la paracha de la semaine par Claude Layani.VAYERA Pladoyer d’Abraham

Paracha de la semaine - le - par .
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VAYERA Pladoyer d’Abraham

 

Une des qualités qui, soit-disant, caractérise le juif est la miséricorde, la ra'hmanout. Nous voyons Abraham prier devant D.ieu pour qu'il sauve les méchants habitants de Sodom et de Gomorrhe. La plaidoirie classique d'Abraham est "Veux-tu détruire le juste avec le méchant ? Peut-être y a-t-il cinquante justes à l'intérieur de cette ville: anéantirais-tu également et ne pardonnerais-tu à cette contrée en faveur des cinquante justes qui s'y trouvent ? (Gen.18,versets 23.24).

C'est ainsi que s'engage, dans notre Sidra, un marchandage entre Abraham et le Tout-Puissant qui vient de lui annoncer son intention de détruire Sodome et Gomorrhe.

Abraham discute "pied à pied" avec le Créateur ; et s'il n'y avait que quarante-cinq justes anéantirais-tu la ville ? quarante, trente,vingt,dix ? Remarquons bien qu'à aucun moment D.ieu ne répond que les justes de la ville n'atteignent pas le nombre requis par Abraham. Il garantit simplement à ce dernier que si tel est le cas, il ne détruira pas la ville. Cette interprétation ne fait que rendorcer le mérite d'Abraham qui, malgré les résultats déjà acquis dans la négociation cherche à obtenir plus pour ses contemporains et ne quitte D.ieu que lorsque il a obtenu de l'Eternel qu'il ne détruira pas la ville s'il trouve au moins dix justes.

Un passage du Talmud (Chabbat 55a), d'ailleurs rapporté par Samson Raphael Hirsch peut nous répondre à cette question: " lors de la destruction de Jérusalem, D.ieu s'est adressé à l'ange Gabriel en lui demandant d'aller inscrire un TAV (dernière lettre del'alphabet hébraïque) à l'encre sur le front des justes de la ville afin que les anges destructeurs les épargnent, et un TAV avec du sang sur le front des impies pour qu'eux soient anéantis.

Apprenant cela, la Justice est venue devant D.ieu et dit: Quelle différence y a-t-il entre ceux-ci et ceux-là ?

- Ceux -ci sont totalement justes et ceux-là totalement impies, répondit D.ieu.

- Maître du Monde, s'écria la Justice, ces justes auraient pu agir, ils auraient pu expliquer à leurs semblables que leur attitude n'était pas bonne, mais ils ne l'ont pas fait.

- Je sais, répondit D.ieu, que même si les justes leur avaient fait des remontrances, les impies ne les auraient pas écoutés.

- Si toi tu le sais, répliqua la Justice, eux l'ignoraient et auraient donc dû agir !"

Et le Talmud de conclure que suite à ce dialogue D.ieu changea d'avis et que c'est même les justes qui avaient le TAV d'encre sur le front, TAV qui signifie selon une opinion que ces gens avaient tenu pour eux la Torah, de Aleph jusqu'à TAV, qui furent les premiers anéantis.

On comprend dès lors que le juste par le mérite duquel une ville peut-être sauvée n'est pas celui qui est Juste pour lui, qui agit pour son compte personnel, qui recherche "son salut". Le vrai Tsadik est celui qui agit à l'intérieur de la ville, pour reprendre l'expression d'Abraham : il ne suffit pas qu'il soit à Sodome, encore faut-il qu'il se sente concerné par ce ce qui s'y passe et qu'il fasse tout son possible pour dialoguer avec ses frères fussent-ils complétement impies. Le vrai Tsadik ne désespère jamais de l'homme. Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour avertir, protester, améliorer, et enfin sauver.

Le Zohar fait remarquer la différence de comportement entre Noé et Abraham. Lorsque D.ieu annonce à Noé que, dans la destruction du reste de l'humanité, lui et sa famille seront sauvés, Noé n'implore pas le pardon de D.ieu pour les autres.

Comme le précise le texte de la Torah, Noé marchait à côté de D.ieu. Il se trouvait toujours en compagnie del'Eternel, mais il ne marchait pas avec les hommes comme s'était son devoir. Peu lui importait ce qui allait advenir à ses contemporains, il allait avec D.ieu mais pas avec les hommes.

Abraham, au contraire, qui n'avait même pas besoin d'un miracle pour être sauvé, qui pouvait se désintéressé entièrement du sort de Sodome et de Gomorrhe, villes pécheresses, entame avec D.ieu une plaidoirie qui est restée célèbre, pour essayer de sauver le plus possible de vies humaines.

Plus tard, il s'est trouvé un homme supérieur sinon égal à Abraham dans ce domaine. C'était Moïse. Moïse lui a plaidé en faveur du coupable tout autant que pour l'innocent. Après le péché du veau d'or, il intervint en faveur de l'ensemble du peuple d'Israël, sans exception. Il veut se sacrifier pour son peuple. Il n'arrête sa plaidoirie et sa prière que lorsque D.ieu a pardonné.

Malheureusement, dix justes ne se trouvaient pas à Sodome et D.ieu détruisit ces deux villes qui se trouvent aujourd'hui recouvertes par les eaux de la Mer Morte.

 

 

CLAUDE LAYANI

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