La religiosité remonte en Israël

Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Article paru dans "La Croix"

Alors que plusieurs incidents récents ont braqué les projecteurs sur la minorité d’ultra-orthodoxes israéliens, un institut de sondages publie les résultats d’une enquête sur les comportements religieux des Israéliens.

Avec son armée puissante, ses dix prix Nobel en six décennies, sa littérature et son cinéma mondialement reconnus, ou encore Tel-Aviv, capitale économique qui se veut le paradis du tourisme « Sea, sex and sun »,  Israël cultive volontiers son image de pays technologiquement avancé et moderne. Ses habitants n’en restent pas moins solidement attachés à leur religion et à leurs traditions. Selon le dernier sondage du Centre Guttman de l’Institut israélien pour la démocratie (réalisé en 2009 sur un échantillon représentatif de 2 803 Juifs israéliens), ils sont 80 % à croire en Dieu, 65 % à estimer que les Commandements de la Torah sont d’origine divine, et 56 % à croire en l’au-delà.

L’institut de sondage souligne aussi une légère remontée des chiffres dans cette troisième édition d’une enquête déjà menée en 1991 et 1999. « De 1991 à 1999, un certain déclin de l’attachement aux traditions et à la religion juive avait été constaté, apparemment sous l’impact d’une immigration importante venue de l’ex-Union soviétique »,  expliquent les auteurs. « De 1999 à 2009, cet attachement a progressé, revenant – et dans certains domaines surpassant même – les niveaux mesurés en 1991. »  Etat et religion imbriquésSeuls 46 % se définissent comme laïcs, contre 52 % en 1999. Il est loin le temps des pionniers laïcs du kibboutz collectiviste. L’État et la religion sont désormais étroitement imbriqués : les autobus ne circulent pas et les avions d’El Al sont cloués au sol pendant le shabbat, rares sont les hôtels où l’on sert une nourriture non casher, et il y a une « mezouza » (parchemin sacré) fixée au seuil de pratiquement chaque foyer juif. « Ce n’est pas étonnant, car Israël n’est ni une théocratie ni un État laïque.

Historiquement, le sionisme a été un mouvement de révolte contre la religion, mais il a repris celle-ci à son compte en se fondant sur la Bible »,  souligne Marius Schattner, journaliste et auteur de Israël, l’autre conflit, Laïcs contre religieux  (1). Selon lui, « cette ambiguïté fondamentale ressurgit, car il n’y a ici ni séparation entre la synagogue et  l’État, ni véritable pensée laïque. Ben Gourion a fondé l’État juif en 1948, mais a laissé aux religieux le soin de définir qui est juif. »  Croyance et commandementsTrès « dubitatif »  sur le sondage du Centre Guttman, Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, souligne cet apparent paradoxe que « pour les Juifs, la croyance en Dieu n’est qu’un élément parmi d’autres ». « Certains ne croient pas en Dieu, mais observent les commandements »,  observe-t-il. De fait, 94 % des Israéliens considèrent la circoncision comme « importante ou très importante »,  91 % pensent de même pour la bar-mitsva.

Lors de la Pâque juive, 90 % tiennent à assister à un repas obéissant au rituel du « séder ». De ce point de vue, « la société israélienne ne change pas »,  à ses yeux, et est toujours composée de quatre catégories, « peu variables, et parfois perméables » :  7 % des personnes interrogées dans cette enquête se déclarent comme « haredim » (ultra-orthodoxes), 15 % orthodoxes, 32 % traditionnels, et donc 46 % laïcs.

Dérives extrémistesIl reste que la dynamique démographique profite aux familles religieuses orthodoxes qui ont en moyenne de cinq à huit enfants, pour deux chez les laïques. « À terme, notre pays n’est pas viable, il s’émiette en clans rivaux qui n’ont plus rien en commun »,  s’émeut ainsi le poète Nathan Zach, porte-drapeau de la culture laïque, qui se dit « choqué »  par les dérives extrémistes des « hommes en noir »  et du fait que plus de la moitié des personnes interrogées affirment la primauté des valeurs religieuses sur celles de la démocratie (20 % « toujours »  et 36 % « parfois » ).

Les juifs d’Israël n’hésitent pas, cependant, devant les paradoxes : ils croient en Dieu, certes, mais 58 à 68 % d’entre eux voudraient profiter du shabbat pour faire du « shopping », aller au cinéma et bénéficier des transports publics.(1) Éditions André Versaille, 2008, 392 p., 22,90 €.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi