la paracha de la semaine par Claude Layani.KI TABO Les bénédictions et les malédictions

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KI TAB Les bénédictions et les malédictions


La lecture de la Torah propre à cet avant-dernier chabbath du mois d'Eloul nous décrit une scène exceptionnelle. Il s'agit de la scène des bénédictions et malédictions annoncées à Israël par Moïse quelques temps avant sa mort. Rien ne manque au décor évoqué par notre paracha Ki Tavo, et détaillé par le traité talmudique "Sota" 32b: ni le cadre, ni la disposition des principaux acteurs, ni la solennité des admonestations et de leur énoncé.

D'après le Talmud, une moitié du peuple était montée sur le Mont Guerizim, à côté de l'actuelle Naplouse, une autre sur le Mont Eval qui lui fait face. Entre les deux monts, se tenaient les prêtres, les lévites et le tabernacle, les prêtres entourant ce dernier, et les lévites faisant cercle autour des prêtres. Ce groupe se tournait successivement vers le Mont Guerizim pour y prononcer les bénédictions, et vers le Mont Eval, pour y prononcer les malédictions. 


A chaque malédiction, le peuple devait répondre "Amen", donnant ainsi son assentiment au contenu moral qui s'y trouvait. Après tous les rappels et les mises en garde dont regorge le Deutéronome, appelé d'ailleurs à cause de cela "Michné Torah" ou répétition de la Torah, cette scène apparaît ou comme superflue, ou comme l'apothéose morale de tout l'enseignement  de Moïse. Je crois personnellement que c'est la deuxième hypothèse qui est exacte: nous assistons ici à une très solennelle évocation des devoirs fondamentaux du juif. Il est donc important d'en analyser brièvement le contenu.

La liste des malédiction de ce chapitre 27 du  Deutéronome concerne: l'idolâtrie, le mépris des parents, le mépris de la propriété d'autrui, l'abus des faiblesses de son prochain, l'abus de la situation sociale inférieure de son prochain, l'inceste avec des humains ou des animaux, la violence envers autrui, et enfin la corruption en matière de justice. Il faut bien se dire que si Moïse a limité à ces neuf domaines le rappel de l'essence de la morale pour laquelle il a accepté de se mettre au service d'un peuple, c'est qu'ils représentent à eux seuls la trame de tout un système moral, social et individuel beaucoup plus étendu. Or, que ressort-il d'abord de cette énumération ? C'est que la Torah envisage l'individu sous plusieurs angles: en tant qu'individu, en tant que membre d'une famille, en tant qu'être social. Mais aussi, plus simplement: en tant que créature animale et en tant que créature morale. Il est, en effet, aisé de classer ces neuf genres d'interdits en tant que s'adressant soit à notre animalité, soit à notre moralité. 


Ainsi, le mépris de la propriété d'autrui, l'inceste sous toutes ses formes, la violence sont du domaine de notre "animalité", alors que le mépris des parents, l'idolâtrie, l'abus des faiblesses d'autrui, l'abus de la situation inférieure d'un être ou la corruption sont, eux, du domaine de la morale, même si ce n'est pas toujours la plus élevée. 


En abordant l'homme sous ces deux aspects, la Torah a voulu, selon la très belle expression du psalmiste le "garder dans toutes ses voies", c'est-à-dire lui permettre de se conduire en homme dans toutes les situations: dans celles qui relèvent de son intelligence, comme dans celles qui l'assaillent jusqu'au coeur de ses passions les plus basses. Nous pouvons dire, en ce sens, que la Torah est à la fois un manuel descriptif de l'homme et des tendances fondamentales, et un guide pour l'aider à maîtriser ces tendances, et à les dépasser en parvenant à ce qui est le plus difficile, naturellement parlant, pour un être vivant: sortir de lui-même et pratiquer l'altruisme. Pour la Torah, l'homme est capable du meilleur comme du pire. De cette constatation, elle conclut qu'il serait ridicule de proposer à l'individu une seule morale. 


Elle s'est donc démultipliée pour lui apporter le réconfort adéquat dans chacun de ses états. Lorsque l'homme est en proie à ses passions, il serait vain de lui suggérer une élévation spirituelle intense: dans ces moments, il n'est pas maître de lui au point d'obéir à de simples impératifs moraux ; il lui faut également un élément plus concret qui se rapporte à sa personne physique, tel que les menaces et les promesses ô combien terre-à-terre que nous trouvons dans certains chapitres de la Torah. L'objectif du judaïsme est de conserver à l'individu sa dignité humaine à travers toutes ses vissicitudes naturelles et artificielles. C'est ce qui explique la variété des commandements de la Torah. C'est une véritable mitzwa intellectuelle que ne pas aborder la Torah comme une morale-une et indivisible, mais comme le reflet des multiples aspects de la nature humaine


CLAUDE LAYANI

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