’est pas publiée. On y accède en appelant une ligne dédiée. « La première étape, c’est une évaluation du danger », précise Warud Sabag Suleiman, directrice du centre d’Acre. Si le risque est immédiat, la victime peut venir sur-le-champ. L’équipe prépare tout : une chambre, de l’eau chaude, une présence humaine.

« Une femme qui vient à 3 h du matin verra une assistante sociale à 8 h », raconte Sabag Suleiman. « Elle pourra dormir, boire un verre, fumer une cigarette. Elle prendra conscience, peut-être pour la première fois, de la gravité de la situation. » Et si, après cela, elle accepte d’aller dans un refuge, ce sera en connaissance de cause, et non sous la pression.

Car, parfois, même cela n’est pas envisageable. L’une des femmes accueillies, issue de la société arabe, s’était réfugiée chez son père. Ce dernier l’a menacée de ne pas porter plainte contre son mari violent. « Si elle allait en refuge, elle n’aurait nulle part où aller ensuite », explique la directrice.

Des destins suspendus, des vies à sauver

La durée habituelle du séjour est de 72 heures. Ensuite, l’équipe décide : orientation vers un refuge, programme de protection, ou – parfois – retour à la case départ. Dvora Maman se souvient d’une femme restée dix jours. « On savait que si elle rentrait, elle serait tuée. Mais elle a cru son père quand il a promis de la protéger. Deux mois plus tard, elle a été assassinée par un membre de sa famille. »

Aujourd’hui, les chambres du centre de Rishon LeZion sont prêtes. Ce matin, une femme est repartie, peut-être vers un avenir plus sûr. Mais trop peu savent encore que ces lieux existent. La communication reste faible.

Une violence sans frontières sociales

Ce que les centres Aluma révèlent, c’est que la violence conjugale ne frappe pas une catégorie en particulier. « Elle concerne toutes les strates de la société », martèle Maman. « Des femmes jeunes, âgées, avec ou sans enfants. Enseignantes, stylistes, assistantes sociales, médecins. Des femmes juives, arabes, LGBT, trans. »

Et toutes viennent pour la même raison : la possibilité de rester anonymes, d’être écoutées sans jugement, sans dossier, sans étiquette.

« Une femme peut franchir notre porte sans même que nous connaissions son prénom », répète Maman.

À Aluma, on ne demande rien. On tend la main.

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