LES JUIFS DE PICARDIE

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Avant de parler de l’histoire des Juifs en Picardie, il est important de faire le point sur les Flandres afin de comprendre les découpages successifs des régions nordiques de la France au Moyen-Âge. Les Flandres, autrefois Comté indépendant dont faisait partie intégrante la Flandre française, forment de nos jours le département du Nord.

    Dans différents manuscrits hébraïques, la Flandre est souvent citée. L’ouvrage rituel de ‘’Maharil’’ mentionne les usages religieux de cette Province et parle d’un jeune homme ; Jacob Möln Hallévy, comme ayant fréquenté son école dans ce Comté. A Bavai, Maroilles et à Sains, dans le département du Nord, ainsi que dans d’autres localités flamandes appartenant aujourd’hui à la Belgique. On trouve encore des rues qui ont conservé leur ancienne dénomination sous le toponyme de ‘’Rue des Juifs’’.  Henri Gross, dans son ‘’Gallia Judaïca’’ précise : ‘’Les Juifs de Flandres, dit Joseph Haccohen, furent accusés d’avoir profané une hostie et livrés à la mort ; beaucoup d’entre eux trouvèrent le salut dans leur conversion au christianisme, et leurs descendants se trouvent encore nombreux dans le pays’’. C’’est en 1023 qu’il est fait mention pour la première fois du séjour des Juifs dans une région appelée ‘’Flandre’’. En cette année, environ trente Juifs de Lorraine furent autorisés par le Comte Beaudouin à s’établir dans cette Province.

Le Professeur Norman Golb, dans son volumineux ouvrage sur les juifs de Rouen, explique très précisément comment le très savant R. Schnéor Jacob Ben Yékoutiel demanda à Richard de Normandie l’autorisation de plaider la cause des Juifs de Rouen auprès du Pape à Rome après les massacres organisés par les Croisés en 1007. Ayant laissé son fils Juda en otage en Normandie, il partit pour Rome avec sa femme et ses enfants, fut reçut par le souverain pontife qui envoya un haut dignitaire en France avec mission de faire cesser les persécutions contre les Juifs, resta douze ans en Lorraine puis se rendit en Flandre sur l’invitation du Comte Beaudouin. Il y était depuis trois mois, quand il mourut à Arras sur le bord d’une rivière où il s’était baigné. Ses fils le firent enterrer à Reims, seule communauté aux alentours. On s’explique, dit Henri Gross, l’invitation que Baudouin adressa à Jacob Ben Yékoutiel par cette circonstance que le Comte de Flandres était le gendre de Richard II, duc de Normandie, et que par conséquent, il avait eu l’occasion de faire la connaissance de Jacob en Normandie, où il était très considéré. La malédiction des rois maudits et les luttes de succession affinèrent les cartes et les possessions royales, l’un de ces enjeux fut la Picardie.

    La Picardie était appelée ‘’Picardia’’ en Latin et peut-être considérée comme l’une des plus anciennes provinces de la France, compte tenu du XVème anniversaire du Baptême de Clovis. J’ai réuni sous cette appellation les Communautés Juives de la Somme, de l’Aisne et du Pas-de-Calais.

    Les historiens ne possèdent que peu d’informations sur la vie des Juifs de Picardie. D’ailleurs  M. Auguste Janvier adresse la note suivante  à M. Cahen sur la situation des juifs dans cette province au Moyen-Âge, cette note a été publiée dans les ‘’ Bulletins de la Société des Antiquaires de Picardie ; tome IV, 1850-51-52’’ :
Note sur les Juifs adressé à M. Cahen
(par M. Aug. Janvier)

    M. V…, à qui vous vous êtes adressé, à bien voulu me prier de réunir les documents pouvant exister sur l'état des juifs en Picardie durant le Moyen-Âge. J'ai dû borner mes investigations à la ville d’Amiens, dont l'histoire m'est la plus familière ; mais mes travaux ne m'ont rien fait découvrir, et m'ont seulement donné la conviction intime que dans cette ville il n'a pas existé de juifs. J'espère prouver en peu de mots cette assertion par les raisons suivantes : La première consiste dans le silence absolu qu'ont gardé sur ce chapitre le père Daire, Lamorlière et tous les auteurs qui ont traité son histoire. La deuxième se fonde sur l'esprit religieux des Amiénois, et l'a foi vive des habitants de cette cité qui, au Moyen-Âge, comptait, outre sa cathédrale, un nombre considérable d'églises, de monastères et de couvents, foi vive et persistante que la grande rénovation de la réforme put à peine ébranler et qui se révéla quelques années plus tard avec tant d'énergie, par la participation active qu'elle prit à la ligue. Cette piété ardente, dis-je, a dû nécessairement repousser du sol où elle florissait, les Israélites dont le contact et l'approche
étaient, pour tout chrétien, regardés comme une souillure ineffaçable. Ce n'est, il est vrai, qu'une induction toute morale, mais qui, pesée à sa véritable valeur par quiconque a suivi avec attention l'histoire religieuse de la Picardie, doit paraître fort acceptable.
   

J’aborde maintenant mon troisième argument. Les différentes corporations ouvrières et commerçantes du Moyen-Âge habitaient chacune son quartier, ainsi le voulait le besoin de l’époque. Les Juifs aussi obéissaient à cet instinct de centralisation et plus que tout autre leur intérêt les y portait, d'autant plus qu'isolés au sein de populations ennemies, pour qui, aux moindres troubles, le sac de leurs maisons et le pillage de leurs biens étaient à la fois une œuvre agréable à Dieu, et toujours profitable à ses auteurs, ils devaient naturellement chercher à former un faisceau compact. Dans un grand nombre des villes où ils résidèrent, pour ne pas dire dans toutes, les quartiers qu'ils occupaient et qui, quelquefois, étaient fermés de murailles et faisaient une ville à part au sein de la cité, ont emprunté de leur séjour et conservent encore leur dénomination actuelle, comme à Paris, la rue des Juifs.

A Amiens, il n'existe pas de rue de ce nom, je n'ai rencontré cette désignation  ans aucun titre; cependant les noms de nos vieilles voies publiques ont peu varié, et nous avons encore, comme aux XIIIè, XIVe, XVè et XVIè siècles, les rues des Archers, des Bouchers, des Gantiers, des Tanneurs, des Lombards, des Huguenots, etc. Enfin, je me fonderai sur l'absence des mesures injurieuses et vexatoires qui, partout où ils résidaient, atteignaient les descendants du peuple hébreu, telles que celles, par exemple, de porter un chapeau jaune ou de forme pointue, ou une rouelle de couleur sur la partie la plus apparente de leurs vêtements, ou bien encore l'obligation, comme à Toulouse, de se présenter durant la semaine sainte, à la porte de la cathédrale, pour y recevoir un soufflet d'un chrétien. J'ai lu attentivement les plus anciens registres aux ordonnances de police que possèdent les archives municipales de la ville d'Amiens, et n'y ai rien trouvé d'analogue.

 

Je sais bien u'on pourrait m'objecter que le registre, coté M, ne contient que des ordonnances sans date, de la fin du XIVè siècle; que la première pièce qui y est datée ne l'est que de l'année 1402; que vers cette époque déjà l'on commençait à se relâcher un peu de la grande sévérité déployée contre les juifs , et que les mesures auxquelles je fais allusion , étaient sans doute contenues dans des registres antérieurs aujourd'hui perdus; mais le fait que je vais citer sera une présomption fort puissante que ces registres antérieurs ont dû garder le même silence. Vous savez, Monsieur, que parmi  les prétextes plus ou moins spécieux mis en avant pour chasser les Juifs de France et s'approprier leurs biens, un des plus célèbres est l'imputation dirigée contre eux en l'année 1321, d'avoir, à l'instigation des soudans de Grenade et de Tunis, et de concert avec les lépreux, empoisonné les puits et les fontaines. Un grand nombre, d'entr'eux payèrent de leur vie cette monstrueuse accusation. Nous savons qu'à Amiens des exécutions eurent lieu ; mais les lettres de non préjudice (1) données à cette occasion à la commune par Pierre-Remont de Rapestain , bailli royal , pour les supplices qu'il avait fait faire des coupables à la Fosse-Ferneuse , étant les mettes de la Banlieue de la Ville d'Amiens en le Justice et Seigneurie d'icelles , ne parle que de ladres et non de juifs. Si les lépreux seuls ont été frappés, c'est donc qu'à cette époque, comme plus tard, il n'y avait pas de juifs à Amiens.

    Les seuls documents où, jusques ici, j'ai rencontré le mot de juif, sont les statuts synodaux édictés en 1454, par l'évêque d'Amiens, Jean Avantage, et relativement à l'un des cas d'absolution qui lui étaient spécialement réservés par les canons. Mais la recommandation qu'il adresse à ce sujet aux ecclésiastiques de son diocèse n'étant que la reproduction d'un point de discipline commun à toutes les églises de France, ne peut en rien infirmer mon opinion. Avant de terminer cette note, je vous ferai connaître, d'après le père Daire (Histoire civile, ecclésiastique et  littéraire de la ville de Corbie et du doyenné de Fouilloy , manuscrit donné à la bibliothèque communale d'Amiens , par M. de Cayrol} , qu'au village de Longueau, près Amiens , les juifs qui y passaient étaient, comme les animaux, soumis à un droit de travers fixé, pour un homme, à quatre deniers, pour une femme, à deux seulement; mais, si la juive était enceinte , elle devait alors payer six deniers’’. Certains comptes des impôts payés par les Juifs au roi dans les années 1298-1300 font penser qu’ils étaient établis en grand nombre dans le Vermandois, qui était alors une grande partie de la Picardie. On en dénombre ainsi à Roye, à La Fère, à Amiens, à Verneuil, à Mondidier, à Saint-Quentin, à Senlis et Pontoise.

Les revenus tirés des Juifs de France dans le domaine royal au XIIIème siècle étaient divisés en trois sortes : le Cens, les Amendes et les Sceaux. Les Cens étaient répartis entre les Juifs par un certain nombre de leurs coreligionnaires. Les Amendes étaient données pour des motifs que les comptes laissent ignorer. Quand aux Sceaux, ils étaient apposés sur les transactions entre Juifs et Chrétiens, et leur apposition donnait lieu à la perception d’un droit au profit du Trésor. Outre les Rouelles, il faut ajouter aussi les confiscations et les délits commis aux foires, les faux, les violences envers les agents de l’autorité royale et les paiements faits au roi de sommes dues aux Juifs et entachées d’usure. La perception de ces différents impôts exigeait une administration spéciale. Le roi dut choisir, dès cette époque, des notables Juifs qui furent chargés de la levée des impôts chez leur coreligionnaires : les Parnassim (Syndics) et les Gabbayim (Trésoriers). On peut dresser pour un certain nombre de bailliages, la liste des intermédiaires Juifs qui durent disparaître d’ailleurs vers 1301 car ils ne figurent plus dans les Comptes du Trésor pour cette année. Pour Amiens, il y avait Joucet de Pontoise et Jacob de Flessicourt et à Gisors : Michel le Juif de Verneuil. C’est également à travers les différentes sites archéologiques et les toponymes que l’on retrouve les traces de passe de Juifs en Picardie, notamment à :
SOISSONS (Aisne)

    Schemaya de Soissons écrivit des gloses sur le Pentateuque et le Makhzor. Il est sans doute identique avec le savant de ce nom dont les savants trouvèrent des explications sur des poésies liturgiques. Quelques-unes de ces explications sont désignées sous le nom de ‘’Likoutine’’ et l’on sait d’autre part que Schemaya, le parent et disciple de Raschi, a composé un ouvrage connu sous le nom de ‘’Leket’’. On peut aisément considérer que Schemaya de Soissons est identique avec Schemaya, disciple de Raschi. Différentes archives parlent des Juifs de  Soissons notamment de la ‘’Rue des Juifs’’. H. Leroux dans ‘’Histoire de Soissons’’ situe ‘’La Juiverie’’ sous les murs du Château et la Synagogue est nommée : lieu dit ‘’Le Sabbat des Juifs’’. La place de la Synagogue est mentionnée en 1284 et Charles V confirme en 1364 le don que son père avait fait aux Cordeliers de Soissons de la place où les Juifs faisaient autrefois leur sabbat. A propos du Cimetière, il est fait état d’un don en 1307 d’un jardin qui était le cimetière des Juifs, devant la Porte de Saint-Christophe. Gérard Nahon, dans un article sur l’épigraphie, parle d’une inscription hébraïque sur une pierre de la Maison Lemer à Soissons, aujourd’hui disparue. Ce vestige Juif est une pierre tombale provenant sans doute de l’ancien cimetière de Soisson. Moïse Schwab dans ‘’Rapport  sur l’inscription hébraïque de la France’’ en donne la traduction suivante  de cette inscription funéraire: ‘’Voici la stèle de Dame Anna’’.

COUCY-LE-CHATEAU (Aisne)

    De tous les savants Juifs et les tossaphistes, nous connaissons très bien les grands érudits de Coucy-le-Château. Il est incroyable que nous connaissions rie de la vie des Juifs de cette ville. Il n’est question nulle part des Juifs de Coucy, et cette localité n’est pas mentionnée dans la liste des chartes concernant les impôts payés par les Juifs à la fin du XIIIème siècle. Elle ne devait alors ne contenir qu’un petit nombre d’habitants Juifs mais ceux-ci ont donné de très grands savants. Les principaux sont :

1° Simson ben Simson de Coucy. Tossaphiste, il est souvent appelé : Sire de Coucy. C’était le fils de Simson, qui était lui-même cousin de Yedidya de Melun. Il descendait donc également de Joseph Tob Elem de Limoges. Il avait pour oncle le tossaphiste Juda de Corbeil et pour beau-frère Moïse Ben Jacob. Simson de Coucy eut pour Maître Isaac Ben Samuel de Dampierre.
 
2° Jacob de Coucy. Tossaphiste, il vivait du temps d’Isaac ben Abraham de Dampierre.

3° Moïse ben Jacob de Coucy. Tossaphiste, il était probablement le beau-frère de Simson ben Simson de Coucy. Par sa mère, il est le petit-fils de Hayyim ben Hananel Cohen. Il invoque très souvent dans son ‘’Semag’’, l’autorité de son Maître Juda Sir Léon de Paris. Moïse de Coucy fut l’un des quatre rabbins français qui prirent part en 1240, en qualité de représentants des Juifs et de défenseurs du Talmud contre les thèses de Nicolas Donin. Moïse de Coucy, auteur rabbinique de la première moitié du XIIIème siècle, défend de vendre trois maisons contiguëes à des chrétiens.     La Bibliothèque Nationale conserve encore deux exemplaires du ‘’Sefer Mizvot Gadol’’ (XIIIème siècle) de Moïse de Coucy.

4° David ben Abraham Hallaban ben Rabbi Yéhouda de Coucy. Ce brillant érudit aurait vécu dans la seconde moitié du XIIIème siècle et d’après certains manuscrits  serait l’auteur d’un ouvrage philosophico-cabbaliste: ‘’Sefer Massoreth Habrit’’ sur les attributs de Dieu.

    A propos du ‘’Sefer Mitsvot Hagadol’’ de Moïse de Coucy, la Revue ‘’Kountrass’’ de Décembre2006 - Janvier 2007 n°117 précise :
"L'un des derniers ouvrages toranique publié au royaume de France est le Séfer Mitswoth hagadol [Grand Livre des Préceptes NDLR], connu sous l'acronyme de Smag et paru en 1240 sous la plume de Rabbi Moché de Coucy. Il y donne un tableau d'ensemble de la Halakha. Cette personnalité avait participé à la défense du Talmud aux côtés de Rabbi Ye'hiel de Paris. Quelques années plus tard, un résumé de cette oeuvre paraît sous le titre de Séfer haMitsoth haQatan (Smaq), rédigé par rabbi Yits'haq de Corbeil.
 
L'école des Tossafistes touche également à sa fin : à Evreux, Touques, Sens ou Corbeil, on rassemble des collections de gloses de maîtres champenois, qu'une main anonyme réunira plus tard dans une série composite, où l'on discerne les interventions de chacun : c'est celle qui est imprimée dans tous les exemplaires du Talmud et qui perpétue le plus fidèlement le souvenir des rabbanim de Tsarfat.
 
Sous Philippe le Bel, les Juifs connaîtront aussi le martyre. C'est le cas à Troyes, où le riche Yits'haq Châtelain et sa famille ont été sommés d'embrasser la foi chrétienne. Suite à leur refus, ils sont condamnés à mort au courant de l'été 1288, ainsi qu'onze autres personnes de la communauté locale. D'une complainte de l'époque, il apparaît qu'il était "bon auteur de Tossafoth".
    L'écriture de Tossafoth est un genre littéraire rabbinique à part entière, auquel s'adonnaient les Talmidé 'Hakhamim de l'époque. Tous ne figurent pas dans l'édition que nous utilisons de nos jours. Mais on connaît l'auteur spécifique de certains Tossafoth imprimés, tel le Tossafoth Toukh [de Touques sans doute], et certains auteurs verront leurs commentaires en soi : c'est le cas notamment du Tossefoth haRoch et du Tossefoth Rid. Le Maharchal, dans le Yam chel Chelomo (Yevamoth IV, chap. 34), prétend que la plupart des Tossafoth imprimés dans les traités courants sont l'oeuvre de Rabbi Eliezer de Touques.’’

CHATEAU-THIERRY (Aisne)

    A Château-Thierry, les Juifs occupaient la ‘’Rue de la Loi’’, dans l’enceinte de la ville. Dans un document, il est question de ‘’Chière fame Denin de Chatel Thierri, Deulesault de Chasteltierri et Vivant de Chastel Thieri’’.  Au Moyen-Âge, il y eut une synagogue à Château-Thierry au cours de la seconde période où les Juifs y résidèrent de 1315 à 1321. L’historien Poquet dans ‘’Histoire de Château-Thierry’’ écrit : ‘’Un Juif, plus opulent et plus favorisé que les autres……, habitait une grande et vaste maison au-dessous du château et sur la place du marché…. la population israélite s’y réunissait au jour sabbatique….’’. En 1317, des mesures judiciaires furent prises contre des chrétiens qui en avaient forcé l’entrée. On connaît en effet la synagogue de Château-Thierry à cause des poursuites ordonnées le 6 mars 1318 contre les individus ayant pénétré de force dans la ‘’Synagogue’’ ou ‘’Ecole’’. Le 6 mars et le 2  août 1318 furent fait des mandements au Bailli de Vitry, à la requête des Juifs de Château-Thierry, de poursuivre Odinet Vilain et autres coupables d’avoir au mépris de la protection accordée aux Juifs par le Roi, pénétrés dans la synagogue ou école, brisés le tabernacle, enlevés les rouleaux de la Loi et enlevé des joyaux, de l’argent et des livres. Après l’expulsion de 1322, des Juifs de Château-Thierry se retrouvèrent dans le Barrois. Château-Thierry  fut un centre important d’études talmudiques, où vécurent un grand nombre de savants. Parmi les érudits de cette ville, il faut citer : 1° David le Pieux, de Château-Thierry, l’un des célèbres rabbins français auxquels Meïr Halévy Aboulafia adressa vers 1204-1205 son ‘’Epître’’. 2° Samuel d’Evreux. Il dirigea l’école de Château-Thierry (vers 1224) 3° Les Tossaphistes Isaac et son fils Bonnevie. Le grand tossaphiste Samuel Ben Schnéor fut le chef de l’école de Château-Thierry vers 1225 avant de devenir celui de l’école d’Evreux.

    Entre le XIIème et le XVème siècle, les principaux centres d'études juifs se placeront à Château-Thierry et Coucy-le-Château.

SAINT-QUENTIN (Aisne)

    A Saint-Quentin, nous connaissons, à travers les écrits de Bernard Blumenkranz et de Gérard Nahon, la ‘’Rue des Juifs’’. Le Concile de Saint-Quentin se plaignait de ce que les juges condamnaient les prêtres à payer ce qu'ils devaient aux Juifs, sans vérifier leurs créances.  Isidore Loeb a écrit un article très intéressant sur les ‘’Juifs de Saint-Quentin sous Saint-Louis’’ dans la ‘’Revue des Etudes Juives’’ où il est dit en substance qu’au Moyen-Âge, différentes réclamations furent faites par des habitants de la ville et des environs de Saint-Quentin en Vermandois. Ceux-ci se croyaient autorisés à émettre des griefs contre les Juifs qui leur avaient prêté de l’argent. Il n’est pas question de sommes ‘’usurairement extorquées’’, pourtant dans un ancien manuscrit M. Delisle a tiré des renseignements issus de différents feuillets dont trois seulement parlent de ‘’perte des objets engagés chez les prêteurs’’. Le nombre de Juifs mis en cause est considérable. Il y en a au moins cinquante et presque tous devaient avoir leur établissement dans la ville de Saint-Quentin dont les dénommés : Agnès, Bienvenu, Bonechose, Ejus Uxor, Yvo de Roie, etc… La rédaction de ces actes semble coïncidée avec une expulsion des Juifs : ‘’A tribes annis, Agnes et soror ejus judea detulerunt vadia sua quando fugatgi puerunt a villa’’. Cette expulsion a du avoir lieu vers 1245. Lorsque les Juifs furent expulsés de Saint-Quentin tout ou partie de leur avoir dut être confisqué et vendu au profit du Trésor Royal. Louis IX se crut sans doute autorisé à recueillir la fortune des Juifs, mais il aurait eu scrupule de retenir ce qui, dans cette fortune, provenait de gains illicitement obtenus au détriment des Chrétiens. Dans les Procès-verbaux des enquêteurs de Louis IX, sur un double feuillet, on trouve une cinquantaine de réclamations tendant à faire rembourser des sommes qu’avaient touché à titre d’usure ou d’intérêts un homme et une femme désignés par les initiales J et H vraisemblablement deux Juifs dont les biens avaient été confisqués par les gens du roi.

    Vers 1247-1248, la présence des Juifs à Saint-Quentin est également attestée à travers diverses plaintes contre les usuriers juifs. La présence d'Associations permanentes de prêteurs juifs dans la ville évoque une amorce de "Trois futures banques" sous les noms :
1°) du mari de Durée des époux Jacob
2°) d’Agnès et de sa soeur
3°) de Dieudones et d' Agnès.

    Bien qu'à cette époque, ces associations soient familiales et ne constituent pas la seule profession des prêteurs ; un grand nombre de plaintes ont été déposé par les emprunteurs à Saint-Quentin. Ces prêts portaient quelque fois sur des petites sommes comme les 4 livres empruntées par Robert le Bègues en 1242 à Samuel, Juif de Laon qui habita à Chauny, en 1245. Les sommes détenues par les prêteurs étaient souvent des dépôts faits par la Noblesse puisqu'une ordonnance de décembre 1230 vise à les interdire. Dans les enquêtes concernant les prêts de sommes plus importants, nous trouvons les noms de Agnès de Saint-Quentin (Aff. 78, 79, 85, 98, 100-103, 107, 108, 113, 116, 118, 121-124).
 
    Depuis Philippe-Auguste, nous constatons une surveillance marquée à l'égard de l'activité du Crédit Juif; puis l'article 3 de l'ordonnance de 1234 contraint une présence d'hommes de loi pour chaque association ("Opérations constatées pour Saint-Quentin"). "En 1238, Fourkardus li Fourriers aurait emprunté 30 livres à Agnès et à son frère ainsi qu'à Yssac et à sa mère (aff. 107)’’. Puis en 1242, un croisé de Chauny aurait emprunté 20 livres à deux prêteuses juives de St-Quentin (Aff. 100) : ‘’Agnès et aliae Agnès, Judacae". La Communauté devait être assez prospère puisque dans certaines affaires juridiques qui nous sont relatées, nous pouvons trouver le nom d'une dizaine de prêteurs : ‘’Jacob, Founière, Prècioseus, Bonefile, Meliote, Emmelina, Ivette, Agnès, Onorat, Durée (Aff. 122)’’. Les logements des prêteurs devaient être composé de plusieurs pièces, puisque les prêts se réalisant sur gages qui pouvaient être des animaux ou du mobilier. En 1245, chassés de la ville de Saint-Quentin, David (Aff. 111) et Agnès (Aff. 123) ont emporté les objets que leurs propriétaires n'avaient pu dégager.
 
    "Une rue des Juifs’’ rappelle la présence d'une Communauté, sur laquelle le hasard des sources donne quelques renseignements. En effet, les documents sur les prêteurs juifs de Saint-Quentin constituent l'essentiel des pièces conservées d'une enquête suscitée par Saint Louis.  En 1329, ces prêteurs font l'objet d'une lettre de la commune auprès du roi qui demande ‘’à ce qu'ils soient astreints à passer leurs contrats devant la Chambre du Conseil, comme les autres habitants, que le taux de prêt soit limité à deux deniers par livre et par semaine et qu'on les contraigne à porter la rouelle prescrite". En 1317, les Juifs de Saint-Quentin sont accusés d’avoir assassiné un chrétien, il s’ensuivit une émeute antijuive.
 
    Bien que souvent rappelés à Saint-Quentin, les Juifs de cette ville furent définitivement bannis en 1394.

Sources : Revue Archéologique de Picardie
Histoire des Juifs de Bernhard Blumenkranz, Edition Privat, 1972).

LAON (Aisne)

    Laon était autrefois le siège de l’Evêché. Il semble, d’après Joseph Haccohen, qu’il y ait eu des Juifs dans cette ville. Les Archives Communales de Laon parlent d’une ‘’Rue des Juifs’’ ; ‘’Vicus Judeorum’’ qui devint ‘’Rue de l’Hôpital’’. Cette rue se prolongeaient jusqu’au remparts, probablement à l’emplacement de la ‘’Rue du 13 octobre 1918’’, elle continuait jusqu’à la ‘’Rue du Sac’’. La Synagogue ou la ‘’Maison des Juifs’’ est citée dans ‘’Inventaire sommaire des AD de l’Aisne antérieures à 1790’’.

4 et 9 janvier 1390
Joseph (de Greil) de Bruyères, Juif de Laon, a fait exécution sur les biens de Marcou de Vaudenson de Laon qui s’y oppose devant Jehan de Moy juge des Juifs de Laon. Le Juge à Laon  prononce un défaut et elle appela. L’accord autorisé, les parties renoncent à poursuivre.

13 janvier 1394
Amandant de Trenot, Juif, ne peut se faire payer par Pierre Catine, son débiteur. Le Juif, ‘’pour payer la taille qu’il devait au roi’’, remet la créance de douze livres au receveur qui obtint du Bailli de Laon l’emprisonnement du débiteur et son transfert à Paris pour être jugé par le lieutenant du Commissaire des Juifs, Martin Double. Ce dont Pierre Catine appela. La cour examinera le registre du juge des Juifs, l’exploit du bailli et fera droit.

Laon
Novembre 1383
Rémission pour Aubelet Roussel de Laon
‘’Charles etc. Savoir faisons à tous présens et à venir à vous avoir esté exposé de la partie des amis charnelz de Aubelet Roussel fils de Richier Roussel de Saint Marcel soubz Laon, povre vigneron
que comme le dimenche prouchain après le jour de Noël daarain passé le dit Aubelet en revenant desbauoier paisiblement des champs Saint Martin de Laon et tenant un sien cousin germain par le bras en passant lez la rue des Juifs ainsi qu’il fut oultre la dicte rue et assez près  de l’Eglise Saint-Julien  ou dit lieu de Laon oy un sien voisin appelé Jehannon Roussel demourant  audit Saint Marcel qui crioit et pluroit moult fort lequel Aubelet se retourna par devers son dit voisin qui est josnes enfant et vit que le dit enfant et son chapperon estoient honny de boe et lui demanda pourquoy il pluroit et qui l’avoit ainsi emboé, lequel enfant lui repondit en effet de paroles : ‘’Je le vous diray  veescy Robert Hautain qui me suit et qui m’a trouvé parlant à aucuns juifs en leur rue lesquelz
me arguoient et je eulx, et le dit Robert m’a demandé pourquoy je parloie ainsi aux Juifs et me mouvoit de ce faire m’a dit que non faisoye et que il en vauroye pis et m’a feri et frappé et avec ce gecté mon chapperon en la boé’’. …………………….

30 avril 1367
Nicolas Espagny bailli de Senlis est poursuivi à la requête de Simon Cosson, marchand mercier, ayant boutique contre la Cathédrale de Soissons. Le Juif Amide et ses complices lui ont volé cent-vingt francs d’or et de marchandises, cendal et cierges d’une valeur de quinze fancs. Il porta plainte devant le bailli qui laisse le Juif en liberté. Le Bailli aurait été acheté par les Juifs qui lui rendirent des bijoux  et fourrures  mis en gages chez eux. Le bailli répondit que les Juifs doivent être jugés par le Comte d’Etampes, leur protecteur. La Cour condamne le bailli à payer à Cosson la valeur des marchandises volées et à cent francs d’or d’amende.

BRAINE (Aisne)

    Les Juifs occupaient une rue entière à Braine ; voir ‘’Histoire du Duché de Valois’’ par Carlier.

CHAUNY (Aisne)

    B. Blumenkranz cite pour cette petite commune ; une ‘’Rue des Juifs’’ qui par la suite fut nommée : ‘’Rue des Religieuses’’ et ouvrant sur la ‘’Rue du Pont-Royal’’ et fermée vers l’ouest par les Remparts Saint-Martin. Seules quatre familles Juives auraient été autorisées à résider à Chauny avant 1275.

SIFFORME (Aisne)

    ‘’Intermédiaire des chercheurs et des curieux’’ fait état d’une ‘’rue des Juifs’’

COMMUNE D’ESQUEHERIES (Aisne)

    Dans le Hameau de cette commune se trouve : La rue des Juifs,

CORCY (Aisne)

    Bois des Juifs, prés de Corcy
‘’A Laon, entre les n° 18 et 20 de la rue du 13 octobre 1918 (ancienne rue Saint Julien) un portail monumental sculpté, daté de 1694, donnait accès au couvent de la Congrégation. Derrière cette porte se trouvait le ghetto de Laon au Moyen Agen. La rue des Juifs (Vicus Judaeorum) en 1317) se prolongeait sans doute jusqu’au rempart Saint Just ; elle était contiguë à la rue du Sac. La ruelle des Juifs fut vendue en 1694 par la ville’’.  Ainsi le quartier Juif de Laon était près des fortifications.’’

CALAIS (Pas-de-Calais)

    Dans les Comptes des Impôts dus par les Juifs en 1299-1300, il est aussi question des taxes des Juifs du Baillage de Calais.

MONTREUIL (Pas de Calais)

    Dans le Pas-de-Calais, arrondissement de Montreuil, il existe sur la commune de Beaurainville un hameau nommé Jumel. En 1042, il est nommé : ‘’Villa Judeï Mansi’’. Quentovic, qui se trouve dans le voisinage de ‘’mansu’’, était  alors un port commercial très important. Cela peut expliquer la présence de Juifs dans cette région.

1390
Accord entre Rose de Montreuil, veuve de Croissant de Beauregard et Guillaume de Samseu, chevalier, et Marguerite sa femme.

3 juillet 1391
Lettre au Bailli d’Amiens ordonnant l’interrogatoire de Daniel de Fondrement , juif procureur de Rose de Montreuil, veuve de Croissant de Beauregard, accusée de falsification de lettres obligatoires. Rose, par la caution de Léon de Beaumes, Joseph de Montbar et Abraham de Salins, a été libérée du Châtelet. On lui rend ses biens qui avaient été confisqués.

ARRAS (Pas-de-Calais)

    En 1023, nous savons que Jacob Ben Yékoutiel, après avoir été l’intercesseur des Juifs de Rouen auprès du Pape et un séjour en Lorraine, se rendit sur l’invitation de Baudouin, Comte de Flandre, à Arras. Or, trois mois après son arrivée dans la Capitale de l’Artois, celui-ci trouva la mort et ses enfants désirant l’enterrer pieusement emmenèrent son corps jusqu’à Reims afin de le faire ensevelir dans le cimetière de cette ville. Achmet d’Héricourt et A. Godin parlent dans leur étude sur les ‘’Rue d’Arras’’ d’une ‘’Rue de Jérusalem’’. La Bibliothèque d’Arras conserve un Makhzor du XIIIème siècle.

    Bernhard Blumenkranz, dans ‘’Art et Archéologie des Juifs en France Médiévale’’, fait l’inventaire de toutes les villes où il y a eu une rue, une quartier Juif ou une synagogue en Picardie.

VLLIERS L’HÔPITAL (Pas-de-Calais)

    Le ‘’Dictionnaire Topographique du Pas-de-Calais’’   relève un hameau portant le nom de la ‘’Rue des Juifs’’.

SAINT-OMER

    Dans plusieurs documents, il est relevé le nom de ‘’Rue des Juifs’’. J. Pas en parle dans son ‘’Saint-Omer, vieilles rues’’. ‘’A travers le vieux Saint-Omer’’ précise : ‘’en 1488, elle s’appelait déjà Hedinstraet ou rue du Mortier’’.

PERONNE (Somme)

    Cette ville fortifiée est souvent citée dans différents manuscrits hébraïques notamment le ‘’Divrei Hayyamim’’. Selon Henri Gross, il est probable  que des Juifs habitèrent en ce lieu. Cette ville conserve encore sa ‘’Rue des Juifs ‘’.

DIO (ROYE) (Somme)

    Cette ville est cité dans le ‘’Divréi Hayyamim’’ mais il y a une erreur d’écriture. Cet ouvrage raconte en effet que l’un des chevaliers français que Bajazet fit prisonnier en 1396 à la Bataille de Nicopolis était le ‘’Prince de Dio’’. Il s’agit en réalité de Roye, en latin Rodium, ville du département de la Somme. Le prisonnier en question était le Seigneur de  Roye. Vers 1299-1300, cette ville ainsi que les environs étaient habités par un certain nombre de Juifs.

AMIENS (Somme)

    La littérature hébraïque donne beaucoup d’indications sur l’établissement des Juifs dans ce qui deviendra le royaume de France. Amiens est citée dans ‘’Cémah David’’. On sait qu’il y avait des Juifs à Amiens grâce à la liste des taxes qu’ils payaient vers 1296-1300. Bernhard Blumenkranz dans ‘’Art et Archéologie des Juifs en France Médiévale’’ souligne qu’il y avait à Amiens une ‘’Rue des Juifs’’ devenue ‘’Rue des Lombards’’. Il y a l’attestation d’une présence juive au Moyen-Âge à Corbie à environ 12km d’Amiens.

3 juillet 1391
Lettre au Bailli d’Amiens ordonnant l’interrogatoire de Daniel de Fondrement, juif procureur de Rose de Montreuil, veuve de Croissant de Beauregard, accusée de falsification de lettres obligatoires. Rose, par la caution de Léon de Beaumes, Joseph de Montbar et Abraham de Salins, a été libéré du Châtelet. On lui rend ses biens qui avaient été confisqués.

7 janvier 1376
Jehan Grebert et Marie, sa femme, font appel d’une sentence donnée dans le baillage d’Amiens par le prévôt de Bernouville au profit de Croissant de Beauregard. La cour ordonne la comparution en personne et ne jugera du fond de l’affaire que trois ans plus tard : le Juif avait prêté dix-neuf francs et fait une créance de quarante francs, un franc prêté est pris par un sergent. La femme fut contrainte de corps et leurs biens ont été saisis. Jean Wary, le juge, fut dernier enchérisseur pour cent-huit francs dont une partie alla au seigneur du lieu. Le couple affirme que le chapitre d’Amiens lui a accordé une dispense pour le serment prêté lors du prêt.

ABBEVILLE (Somme)

    Il y avait une ‘’Rue des Juifs’’ à Abbeville devenue en 1898 la ‘’Rue de la Sous-Préfecture’’.
PONTOISE (Oise)
    Pontoise et sa juiverie appartiennent au Domaine royal.
    En 1179, les Juifs de Pontoise sont accusés d’avoir crucifiés secrètement un enfant chrétien. Le cadavre de ce jeune garçon est transporté à Paris, où il a opéré des miracles et où il est béatifié.
    Il est passé un contrat en 1204 attestant que l’abbé de Saint-Denis achète à Pontoise une maison d’un chrétien qui doit de l’argent aux Juifs de cette ville. Il verse le prix de l’achat auxdits juifs par l’intermédiaire de leur prévôt, Robert de Baan. Les signataires sont : Magister Samson, Meuns de Sézana et Abraham de Novo Castello. Un contrat est rédigé en avril 1296 par lequel le Roi Philippe IV fait donation à Charles de Valois, d’Alençon, de Chartres et d’Anjou, son frère, de Joce, Juif de Pontoise, et de ses enfants : David, Aroin, Haginot, Beleuce, Hanée, et Sarin. Joce, appelé aussi Joucet est un juif riche et considéré. En 1297, il est nommé arbitre dans une affaire litigieuse qui se produit entre le Roi et le Comte au sujet de 43 juifs qu’il réclame comme étant sa propriété de son comté d'Alençon ou de ses terres en Bonmoulins et Chateauneuf-en-Thymerais.    Il est question de Joucet à propos des revenus en 1296 des juifs du domaine royal à Amiens, à Senlis, et dans la Champagne. On parle des impôts des Juifs de Pontoise dans les comptes de 1202.
Parmi, les savants juifs de Pontoise, il faut citer :

-    Jacob de Pontoise (« Minḥat Yehudah, » pp 4b, 24b)
-    Moïse Ben Abraham de Pontoise (Tosef., siège potentiel d'explosion. 67b ; Ḥag.             19b ; Yoma 6b, 64a ; Yeb. 61a),
-    Abraham de Pontoise : (« Kol Bo, »)

Les Archives Nationales conservent encore un sceau des Juifs de Pontoise. Ce sceau est destiné à confirmer les actes des Juifs. Il ressemble beaucoup au sceau des Juifs de Paris trouvé sur un acte concernant les Juifs de Bray-sur-Seine, il représente un aigle au repos, tournée à droite, dans le champ, six fleurs de lys. L’inscription suivante est  gravée  sur ce sceau : ‘’Testimonium debiti Judeorum Pontésie’’ et n’a pas de contre-sceau. Il est appendu sur un acte de 1204 concernant le dégrèvement de l’abbé de Saint-Denis d’une hypothèque due aux Juifs de Pontoise sur un four.
  
BEAUMONT-SUR-OISE (Oise)

    Il y avait une ‘’Rue de la Juiverie’’.
SENLIS (Oise)

    Senlis, au Moyen-Âge, est habitée par des Juifs. Leur présence des Juifs est confirmée avant 1106. Les historiens parlent d’une Juiverie et d’une  Petite Juiverie à Senlis. La Juiverie, actuellement rue de la Chancellerie, était aussi appelée rue de la Bethphagé. La Petite Juiverie se trouvait sur l’emplacement l’impasse du Courtillet,. Au XVème siècle, elles étaient habitées par des Chrétiens. Elles étaient dans la périphérie de la ville, près des murailles.

    Odon, Evêque de Cambrai de 1105 à 1113, écrit dans la préface de son travail sur la réincarnation qu’en passant par Senlis sur la route pour aller au Concile de Poitiers, en 1106, il entreprit une controverse religieuse avec un Juif du nom de Léon (= Judah). Cette histoire est-elle une fiction comme semble le dire Israël Lévi? Les registres des taxes payées par les Juifs en 1202 et de 1298 à 1300 inclus celles de Senlis.  Il semble que cela soit ceux de Senlis qui payent la plus forte somme. Banditus de Silvanectis, originaire de cette ville. C’est  l’un des Juifs autorisés à résider au Châtelet en 1204.  Guérin, Evêque de Senlis, fait publier un décret annulant toutes les dettes contractées auprès des Juifs de ce diocèse.
    Il n’y a aucune preuve du retour des Juifs dans cette ville après l’expulsion de 1306.
27 août 1372
Mouce de Senlis, converti retourné au Judaïsme, voit son procès instruit par l’Evêque de Paris et l’Inquisiteur ensemble et ses biens saisis par le prévôt de Senlis.
Le 15 juin 1374, la Saisie est levée.

22 octobre 1375
Manessier de Vesoul étant décédé, le roi a transmis à Salemon, fils aîné du défunt la charge de receveur général des Juifs du royaume. Comme son père, il est affranchi des impositions ordinaires des Juifs et garanti contre toute poursuite judiciaire d’un coreligionnaire.

9 janvier 1376
Rémission pour Mousse Venant et Estelle, sa femme, Juifs de Senlis, les dispensant de la peine prévue par la coutume  pour les querelles domestiques s’étant terminées à l’avantage de l’épouse : chevaucher un âne, tête vers la queue de l’animal.

Rémission pour Mousse Venant et Estelle sa femme, juifs de Senlis
‘’Charles etc. ; Savoir faisons à touz présens et à venir, nous avoir receu l’umble supplication de Mousse Vivant juif et Estelle sa femme demourat à Senliz 397 contenant :
que comme yceulx conjoins eussent eu naguères debat et riote l’un à l’autre et tant eussent procédé en paroles qui la dicte femme fery, bati et villena son dit mary ; pour cause et occasion duquel fait et batenie les diz juyf et juyve se doubtent que, par la rigueur et coustume du pais de nostre dicte ville de Senlis, ils ne soient contrains et condempnez à chevauchier un âsne le visaige par devers la queue dudit âsneou en autre villenie et détestable amende dont ilz seroient et pourroient estre deshonorez et infames à tousiours mais, se par nous ne leur estoit sur ce pouveu de pitié et de grâce si comme il dient. Et pour ce nous aient supplié que comme ils nous aient tousiours paiè et encore paient voulentiers de jour en jour les tailles et aydes qui leur sont imposées et aussi que il sont en nostre sauvegarde et protection espéciale, nous veuillions etre envers eulx piétables et miséricorde…….’’

Décembre 1389
Rémission pour Jehanin Ysembart qui, le 12 août, emprunte chez Vivant de Beauregard, Juif de Senlis, cinq francs sous un nom d’emprunt, celui d’un de ses amis, puis à la fin du mois quatre francs sous le nom du frère de celui-ci. Il laisse gage, mais contracte une obligation. En décembre, il paye le montant initial et promet sept livres douze sous p. et contacte obligation en son nom. Mais le Juifs le fait mettre en prison.

COMPIEGNE (Oise)

Avril 1389
Jehan De Ailliaco, bourgeois de Compiègne a vu le procureur du roi intenter une action contre lui pour avoir propagé l’émeute contre les Juifs de sa ville dont Abraham de Trenot ; comme il a obtenu rémission, la cause a été abandonnée.

Août 1377
Un huissier d’armes, Pierre de Neuville, a volé un hanap de 10 onces d’or. Il le porte à Paris, chez Moïse Aaron et Geneviève, sa femme qui acceptent de lui en donner 45 francs d’or. Pierre avoua son forfait avant sa mort et les dénonça. Geneviève est emprisonnée et leurs biens ont été saisis. Moïse a échappé à l’arrestation. Ils supplient de pouvoir rembourser et sont autorisés à payer 70 francs pour le hanap et 400 francs d’amende.

NOYON

3 mai 1369
Cressence de Vesoul, Juif de Noyon, a prêté plusieurs fois à Joubert d’Amigny, écuyer. Il obtient de son débiteur une reconnaissance de dette de quarante et un francs pour un prêt initial de seize francs, à un taux prohibé selon l’écuyer. Cressance obtient une exécution de corps et de bien dont Joubert d’Amigny appela. La cour, s’appuyant sur le serment prononcé lors du prêt, par l’écuyer, prononce l’annulation de l’exécution et condamne le juif à dommages et intérêts.

VERBERIE (Oise)

    Dans ‘’Histoire du Duché de Valois’’ écrit par Cl. Carlier, il est fait état d’une ‘’Rue des Juifs’’ à Verberie.

AUTRES……
   
    Il y avait également une ‘’Rue des Juifs’’ à La Ferté-Milon (Aisne) ; Gérard Sylvain et Elie Szapiro proposent dans leur livre : ‘’Juifs de France à travers la carte postale’’, une photo de la rue Jules Girbe, anciennement ‘’Rue des Juifs’’, à Montcornet (Aisne) ; une ‘’Rue des Guifs’’ (jetz Kaiser Wilhelms-Strass, à Oeuilly (Aisne), à Plomion (Aisne), à Frethun (Pas-de-Calais), à Fricamps (Somme), à Gauville (Somme), à Hesin-l’Abbé (Pas-de-Calais, à Laboissière (Somme), à Aix-en-Issart (Pas-de-Calais), à Etreaupont (Aisne), à L’Etoile (Somme), à Esqueheries (Aisne) à Dury (Somme), à Doullens (Somme), à Mirvaux (Somme), à Montdidier, à Montmarquet (Somme), à Montreuil (Pas-de-Calais), à Saint-Omer (Pas-de-Calais), à Saint-Tricat (Pas-de-Calais), à Sifforme (Aisne), à Talmas (Somme), à Villiers l’Hôpital (Pas-de-Calais), et Nampcelles-la-cour (Aisne) un quartier des Juifs. A Saint-Riquier (Somme), Bernhard Blumenkranz recense une maison nommée ‘’Le Cimetière des Juifs’’.  Les historiens parlent aussi du toponyme suivant : ‘’Bois des Juifs’’ à Corcy. Des juifs ont habité Saint-Christophe, commune de Fleurines (Oise).
   
    En ce qui concerne les actes juridiques des Juifs du Vermandois, les archives conservent encore différents documents comme :
   
14 novembre 1375
Ce procès dont la procédure est complexe ne nous est que partiellement connu sur le fond. Il oppose Moreau de Port et Joseph de Grey dit ‘’De Bruyères’’ à Jehan d’Origny, héritier de son père. Ce dernier était endetté envers les Juifs qui demandent une exécution sur les biens par le bailli de Vermandois. Jehan s’y oppose en disant que les dettes avaient été payées et s’oppose à l’anatocisme des Juifs.

4 août 1377
Rémission pour les Juifs de Langue d’Oil qui avaient outrepassé les privilèges accordés par le roi et demandé un intérêt supérieur à leurs débiteurs. Le  roi leur pardonne et ils payeront dix mille francs sur trois termes dont huit mille seront versés par les Juifs du Vermondois.
 
PERIODE CONTEMPORAINE

    Bien que les Juifs aient été interdits de séjour en France depuis 1394, interdiction renouvelée sous Louis XIII, et malgré quelques exceptions concernant des Marannes espagnols ou portugais, nous savons que différents groupes de Juifs sillonnèrent l’hexagone pour vendre leurs produits aux grandes foires du Royaume. Le 18 juillet 1743, les marchands de Tours adressèrent au Conseil du Commerce un mémoire demandant la révocation de la permission accordée aux Juifs du Sud-Ouest (séfarades) de tenir loges aux foires. Dans ce mémoire, les Juifs sont accusés de vendre des marchandises en dessous du prix coûtant ainsi que de vendre toutes sortes d’étoffes, mêmes défectueuses comme cela s’était passé aux foires d’Angers, du Mans, de Caen et d’Amiens. Mais les Juifs eurent l’autorisation de continuer à vendre sur toutes les foires et les marchés de France. Pourtant le 16 juillet 1749, une requête des marchands drapiers de Laon en appel d’une ordonnance de M. l’Intendant de Soissons est adressée au Bureau du Commerce. L’Intendant de Soissons a ordonné la main levée sur les différentes étoffes saisies sur le Sieur Raphaël Sascia, Juif, marchand forain demeurant à Lyon : ‘’Les marchands drapiers de Laon avoient demandé d’être reçu appelant d’une ordonnance de M. l’Intendant de Soissons qui a fait main levée à S. Raphaël Sascia, juif marchand à Lyon des marchandises que leurs jurés gardes drapiers de Laon avoient saisi sur luy (trois pièces et deux coupons de Balsamine ou Taffetas d’Angleterre et seize autres coupons de différentes étoffes de soye qui s’étaient trouvées les unes sans chiffre, les autres sans plombs’’ . Le rapport de l’Intendant de Soissons souligne : ‘’MM. les Commissaires ont unanimement pensé qu’il y avait été de mettre à néant sur la requête des marchands’’.

Demandes de Passeport au XVIIIème siècle
Saint-Quentin
Passeport délivré à Mayer Jacob, marchand natif de Dossembar (Allemagne), demeurant rue Aignard, section des Lombards – Paris – pour se rendre à St Quentin 8 brumaire an III (29 octobre 1794) signe en hébreu.
Soisson
Mayer Fürth, marchand forain à Paris depuis 18 ans, avait demandé un passeport pour se rendre à Soissons, n’ayant pas sur lui sa carte de sûreté, il paraît aux Commissaires ‘’plus que suspect’’, car il peut demander ce passeport pour servir à nos ennemis’’, il est donc arrêté.

Noyon
Passeport délivré à Moyse Lazare, marchand, demeurant rue Saint-Martin, Section des Lombards, (25 novembre 1793). Autorisation de se rendre …………… 14 pluviôse an III (février 1795) autorisation de se rendre de Paris à Noyon (Oise).
 
 

UN BARON JUIF A AMIENS AU XVIIIEME SIECLE

    Comment Liefman Calmer, Juif de Hollande ayant reçu une lettre de nationalité française, devint-il Baron ? Isidore Loeb dans son article ‘’Un Baron Juif français au XVIIIème siècle : Liefman Calmer’’ dans ‘’L’Annuaire des Archives Juives’’ répond tout simplement en achetant une baronnie. En effet, le 12 avril 1774, par l’intermédiaire de Pierre Briet, écuyer, sieur de Bernaprè, Liefman Calmer achète des créanciers du Duc des Chaulnes les baronnies de Picquigny et Vidamé d’Amiens pour le prix de 1.500.500 livres. Le fief de Picquigny est une des plus anciennes des baronnies et une des terres les plus importantes du royaume pour son étendue, ses prérogatives et le nombre de ses vassaux, qui se montent à plus de 1800. Si Calmer est heureux d’être nombre, l’acquisition de cette terre l’entraîne dans un procès avec l’Evêque d’Amiens, Louis-Charles de Machault, et le Cardinal de Luynes, Archevêque de Sens qui se prolonge après sa mort.

    En vertu de ses droits féodaux, Liefman Calmer confère une des prébendes de la Collégiale de Saint-Martin de Picquigny au Sieur Filleux de Roncières, et la trésorerie au Sieur Hiel. L’Evêque d’Amiens, ne voulant pas admettre qu’un juif peut nommer à des fonctions de ce genre, a désigné pour les remplir, le Sieur Hecquet à la prébende, et le Sieur Poulet pour la trésorerie. L’affaire fait scandale, la qualité de Juif de Calmer ne fait aucun doute, il ne la nie pas et d’ailleurs ses coreligionnaires adressent une requête au Roi en ces termes : ‘’Comment donc pouvait-on lui permettre de  ‘’placer les trophées de la Synagogue sur nos tabernacles’’. Pourtant un arrêt du 13 février 1777 déclare que l’Evêque d’Amiens n’a pas pu s’emparer sans abus de la collation des canonicats appartenant à Calmer et la Cour n’admet pas qu’on fait la preuve que Calmer est Juif, cela n’a rien à voir avec les droits féodaux.

    Liefman Calmer, Vidame d’Amiens, Seigneur de la Baronnie de Picquigny et dépendances, demeure au coin de la Rue Sainte-Barbe, Boulevard Poissonnière, à Paris. Il a quatre fils : Calman Calmer, l’aîné et son seul héritier, A.L.J. Calmer, Louis Benjamin Calmer et Meyer Calmer. Le 4 floréal an II (19 avril 1794), le tribunal révolutionnaire condamne à mort Louis Benjamin, courtier de change et chef de la synagogue de la rue Brisemiche et A.L.J. Calmer  est condamné à mort à son tour le 29 messidor an II (17 juillet 1794). Liefman Calmer, qui a tenté de fonder un cimetière Juif à La Villette après avoir refuse de participer aux négociations sur l’ouverture du cimetière de Montrouge, est enterré avec son épouse et leur dernier fils Meyer  au Père-Lachaise. Leurs pierres tombales portent des inscriptions hébraïques et françaises, reproduites ainsi :

1° Ici repose le corps de Messire Liefmann Calmer, né à Aurick, en Oost Friese, et naturalisé français, Vidame d’Amiens, Seigneur de Vignacourt et autres lieux, décédé à Paris le 7 décembre 1784, âgé de soixante-treize ans.

2° Ici repose la dame Rachel Moïses Isacks, veuve Liefman Calmer, née à La Haye en Hollande,le 3 janvier 1721 ; décédée à Paris le 23 décembre 1817.

3° Ici repose Meyer Calmer, né à La Haye, en Hollande, décédé à Paris le 11 septembre 1823, âgé de soixante-dix ans.

    Après avoir joué un grand rôle dans l’histoire de la Communauté Juive de Paris, cette famille disparaît complètement après la mort de Meyer Calmer. Il ne reste d’elle que quelques documents portant son nom et deux tombes couvertes de mousse dont les noms sont à moitié effacés et dont personne ne se souvient.

    Autour des années précédentes la Révolution française, de petits groupes de Juifs, qui sont généralement des marchands colporteurs, s’installent dans les grands centres picards. Napoléon 1er, par son décret du 20 juillet 1808, oblige les Juifs à se déclarer dans les Mairies où ils résident et d’y fixer leur nom patronymique. Cette initiative donne lieu au premier recensement des Juifs de France et alors qu’il n’y a aucun juif dans le département de l’Aisne.  Jusqu’à la Première Guerre Mondiale, le Pas-de-Calais n’a qu’une faible population juive :
- 85 juifs dans tout le département en 1807 soit 20  dans l’arrondissement d’Arras, 16 dans celui de Béthune, 38 dans celui de Boulogne, aucun dans l’arrondissement de Montreuil, 10 dans celui de Saint-Omer, 1 dans celui de Saint Pol.

    Pour les différents recensements dans le Pas-de-Calais et dans la Somme, du début à la deuxième moitié du XIXème siècle, les archives font état de :

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                    1808        : 1841        : 1853         : 1861
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Pas-de-Calais                63        : 76        : 92        : 140
Somme                14        : 17        : 30        :  81
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BOULOGNE-SUR-MER

    Sous le Premier Empire, il y avait soixante treize Juifs dans le Pas-de-Calais. Une première demande d’exception au Décret Infâme du 17 mars 1808 fut formée par un israélite qui était venu habiter à Paris en 1777 puis à Boulogne-sur-Mer en l’an VII. Là, il travaillait  à monter une filature de laine, il avait avancé certaines sommes d’argent aux officiers et au Corps de la Grande Armée mais sans rien leur réclamer quand ils avaient quitté Boulogne et leurs dettes lui furent payées sans intérêt. Le Général Commandant la flottille appuya sa demande qui, restée sans résultat, fut renouvelée en 1811, en y comprenant alors toutes les familles du département. Malgré un avis favorable du Préfet, elle ne fut pas prise en considération.

Inauguration de la Synagogue de Boulogne-sur-Mer

    Extrait du Sermon prononcé par le Grand Rabbin Zadock Kahn à l’occasion de l’inauguration du Temple Israélite de Boulogne-sur-Mer, le 25 août 1873. L’architecte de ce nouveau temple était Michel Adrien Duvinage :
‘’ … Ces paroles expriment bien, j’en suis sur, les sentiments que vous éprouvez en ce moment : ne remerciez vous pas, du fond de votre âme, Celui qui, secondant vos efforts et bénissant l’œuvre de vos mains, a fait luire ce jour qui marquera comme une grande date dans l’histoire de votre communauté, et où vous avez l’immense satisfaction de consacrer au culte un temple gracieux et élégant, symbole de votre union et gage de votre avenir ?..... Pour moi, mes frères, je suis heureux, au-delà de ce que je puis dire, de m’associer à cette cérémonie d’inauguration, et de vous adresser  quelques paroles dictées par un attachement déjà ancien. Pendant plusieurs  années, j’ai eu l’honneur d’être votre chef religieux, et de m’occuper de vos intérêts spirituels. Renoncer à la direction de votre communauté a été pour moi un sacrifice pénible, adouci cependant par la pensée que cette direction devait passer entre des mains plus habiles, plus expérimentées et non moins dévouées. Il m’avait donc été donné d’être longtemps le confident de vos projets, le témoin ému de vos efforts et de vos sacrifices, et pourquoi ne le dirais-je pas ? Votre collaborateur convaincu dans cette entreprise aussi difficile que méritoire. Comment n’éprouverais-je pas une joie profonde de voir devenu une réalité ce qui n’était jusqu’ici qu’une chère espérance et, pour quelques-uns peut-être, une généreuse chimère ? de pouvoir vous exprimer à mon tour, après votre vénéré pasteur, de sincères et cordiales félicitations pour ce que vous avez fait en l’honneur de votre culte et pour ce que vous vous proposez de faire encore ? ….. Votre communauté, chers frères, est bien petite, une des plus petites assurément du Judaïsme français ; mais, faibles par le nombre et la modicité de vos ressources, vous avez été forts par l’esprit qui règne au milieu de vous. Vous avez prouvé que vous possédez à un degré ces deux vertus qui sont la condition de tout ce qui se fait de grand et de durable dans le monde : l’amour de la concorde et la volonté du sacrifice. Autrement l’œuvre que vous avez accomplie n’avait pas même pu être commencée : vous auriez été effrayés par les difficultés de toutes sortes qui se dressaient  devant vous. Mais, unis dans une pensée pieuse, vous avez combiné son concours, apporté son offrande, donné de bon cœur, selon la mesure de ses moyens, et ainsi, comme il arrive toujours, les obstacles ont été  vaincus, les objections ont été réduites au silence, les appréhensions se sont calmées ; vous vous êtes mis bravement à l’œuvre comptant sur l’assistance de Dieu et la bienveillance des hommes….’’

    En 1924, ‘’L’Univers Israélite’’ annonce le décès de Mme Jules Weill, femme de l’ancien rabbin :
‘’Nous avons le regret d’apprendre la mort à Boulogne-sur-Mer de Mme Jules Weill, née Germaine Weil, veuve du regretté Ministre-officiant de Boulogne-sur-Mer et mère de Maurice Weill, le si dévoué sous-rabbin qui a succédé à son père.
La défunte était une israélite très pieuse, qui avait conservé les traditions d’Alsace, c’était aussi une femme pleine d’énergie et d’autorité. Elle est décédée subitement le 30 novembre dernier dans sa 78ème année, l’inhumation se fait à (Bas-Rhin)’’.

Antisémitisme à Boulogne-sur-Mer

    Comme dans toutes les villes de France, l’Affaire Dreyfus a causé de grands traumatismes, mais les blessures se sont refermées plus ou moins vite. Si l’antisémitisme a été particulièrement virulent dans el Département du Nord, il semble que dans le Pas-de-Calais les proportions furent nettement moindres. C’est manifestement contre les Juifs dans l’Armée que s’est tournée la vindicte populaire et le principal acteur fut certainement le Capitaine Coblentz. Après s’être battu en duel avec un aristocrate pour s’être vu interdire les chasses Lebaudy à Fontainebleau et ensuite avec l’un de ses camarades de promotion, Coblentz fut encore victime de propos malveillant aux courses de chevaux de Boulogne-sur-Mer. ‘’L’Univers Israélite’’ de 1902 relate cet événement en ces termes : ‘’On lit dans l’Aurore ; Le Capitaine Coblentz montant le 10 août à Boulogne-sur-Mer dans la dernière course pour officiers. A son entrée au pesage, quelques blancs becs ont éprouvé le besoin de soulager leur conscience antisémite et se sont mis à hurler : ‘’Abas les Juifs’’. Le Capitaine se retourna vers les insulteurs en les menaçant de sa cravache. Aussitôt le public boulonnais protesta contre ces cris imbéciles et sans l’arrivée du commissaire central, entouré de deux gendarmes, les fils à papa eussent été corrigés d’importance. Procès-verbal fut dressé contre ces petits miséreux. L’affaire est venue devant les tribunaux de simple police, mais sur la demande de  personnalités influentes le parquet, toujours docile, a remis l’affaire à une date indéterminée’’.

VILLERS-COTTERÊTS

    Il n’y a aucun document qui fasse état de la présence de Juifs dans le Département de l’Aisne durant la Monarchie de Juillet ou la Seconde République. Les Archives du Consistoire de Paris, pourtant, parlent d’un juif à l’hôpital de Villers-Cotterêts. En effet, nous savons que la seule Synagogue du Ressort du Consistoire de Paris, de la Seine-et-Marne à l’Aisne, sous la Monarchie de Juillet, était celle de Fontainebleau. Le Consistoire de Paris conserve encore la Correspondance entretenue entre le Consistoire de Paris et le Président de la Communauté de Fontainebleau surtout celle concernant un décès survenu en 1849 à Villers-Cotterêts. Ces courriers se résument ainsi :

Président de la Communauté Juive de Fontainebleau :
‘’- 6 juillet 1849 : De M. Isidor, Grand-Rabbin de Paris
Reçu une lettre nous invitant à aller chercher le (Sieur) Emerique décédé à l’hôpital de Villers-Cotterêts’’

Du Président de la Communauté Juive de Fontainebleau au Grand Rabbin Isidore :
‘’6 Juillet 1849. A Monsieur le Grand-Rabbin de Paris (M. Isidore)
Je m’empresse de répondre à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser relativement à un de nos coreligionnaires décédé et probablement inhumé à Villers-cotterêts. Nous nous trouvons dans l’impossibilité de remplir la mission que vous nous indiquez. Il résulte des renseignements que je viens de procurer qu’il n’y a pas ici de communication avec Villers-cotterêts situé dans le département de l’Aisne. Il nous faudrait ici deux jours pour nous y rendre, un jour pour démarcher et deux jours pour le retour. Ces cinq jours ajoutés au deux ou trois écoulés depuis le décès rendent impossible l’inhumation à Fontainebleau par le temps d’épidémie où nous sommes. Nous n’avons personne ici que nous puissions payer pour faire le service ce qui le rend plus difficile encore.
Je fois vous faire observer que Villers-Cotterêts est à 50 km plus rapproché de Paris que notre ville, que grâce aux chemins de fer de Meaux on peut en quelques heures y aller et en revenir, que par conséquent ce qui nous obligerait à mettre six jours, vous pouvez le faire en un seul. Pour toutes ces causes, je viens au nom de la Communauté vous faire connaître notre impossibilité’’.

    Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle, avec l’immigration des Juifs d’Europe Orientale, que l’on pourra recenser des Juifs dans le Département de l’Aisne.

SAINT-QUENTIN
 
    Le conseil de ville de St-Quentin parle le 18 septembre 1562 du quartier juif de la ville. Quentin de La Fons parle de la Pomme de Pin dans la rue des Juifs (paroisse St-Thomas).
 
    Le XVIIème siècle correspond à la période de l'inquisition où l'Etat va convertir des Juifs au Christianisme, tel sera le cas pour ce juif souffrant de la localité de Prémont en 1664 : ‘’Le chapitre envoie chercher à Prémont un Juif pour le faire baptiser. Le Samedy 10 may 1664, sur l'advis qui a été donné à Messieurs de nostre Chapitre qu'il y voit un juif malade au village de Prémont (1), sur la frontière, et qui n'estoit pas encore baptisé, Messieurs ont donné six livres à une personne pour aller à Prémont, et prier Monsieur de Prémont et le curé du lieu d'avoir la bonté de le faire mettre sur quelque charette, afin de le faire amener en cette ville pour le guérir, instruire et le baptiser dans la foy catholique, apostolique et romaine’’.
 
    Trois jours plus tard, une permission est donnée à des juifs pour faire une quête : ‘’ Le mardy 13 may 1664, Messieurs de Chapitre ont permis à des juifs de se faire quester par toute la ville dans l'estendre de leur juridiction (2)’’.
 
(1) Prémont, village de l'ancien Cambrésis, aujourd'hui canton de Bohain (AISNE).
(2) On sait que les Juifs, à Saint-Quentin, avaient leurs habitations dans une partie de la rue des Patriotes, qui porta longtemps le nom de la rue des Juifs, avant celui de la rue des Cordelières.
 
Sources : Extraits du Journal de Charles de Croix, Chanoine de l'Eglise Collégiale de Saint-Quentin (3 février 1645 - 3 octobre 1685) par Henry Cardon.
 
Les Juifs à Saint-Quentin au XVIIIème Siècle.

    Dans son ‘’Mémoire Historique sur la Ville de Saint-Quentin’’, Antoine Chabaud décrit en 1775 les caves servant d'entrepôts aux prêteurs juifs du 13ème siècle :" On voit à Saint-Quentin un ancien temple, assez entier, dont les colonnes d'environ dix-neuf pouce de diamètre sont en grès ainsi que les arêtes de ses voûtes, dont l'extrados est au niveau du pavé de la rue au Charbon. Ce temple sert de caves à la maison de la veuve Malfuson, à celle du sieur Lefèvre fils et à celle du sieur Fizeaux. Les chapiteaux de ses colonnes son d'un goût gothique..." A. Chabaud fait allusion ici aux caves de la maison appelée jadis maison de Froit mantel, qui se trouvait à l'angle des rues Saint-Thomas et des Canonniers actuelles. Ces caves ont été construites au Moyen-Âge, probablement au 13ème siècle où les Juifs de la rue des Juifs entreposaient leur marchandises et bétail.
 
La situation des Juifs au  XVIIIème siècle :
 
     Georges Lecocq, dans son ouvrage ‘’Histoire de la Ville de Saint-Quentin’’ décrit la population et la situation sociale :
 
‘’Le 10 mai 1774, Louis XV mourut : la situation sociale était pire encore. "Il n'y avait pas un peuple, mais trois castes différentes : Le clergé, la Noblesse et le Tiers-état, distingués entre eu par des privilèges ou des charges ; encore les deux premiers étaient-ils divisés en grand et en petit, les uns très riches, les autres très pauvres. Au dessous du Tiers étaient les serfs, les juifs et les protestants qui n'avaient même pas d'état civil."
 
    Difficile d'estimer le nombre de juifs dans l'Aisne au XVIIIème siècle, puisqu'ils n'étaient pas recensés, excepté sur les registres de prison, tel est le cas pour la localité de Braine (Aisne) : côte E suppl.299. Registre d'écrou des geôles des prisons de la ville de Braine (1784-1790) : "Du 30 juin 1785 avoir écroué dans les prisons de céans deux juivresses et un enfant, voyageant sans passeport ni certificat."
 
    Durant la période révolutionnaire, beaucoup de Juifs font des demandes de passeport pour se rendre dans différentes villes du pays notamment dans le Nord du pays. Les Archives nationales conservent  le double d’un passeport délivré le 8 brumaire an III (29 octobre 1794) à Mayer Jacob, marchand, natif de Dossembar (Allemagne), demeurant rue Aignard, Section des Lombards (Paris) pour se rendre à Saint-Quentin. Il signe en hébreu.

    Après la publication des décrets du 17 mars 1808, les Juifs résidant à Saint-Quentin furent obligés d’y fixer leur nom et de le déclarer en mairie. 
 
Synagogue de Saint-Quentin

    Cette synagogue remonte en 1856 qui était située rue Bisson.  A partir de 1877, une Synagogue sera érigée au 19 rue Poiret pour être détruite durant la Grande Guerre. En 1934, cette Synagogue se tiendra rue Michelet. Au lendemain de la Shoah, la Synagogue se situe au 11 Ter Boulevard Henri Martin, datant de 1947, elle a 60 ans aujourd'hui. La Stèle des Juifs Saint-Quentinois morts en déportation a également 60 ans, cette Stèle a été inaugurée par le Rabbin Jacob Kaplan.

    Par différents documents, nous savons donc qu’il y a une Communauté Juive à Saint-Quentin depuis la première moitié du XIXème siècle. Roger Berg nous apprend également dans son livre sur le Rabbinat français qu’Albert Manuel est né à Saint-Quentin en 1871. Celui-ci étudia à l’Ecole Rabbinique de 1890 à 1897. Rabbin, il fut Secrétaire Général du Consistoire de Paris et puis du Consistoire Central. Nous savons également par différents documents, notamment ‘’L’Indicateur Israélite 1897’’ de Philippe Sapin qu’il y eut un ministre-officiant du nom de Weiller et que cette communauté s’est constituée en association cultuelle israélite en 1906. Un lieu de culte adéquat, c’est-à-dire une synagogue a été inaugurée à Saint-Quentin en septembre 1934. ‘’L’Univers Israélite’’ s’en est fait l’écho dans ses pages comme suit : ‘’On nous écrit de Saint-Quentin.
La Communauté de Saint-Quentin (Aisne) est heureuse de faire connaître aux israélites français qu’avec l’aide de M. le Grand Rabbin de France et de M. le Rabbin Marcel Sachs, elle a pu fêter avec joie l’inauguration de son temple. Cette cérémonie était présidée par M. le Rabbin Schulmann, de Reims.
Ce dernier a adressé à l’assistance nombreuse et recueillie un discours exprimant a adressé sa satisfaction de se trouver réuni en un jour de joie avec ses frères et sœurs de Saint-Quentin. Il a remercié en termes éloquents M. le Grand-Rabbin de France pour sa généreuse intervention, M. le Rabbin Marcel Sachs pour son aide efficace, toutes les personnes enfin qui ont contribué à édifier l’œuvre sainte. Le Président de la Communauté a pris la parole à son tour et a demandé aux israélites de Saint-Quentin de rester toujours unis.
Après les prières pour la République et ‘’La Marseillaise’’, l’office du soir a clôturé cette belle cérémonie.
La Communauté renaissante de Saint-Quentin adresse à tous les chefs du Judaïsme, à tous les israélites de France et de l’étranger ses vœux sincères pour l’année 5695.
Que Dieu, en faisant régner la Paix dans le Monde accorde à tous les enfants d’Israël une année heureuse et prospère’’.

Des Uhlans à Saint-Quentin

        ‘’L’Univers Israélite’’ annonce la capitulation de Saint-Quentin et l’entrée des troupes prussiennes dans la ville :
‘’Amiens 27 mars, Samedi dernier, il y a eu ici service divin avec environ quarante soldats juifs des régiments 28 et 29 ; quelques civils du train et quelques fournisseurs étaient également présents. Il n’y a qu’une seule voix sur la bravoure et la solidité des soldats juifs. Les officiers disent : ‘’les gaillards vont bien, non parce qu’ils sont juifs, mais quoi qu’ils soient juifs’’. Les premiers uhlans entrant à Saint-Quentin à la prise de cette ville étaient deux juifs, Herz et Appel, du 7ème régiment rhénan ; ce qui a donné lieu au capitaine d’Osten de faire cette remarque : ‘’Qu’on  vienne encore dire que les Juifs ne sont pas braves ! Où nul ne veut avancer, ceux-ci se présentent volontairement’’. Le frère du susdit uhlan Herz, servant au 41è d’infanterie, fit prisonnier, le 2 août, le premier officier français, prés de Saarbruck, et fut décoré de la Croix de fer et de l’Ordre de Hohenzollern. Je pourrais raconter des actions de courage militaire de nos coreligionnaires’’.

    ‘’L’Univers Israélite’’ raconte que les soldats juifs prussiens prièrent dans la Synagogue de Saint-Quentin en 1871. Le rédacteur relate ce que fit le Dr Blumenstein, aumônier militaire des troupes prussiennes pour le Nord de la France : ‘’Arrivé à Saint-Quentin le vendredi 17 février, il fit commander un service divin pour le lendemain, à 8h00 dans la Synagogue de cette ville. A l’heure indiquée, seize hommes du 70ème régiment, accompagné d’un sous-officier  chrétien, sont arrivés. Il y a ici, écrit-il, environ vingt famille juives, les nombreux visiteurs renoncèrent en faveur des  soldats, à être appelés à la Torah et restèrent aussi présents pendant le sermon (ce qui semble étonner le brave docteur). Il a de nouveau rencontré beaucoup de joie sur son passage’’.

Henrich Scharfenstein
   
    Sur le répertoire alphabétique des séries généalogiques de l’ancien Cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, j’ai consulté la pièce Scharfenstein, il s’agit d’un soldat comme Heinrich Scharfenstein, personnage de La Royale Maison de Savoie dans le livre d’Alexandre Dumas. Dans le dossier Scharfenstein, nous trouvons le petit nom Friedrich, il est Colonel de Régiment de 3 hommes de guerre allemands, présent en France au Service du Roi comme l’était  Heinrich Scharfenstein sous Gaspard de Coligny à la Bataille de Saint-Quentin en 1557… Dans le fichier il est mention d’une somme d’argent accordée pour son retour en Allemagne datée du 29 jour de novembre 1586. Tout tient à penser que Friedrich aurait eu un lien de parenté avec les deux frères Scharfenstein : Heinrich et Frantz, Frantz est le neveu d’Heinrich représentés comme des géants de l’infanterie « forts et bêtes », Heinrich tout au long de l’ouvrage est représenté comme un Goliath sot mais efficace. Alexandre Dumas représente les deux Scharfenstein comme n’ayant aucun projet, aucune idée, il les décrit efficaces par leurs forces physiques exceptionnelles, au service du roi Henri II en qualité de capitaines.
 
    Alexandre Dumas décrit les deux Scharfenstein comme des protestants allemands, il cite Lactance « C’est un catholique ardent qui souffre avec peine le voisinage des deux Scharfenstein, dont il craint toujours que l’hérésie ne le souille ». Par le personnage Lactance, les Scharfenstein sont hérétiques.

    En analysant leur patronyme, je constate que Scharfenstein vient de Scharf : Nom d’origine germanique et Yiddish dérivé de l’hébreu HARIF qui signifie « esprit brillant, vit ». Scharfenstein signifie « pierre aiguisée, affûtée », nom attribué à un boucher.
    En se référant à Scharfenstein dans le livre intitulé « Les secrets et trésors cachés des noms de famille juifs » de Claude Mezrahi, nous pouvons penser que les Scharfenstein évoqués par Alexandre Dumas auraient eu des origines juives.

Georges-Henri Halphen

    En 1871, la Guerre franco-prussienne fait rage. Georges-Henri Halphen, officier de l’armée du Nord se distingue alors dans les combats de Saint-Quentin. Après la bataille, il reçoit la Croix de la Légion d’honneur.

    Le Nord de la France subit l’occupation prussienne et les combats d’arrière-garde sont meurtriers comme en témoigne le jeune lieutenant Georges-Henri Halphen de l’armée du Nord : « Ma batterie a affreusement souffert et a admirablement donné pendant les deux jours entiers (à la bataille de Bapaume du 3 janvier 1871). Les larmes me viennent aux yeux chaque fois que je la rassemble : à peine la reconnais-je ! ». Lui-même se distingue encore aux combats de Saint-Quentin et reçoit pour ses actes de bravoure la croix de la Légion d’honneur, une récompense qu’il préfère « du modèle républicain » comme il l’écrit à sa mère.

    Georges-Henri Halphen (30 octobre 1844 –, 21 mai 1889) était un mathématicien français. Il fit ses études à l'Ecole Polytechnique (Promotion X1862).

 
 
    G.-H. Halphen est né le 30 octobre 1844 à Rouen. Il quittera Rouen à l'âge de 4 ans à la mort de son père, négociant en tissus. Halphen épousa en 1872 Rose Marguerite Aron dont il eut quatre garçons et quatre filles. Il meurt le 23 mai 1889 à Versailles. Trois de ses fils furent militaires, deux moururent au cours de la Grande Guerre. Charles Halphen (1885-1915), fils de Georges, fut vice-secrétaire de la SMF. Étienne Halphen (1911-1954), l'un des petits-fils de Georges, est l'auteur d'importants travaux de statistique appliquée. Aucun des descendants actuellement vivants de G.-H. Halphen ne porte le nom de son aïeul.
Le mathématicien G.-H. Halphen reste inconnu du grand public. A Rouen comme ailleurs, aucun établissement scolaire et aucune rue ne porte son nom.
Voici quelques dates marquantes de sa vie :
1862 à 1866 - Études à l'École Polytechnique, il en sort avec le grade de sous-lieutenant élève d'artillerie,
1869 - Publication de son premier travail mathématique,
1870 - Chevalier de la Légion d'honneur pour sa conduite brillante à la bataille de Pont-Noyelles.
1871 - Participation à la lutte contre la Commune de Paris et au second siège de Paris.
1873 - Répétiteur à l'École Polytechnique,
1878 - Doctorat de la faculté des Sciences avec pour sujet « les invariants différentiels ».
1880 - Prix Steiner (partagé avec Max Noether) de l'Académie des Sciences de Berlin.
1881 - Grand Prix des Sciences Mathématiques de l'Académie des Sciences de Paris pour son mémoire sur la réduction des équations linéaires aux formes intégrables.
1883 - Prix Poncelet de l'Académie des Sciences,
1884 - Chef d'escadron.
1885 - Prix d'Ormoy
1885 - Membre de l'Académie des Sciences de Liège
15 mars 1886 - Élection à l'Académie des Sciences de Paris (par 49 voix sur 51
    votants).
octobre 1886 - Commandant des batteries au 11e régiment de Versailles.
1887 - Membre de l'Académie Royale de lincei de Rome
1889 - Membre de l'Académie des Sciences de Copenhague
Ses travaux concernent avant tout la géométrie algébrique et les problèmes algébriques qui se posent dans la théorie des équations différentielles ordinaires. Il a aussi contribué à d'autres domaines des mathématiques comme les fonctions elliptiques, la théorie des nombres et la mécanique.
Ses oeuvres en quatre volumes ont été éditées par Camille Jordan, Henri Poincaré, Émile Picard avec la collaboration de Ernest Vessiot. De plus, il est l'auteur d'un monumental traité non achevé des fonctions elliptiques en trois volumes. Rappelons qu'il n'a vécu que 45 ans et fut d'abord un militaire !

    En ce qui concerne Georges-Henri Halphen à la bataille de Saint-Quentin (janvier 1871), voici le rapport du général Faidherbe, commandant de l’Armée du Nord :
… La batterie Halphen avait pris une excellente position à la gauche de Francilly et y a combattu d’une manière remarquable pendant toute la journée …. (1)

Le colonel Ravaut, témoin oculaire :
Je n’ai jamais assisté à un combat d’artillerie aussi sanglant ; les hommes avaient une attitude extraordinaire, l’instinct de la conservation n’existait pas pour eux … Le capitaine Halphen était un officier d’une bravoure et d’un sang-froid extraordinaires ; sa batterie était animée de l’esprit héroïque qu’il avait su lui inspirer par son exemple et par ses paroles.

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Lettre de Georges Halphen à sa soeur et à son beau-frère, 21 (?) janvier 1871 :

Je suis sain et sauf ; ma batterie, fortement éprouvée, a donné avec honneur. Nous avons été fortement brossés par des troupes doubles en nombre des nôtres…… Je suis éreinté mais me porte très bien.

aux mêmes, 28 janvier :

‘’…. La journée du 19 a été bien funeste à notre armée, principalement à ma division, qui a couvert la retraite, et dont une grande partie a été faite prisonnière. Heureusement nos soldats n’ont pas l’habitude de rester longtemps en en captivité. Echappés de Sedan ou de Metz, ou de Verdun, etc .., pour la plupart, ils se sont sauvés une fois de plus, au grand désespoir des casques à pointe. Il n’y a qu’une voix dans mon corps d’armée pour convenir que c’est ma batterie qui nous a sauvés d’un désastre. C’est grâce à l’opiniâtreté avec laquelle je suis resté en position  et fait rester un régiment d’infanterie, mon soutien, que notre aile droite n’a pas été tournée avant la nuit. Si j’avais consenti à écouter le colonel de ce régiment qui voulait battre en retraite deux heures plus tôt, nous aurions sans doute été cernés. J’ai eu la satisfaction, dans ma journée, de démonter trois pièces ennemies. Je sais de source certaine que les pertes des Prussiens dépassent 8.000 hommes.
Malgré tout, point de récompenses. Gambetta, qui était ici ces jours derniers, est parti furieux parceque les gens qu’il a consultés lui ont exprimé le désir de voir finir la guerre. On espérait qu’il nous donnerait quelques croix et quelques médailles. Rien. Chaque jour je reçois des lettres d’une foule de braves gens qui ont été amputés à la suite des blessures reçues dans ma batterie aux diverses batailles. Les malheureux se recommandent à mon souvenir ; et je ne puis rien pour eux. A chaque affaire, on me fait salir des liasses de papier, pour de propositions, et cela n’aboutit à rien. Moi-même, j’ai été proposé trois fois pour la croix, sans compter la proposition d’après Villers-Bretonneux, chaque fois avec les éloges les plus grands …..
….. Je mets au-dessus d’un bout de ruban mon nom connu de dix mille hommes comme le synonyme de bravoure. … je puis le dire hautement puisque c’est rendre hommage bien moins à moi qu’aux braves gens qui servent sous mes ordres. Mon seul mérite est de ne pas leur être inférieur en courage.
Ma batterie a tellement donné et souffert à Saint-Quentin qu’on ne peut comprendre que je sois sain et sauf. Aussi ai-je passé pour mort pendant quelque temps, ou au moins pour grièvement blessé. Grâce au hasard, les obus se sont contentés de m’envoyer de la boue et les balles de me faire de la musique aux oreilles. Je suis presque honteux de ma veine.’’

à sa mère, 31 janvier 1871 :

‘’….. J’ai pris part, comme lieutenant, à la bataille de Villers-Bretonneux le 27 novembre ; et comme capitaine aux autres affaires qui ont été extrêmement chaudes, principalement la dernière à Saint-Quentin, le 19 janvier. J’ai admirablement supporté les fatigues d’une campagne très dure, et me porte mieux que jamais……..
… J’ai depuis longtemps, comme homme et comme soldat, le coeur navré.’’

à sa mère, 2 février 1871 :

‘’….. Je suis à l’Armée du Nord; j’ai été nommé capitaine le 3 décembre et ai quelque espoir d’être décoré. Aucune blessure, hormis à mon manteau, voilà le bilan pour cette campagne, bien que j’ai pris une part très active à quatre batailles très chaudes, dont une, celle de Bapaume, a duré deux jours…………
….. Je t’ai déjà écrit, chère mère, (as-tu reçu mes lettres ?) que ma batterie avait fait réellement des prodiges de valeur à chaque affaire. J’en ai pour témoins irrécusables tous les officiers de tous grades de mon corps d’armée. Il n’est pas d’éloges, de preuves d’affection qui ne m’aient été prodiguées et il m’a fallu des démarches inouïes, répugnantes, pour obtenir l’espoir de quelques récompenses pour mes hommes. Je ne parle pas de moi. La croix m’est dûe, archi-dûe. On me la doit pour chaque bataille. Je l’aurai peut-être ….
Nous sommes tous mécontents, menés comme des pantins par je ne sais quels rabâcheurs, nous sommes battus, bafoués, volés, pillés ……

à la même, 16 février 1871 :

‘’(le 6 février) paraissait au Moniteur ma nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Je n’ai vu ce journal et n’ai su la chose que longtemps après…. Si tu veux me faire un grand plaisir, tâche de me procurer une croix du modèle républicain. Hors de Paris, on n’en peut trouver que du modèle impérial, ce qui me tente peu !
Cette récompense m’est donnée pour la bataille de Pont-Noyelles, la deuxième à laquelle j’ai pris part dans l’Armée du Nord, mais la première comme capitaine …… Ce qui vaut mieux, à mes yeux, c’est la bonne renommée qu’a su conquérir ma batterie dans mon corps d’armée.

à sa mère, 24 mars 1871 :

‘’……Le 18 janvier, nous battions à Vermand, le lendemain à Saint-Quentin; et hélas ! quelle déconfiture ! Je n’y pense que la mort dans l’âme : ma batterie s’était surpassée et avait payé cher une résistance opiniâtre, dans laquelle nous avons démonté une batterie ennemie, et arrêté trois heures le flot d’infanterie qui nous tournait. Mais le spectacle de la retraite avait été si triste, j’avais vu tant de braves gens tomber à mes côtés, je voyais si bien la partie entièrement perdue, que j’étais honteux d’être encore debout.
Dans la nuit, pendant que nous cheminions sur la route de Cambrai, le général Paulze d’Ivoy, qui commandait le 23è corps, vint m’embrasser ; on lui avait dit que j’étais tué, il était heureux de me revoir. Les dangers affrontés ensemble créent des liens étranges.
Quand on songe à l’horreur de tout ce sang versé, quand on songe qu’il faudra recommencer encore, comment ne pas maudire la folie des peuples, comment ne pas prendre les hommes en abomination ? Et il y a des gens qui ont le triste courage de rire aux mots de république universelle, de fraternité des peuples.

(1) Général de division Faidherbe, ex-général e chef de l’Armée du Nord : Campagne de l’Armée du Nord, dédié à Monsieur Gambetta (Dentu, éditeur, 1871) Bataille de Saint-Quentin, page 65, in fine et page 95, note L.

Le Professeur Jules Wogue à Saint-Quentin.

    En 1898, ‘’L’Univers Israélite’’  publie la nomination du Professeur Jules Wogue au Lycée de Reims en ces termes : ‘’Par décision récente du Ministère de l’Instruction publique, M. Jules Wogue, agrégé de l’Université pour les classes supérieures, passe du Lycée
de Saint-Quentin à celui de Reims. Fils de notre Rédacteur en chef et  collaborateur de L’Univers, le Professeur a tous les droits possibles à nos félicitations’’.
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* Fils du Grand-Rabbin Lazare Wogue et d’Adèle Cerf. C’est le père de Mme Marcelle Wogue, épouse de Georges Huisman, directeur des Beaux-Arts et Vice-président de l’Alliance Israélite Universelle. Il était le cousin de Fernand Lévy-Wogue.

 
Le Grand Rabbin Lazare Wogue
    Jules Wogue avait passé l’examen de licence à la Sorbonne en 1883 dans la Section ‘’Lettres’’. En sortant de l’Ecole Normale Supérieure, il est nommé agrégé pour l’enseignement des Lettres et commence sa carrière au Lycée Michelet. Il écrit son premier article dans ‘’L’Univers Israélite’’ en 1887 sous le titre ‘’Malesherbes et les Juifs’’. Jules Wogue* épouse en janvier 1887 Melle Sichel Lévy au Temple de la Victoire et MM. Zadock Kahn et Dreyfus rendent tour à tour hommage aux éminents services du Grand Rabbin Lazare Wogue.

Albert Manuel

    Albert Manuel est né à Saint-Quentin en 1871, il étudia à l’Ecole Rabbinique de 1890 à 1897. Il fut ensuite nommé secrétaire général du Consistoire de Paris puis du Consistoire Central.

Association Cultuelle Israélite de Saint-Quentin.

    En 1906, la Communauté israélite de Saint-Quentin  se déclare sous forme d’association cultuelle comme le veut la loi de 1905 sur la séparation des biens de l’Eglise et de l’Etat. En 1934, elle est domiciliée au 11 bld Henri Martin et réorganise ses buts : Culte et instruction religieuse. Le Comité comprend MM. Dugowson, Mangot, Trouman, Dukan, Einheber, Wrobel et Schlamovitz.
UJRE se trouve au 8 rue Emile Zola, elle est présidée par M. J. Goldring, Vice-Président ; M. Viller, Secrétaire ; M. J. Frouman, Trésorier : M. Rosen.

LENS

    Dans le Pas-de-Calais, la Communauté de Lens, entièrement composée de Juifs étrangers (Polonais principalement), est née après la Première Guerre Mondiale, fille des mines célèbres de Lens, Bruay et Liévin. ‘’L’Univers Israélite’’ publie un article en 1929 autour de la création de la Communauté Juive de Lens :
‘’Pour la Communauté Israélite
Depuis quelques années, la ville de Lens, au Centre du bassin minier du Pas-de-Calais, est habitée par une population israélite d’origine polonaise : une quarantaine de familles, sans compter les célibataires et les jeunes gens encore plus nombreux.
Une communauté a été constituée, il y a deux ans, elle a engagé un cho’het et un mélamed, et elle a loué un pavillon pour servir de lieu de prières et de réunion.
Dans un local se font aussi des cours de français qui sont subventionnés par ‘’L’Accueil fraternel israélite’’ de Paris.

C’est un grand besoin, une grande douleur aussi pour ces immigrés de pouvoir se retrouver pour prier les jours de Sabbat et de fêtes, d’instruire leurs enfants dans la religion israélite, de s’initier eux-mêmes à la langue et à la civilisation française. Pour la Jeunesse, un tel centre est le meilleur remède contre l’oisiveté et les mauvaises fréquentations dans une cité ouvrière.
Ce sera faire œuvre sociale et patriotique en même temps que religieuse que de venir en aide à cette intéressante communauté car ses membres, pour la plupart petits commerçants, artisans et mêmes ouvriers, ne sont pas en état d’assurer seul l’achat et l’aménagement d’une petite maison.
Ils ont fait appel à l’esprit de fraternité et de générosité de leurs coreligionnaires de France. Nous avons confiance que cet appel soit entendu.
Comité de Patronage de la souscription :
M. Israël Lévi, Grand Rabbin de France
M. Salomon Poliakof, Grand Rabbin de Lille
M. Sylvain Lévi, Professeur au Collège de France, Président de l’Accueil Fraternel Israélite
M. R.A. Olschansky, Vice-président du Foyer Israélite.
M. Alex Heyman, Président de la Communauté Israélite de Lille
M. Maurice Gribinski, administrateur de la Communauté Israélite de Lille.
Les souscriptions pourront être adressées aux membres du Comité de Patronage ou à l’Association Consistoriale de Lille, 110 rue des Postes à Lille’’.

    Un bain rituel à Lens est inauguré en 1934. En septembre 1934, la Communauté de Lens composée en majeure partie d’Israélites très pratiquants a décidée, pour satisfaire aux besoins religieux de ses membres de construire un bain rituel. La nécessité d’un tel établissement se faisait impérieusement sentir, car aucune institution n’existait dans le Nord de la France et la Ville de Lens ne possédait aucun établissement  de bains publics.

BERCK-SUR-PLAGE

La Maison de l’œuvre ‘’Pour nos enfants’’

    C’est sous le Second Empire que la Famille de Rothschild décide de venir en villégiature sur la Côte d’Opale. Après Le Touquet, quelques familles bourgeoises  Juives parisiennes  viennent passer l’été à Berck-Plage. Compte tenu de l’air vivifiant, des œuvres caritatives juives pensent qu’il faut créer dans cette ville une maison pour le repos des enfants. Durant l’été 1930 est inaugurée la Maison de l’œuvre ‘’Pour nos enfants’’, ‘’L’Univers Israélite’’ du 25 juillet 1930, toujours bien informé, retrace l’événement pour ses lecteurs :
‘’Le dimanche 13 juillet, a été inaugurée, à Berck-Plage, 19 rue des Bains, la Maison de l’œuvre ‘’Pour nos enfants’’ ; œuvre dont la création remonte à quelques mois seulement. La cérémonie d’inauguration s’ouvrit devant une foule nombreuse où l’on remarquait le Dr Malingre, maire de Berck, entouré des membres du Conseil Municipal, de Me Marcel Kahn ; Président de l’œuvre, de M. Friedmann. Préposé à la surveillance de la ‘’Cacherout’’, et, plusieurs sociétés juives avaient envoyé des délégations. La musique municipale prêta son concours à la fête. Après qu’un chœur d’enfants eut entonné ‘’La Marseillaise’’, M. Zoubritzky coupa le ruban qui barrait la porte d’entrée, et à cette occasion fit à l’œuvre un nouveau don de 5000 francs. On visita ensuite la maison où l’installation  perfectionnée fut l’objet de l’admiration de tous. Plusieurs discours furent ensuite  prononcés, Me Marcel Kahn, M. Malingre, des Conseillers Municipaux, M. Delmann ; représentant de ‘’L’Entraide Fraternel’’ et prirent successivement la parole et furent chaleureusement applaudis. Une quête effectuée ensuite parmi l’assistance produisit plus de 12.000 francs, les ‘’Progressistes’’ pour 500 francs, ainsi que les ‘’Amis Solidaires’’, ‘’L’Entr’aide Fraternel’’, ‘’L’Union de la Jeunesse Juive’’, et ‘’L’Agoudat Israël’’, ‘’L’Avenir Fraternel’’, ‘’Salvey’’ donnèrent 300 francs, les ‘’Originaires de Roumanie’’ 200 francs, etc…. En outre, plus de vingt lits furent fondés par diverses sociétés ; l’un d’eux fut dédié à la mémoire du regretté Grand Rabbin Raphaël Lévy.
Cent enfants sont déjà installés dans cette maison, où ils passeront un mois, en attendant que d’autres leurs succèdent. La nourriture est strictement cachère, le réfectoire est vaste ainsi que les dortoirs où les règles d’hygiène sont soigneusement observées. En outre, les petits pensionnaires sont tous assurés contre les accidents. Des dons nombreux parviennent chaque jour à cette belle œuvre : signalons, entre autres, celui de M. Bonis, transmis par M. le Grand Rabbin de France, qui s’élève à 500 francs et celui de Mme Lévylier (300 francs), transmis par M. le Grand Rabbin Liber. Le nombre d’adhérents augmente chaque jour et c’est avec une confiance légitime que les dirigeant envisagent l’avenir de l’œuvre’’.

Un service religieux à Berck-Plage

    En 1928, un service religieux est organisé tous les jours à Berck-Plage pendant le mois d’août. Les fidèles pouvaient s’adresser à M. Le Rabbin Kaplan, Villa ‘’Les Marguerites’’ rue de Tours à Berck-Plage.

AMIENS

Des Juifs prussiens à Amiens

    Lors de l’invasion prussienne  de 1870, il y eut un grand nombre de blessés allemands parmi lesquels il y avait des Juifs. C’est à travers les pages de ‘’L’Univers Israélite’’ que l’on sait que ceux-ci furent soignés à l’Hôpital d’Amiens. ‘’L’Univers Israélite’’ de cette  époque parle des tournées rabbiniques entreprises par  le Dr Blumenstein ‘’aumônier d’Allemagne’’ et lorsqu’il passe visiter les blessés juifs, voici ce que cet hebdomadaire écrit : ‘’Le même aumônier écrit d’Amiens, qu’il a visité les blessés juifs, atteints dans le combat du 3 décembre, ‘’dont la joie, en le voyant, était indescriptible, quelques-uns pleuraient de joie. Il n’y a dans cette ville que six familles israélites chez lesquelles il ne pouvait rien manger, il n’a rien pris de chaud depuis huit jours, mais la joie des soldats le dédommageait de ses privations. Au Cimetière catholique, il y a un petit emplacement destiné à l’inhumation de nos coreligionnaire’’.
Il mande d’Amiens, le 26 février, qu’il y a un office divin, ordonné par le prince d’Albrecht avec environ trente soldats de la 3ème division. Le local avait été désigné par le Comte Talleyrand Périgord, adjudant du Commandant de la Place. Deux aumôniers chrétiens, un catholique et un protestant, assistaient à l’office’’.

    La Communauté Juive moderne d’Amiens a du mal à se créer. C’est vers les années 1930 que l’on commence à parler un peu d’elle. En effet, le 12 mai 1934, le Conseil d’Administration de l’Association Cultuelle Israélite du Département de la Somme adresse une protestation contre les actes inqualifiables commis par Hitler et ses lieutenants contre les Juifs allemands. Cette protestation est transmise à M. Israël Lévy, Grand Rabbin de France.

    Le 20 juillet 1934, la Communauté d’Amiens lance un appel à ses frères de France afin de l’aider à bâtir son lieu de culte. ‘’L’Univers Israélite’’ relaye cet appel, dont l’idée générale suit :
‘’Le sympathique Président de la Communauté, M. Louria, en une réunion privée, chez lui, invitait tous ses coreligionnaires à donner leur avis sur la formation d’une communauté à Amiens. A l’unanimité de l’Assemblée, un comité fut constitué et celui-ci se trouva devant une tache très lourde. Sur la demande de ce Comité, M. le Rabbin Apeloig fut accepté à Amiens pour y remplir ses fonctions. Les enfants reçurent, grâce à sa compétence, une instruction juive, dont les membres de la Communauté furent très fiers.
Les soixante familles de l’Association Cultuelle Israélite de la Somme adressèrent un appel, par la voix de Monsieur Staal, Secrétaire Général de l’Association, à la générosité de tous les Juifs français afin que le Judaïsme dans la capitale de la Picardie occupa la place à laquelle il avait droit’’.

Inauguration d’une synagogue à Amiens.

    Les vœux de cette association vont se réaliser puisque le 8 novembre 1935, ‘’L’Univers Israélite’’ publie le compte-rendu de l’inauguration du Temple. En voici un extrait : ‘’L’inauguration de la Synagogue d’Amiens a eu lieu dimanche dernier. Ce nouveau sanctuaire, de proportions modestes, a été aménagé avec beaucoup de goût, le tabernacle, inspiré de celui de la rue de la Victoire, et la Téba forment un ensemble qui enchantent le visiteur ; les meurs sont recouverts de versets bibliques, traduits en français, l’édifice est clair et seyant. M.I. Stall, secrétaire général de la Communauté qui mérite d’être cité en premier lieu, tant est grand son dévouement, n’a pas exagéré en disant que l’architecte, M. Thérasse, ‘’s’était rendu à Paris pour voir les principaux temples et avait rapporté une idée parfaite des choses….’’.
M. le Grand Rabbin Liber, directeur de l’Ecole Rabbinique de France, délégué du Consistoire Central pour la Province, a présidé la cérémonie, entouré de M. le Rabbin Apeloig, chargé du ministère religieux à     Amiens, de M. le Grand Rabbin de Lille, Léon Berman, de M. le Rabbin de Rouen, Paul Bauer. Nous avons remarqué la présence de M. Aaron Salzédo, membre du Consistoire de Bayonne, de son fils, Me Mosès Salzédo, membre du Consistoire Central, de M. Maurice Malka, premier ministre-officiant du temple de la rue Buffault ; la maîtrise du temple, sous la direction de son sympathique chef, M. Jean Manuel, s’était chargé de la partie musicale de la cérémonie ; M. Isaac, ministre-officiant de la Victoire, a été fort apprécié. Les autorités civiles et militaires étaient largement représentées ; M. le Préfet de la Somme avait délégué son secrétaire général, M. Moulin ; au premier rang se trouvaient M. le Colonel Delcambre, commandant le 51è régiment d’infanterie, représentant M. le Général commandant la 2è région ; M. le Sénateur de Berny, M. Busch, Commissaire Central, M. Carmichaël, directeur de la Chambre de Commerce, M. le Dr Labarrière, directeur de l’Ecole de Médecine ; M. Oswald, Consul d’Angleterre. MM. Ebener, Pépin, Gontier, Dubrulle, Conseillers Municipaux, etc….
L’Administration du temple était présente au complet ; MM. Louria, Président ; Lehr, Trésorier ; Staal, Secrétaire Général ; Aaron, Grindefer, Franco, Weiller, Rozmbaum, membres du Conseil. De nombreux non juifs avaient tenu à se joindre à nos coreligionnaires et le nouveau temple était trop étroit pour contenir tout le monde. Le service d’ordre était assuré d’une manière impeccable par M. Oscar Berg, chef des huissiers du temple de la Victoire, qui a vraiment mérité son titre de ‘’Premier Chamess de France’’.
L’entrée du cortége rabbinique eut lieu au chant de ‘’Ma  Touvou’’, celle des Sépharim, aux accents de ‘’Vayehi Binçoa’’. M. le Grand Rabbin Liber alluma la lampe perpétuelle faisant précéder ce geste d’édifiants et brefs commentaires. L’office de Minha se fit ensuite. Après quoi, M. I. Staal prit la parole
Le distingué secrétaire général de la communauté d’abord remercia délicatement toutes les personnalités présentes, la presse, ses collègues de l’Administration, les communautés et les donateurs qui ont envoyé des subventions et de généreuses offrandes afin qu’Amiens s’enrichisse d’un édifice qui lui fasse honneur, l’architecte, les entrepreneurs MM. Bulian, Parazzone, Margry, Jacob, Dubois, Letendart et la Société Arlésienne de Force et de Lumière qui ont aménagé dans un temps record cette belle synagogue.
L’orateur rappelle les efforts pour réveiller la communauté : 25 chefs de famille étaient seulement connus en 1930 ; M. le grand-rabbin Poliakoff venait de temps à autre de Lille pour les visiter ; il accepta de venir chaque semaine pour dispenser l’instruction religieuse aux enfants, ce qui permit d’aller de l’avant et de connaître quinze nouvelle familles ; ce dévoué pasteur ne pouvant plus se déplacer  aussi souvent, M. le rabbin Apeloig accepta de le suppléer, continua heureusement sa tâche et sut gagner l’entière confiance des fidèles. Le 8 février 1933, la Préfecture enregistra la déclaration de l’Association Cultuelle Israélite de la Somme, et le 21 février suivant celle de la Société de Bienfaisance que préside avec dévouement et autorité M. André Daniel. L’idée d’un temple prit corps, le Consistoire Central et son secrétaire général, M. le rabbin Marcel Sachs, ne ménagèrent pas leurs conseils et leur appui ; l’appel financier n’obtient pas tous les résultats souhaitables, car il coïncidait avec l’arrivée des réfugiés allemands en France. Mais, malgré tout, les sommes recueillies ont permis de faire quelque chose ; les nombreuses démarches, l’opiniâtreté et l’ardeur de M. le rabbin Apeloig sont parvenues à la réalisation  définitive et on ne saurait trop le féliciter pour ce magnifique succès.
....’’

Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939) – Professeur à Amiens

    Philosophe et sociologue, Lucien Lévy-Bruhl enseigne successivement à Poitiers et à Amiens avant d’obtenir une Chaire à la Sorbonne où il est placé à la tête de la Faculté de Philosophie. Il donne également des cours au Séminaire israélite de France à Paris. Ses études des sociétés primitives l’amène à expliquer par une méthode scientifique qui détermine l’origine dans ces collectivités des croyances aux forces surnaturelles.

PONTOISE

    Dans l’état numérique des Israélites des arrondissements de Corbeil, Etampes, Mantes, Pontoise et Rambouillet en 1840, en ce qui concerne l’arrondissement de Corbeil, il existe 2 israélites (homme et femme), à Arpagon ; 4 d’une seule famille, à Montgeron, 1 à Corbeil, mais aucun dans le canton de Longjumeau. Il n’y a aucun juif à Etampes, Mantes, Pontoise et Rambouillet.

    Selon les Archives du Consistoire de Paris, en 1853 il y a 44 juifs dans l’Oise et 49 en 1861.

SENLIS

    Les Archives nationales conservent une note du Ministère, à l’attention de Vergennes en date du 23 août 1783 faisant état de la politique du Lieutenant Général de Police Lenoir vis-à-vis des Juifs. Selon cette note, les Juifs portugais sont autorisés à résider où ils le désirent, par l’effet de leurs lettres de naturalisation. Pourtant cette note précise : ‘’…. Mais s’ils étaient d’honnêtes commerçants lors de leur arrivée en France, ils sont maintenant tombés dans la misère. A Paris et à Versailles, ils ont commis des vols ; 50 000 livres de marchandises, dont 15 000 à une veuve ; ils sont complices de vases sacrés à Senlis et bandits de grands chemins sur la route de Paris à Senlis. Ils doivent donc être assujettis comme les autres aux mêmes règles….’’
 
BEAUVAIS

Moïse Weil, Architecte est le frère de Godchaux Baruch Weil, l’un des premiers huissiers juifs en France. Godchaux Baruch Weil est également l’un des rédacteurs des ‘’Archives Israélites de France’’ sous le nom de Ben Lévy. Proche du Consistoire, il milite pour la refondation du Consistoire de Paris avec le Consistoire Central. G.B. Weil est aussi l’auteur d’un livre pour l’éducation juive et l’un des promoteurs de l’Alliance Israélite Universelle. A propos de Moïse Baruch Weil, fils cadet de Baruch Weil, "Les Archives Israélites" datés de 1844 font paraître un article sur la ville de Beauvais et écrivirent: "Weil Architecte, frère de Godchaux Baruch Weil.
"On nous écrit de Beauvais
Le Conseil Municipal vient d'adopter un projet de fontaine monumentale de la statue de Jeanne Hachette* que lui a présenté M. Weil, architecte des travaux de l'état dans le département de l'Oise. Les éloges données à ce projet, qui sera exécuté au moyen d'une souscription locale, ne nous étonne pas; car nous savons que, M. Weil notre coreligionnaire, est l'auteur de plusieurs remarquables constructions approuvées par le Conseil Royal des Bâtiments Publics de France et l'un des membres les plus distingués de la Société des Antiquaires de Picardie".
 
Proche politiquement d'Adolphe Crémieux, Moïse Weil épousa sa nièce Amélie Berncastell, née en 1821. Elle est la soeur d'Adèle, épouse de son frère Nathan Weil. Il aura quatre filles; Jenny en 1846, Hélène en 1847, Claire en 1849 et Adèle en 1850. Il meurt à Beauvais en 1874. Seule Claire fit un mariage endogamique en épousant Léon Neuburger né en 1840, ils eurent André Neuburger (1877) et Georges Neuburger (1881-1912).

Moïse Weil est le grand-oncle de Marcel Proust. Son frère Nathan et sa belle-sœur Adèle eurent une fille : Jeanne qui épousa Adrien Proust.
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* La statue de Jeanne Hachette a été réalisée par le sculpteur Samuel Adam-Salomon.

L’antisémitisme en Picardie au temps de l’Affaire Dreyfus

    A la fin du XIXème siècle, Philippe Sapin sévit partout. Dans son ‘’Annuaire des Israélites’’ en 1897, il donne pour le Pas-de-Calais, l’Aisne et la Somme :

Pas-de-Calais

Arras
Isaac, lieutenant, 33ème infanterie
Waèl ‘’ A  la Grande Maison’’
Lévy, ‘’Au Gagne Petit’’
Wildenstein ‘’A la Belle Jardinière’’

Boulogne-sur-Mer
Synagogue
Ministre-officiant : Weill J.
Administrateur : Wahl

Population juive : 70 familles soit 350 âmes.

Aisne
Laon

Aaron, Conseiller de Préfecture
Bloch, Sous-lieutenant de 3ème classe
Aron, Colonel, 29ème artillerie
Léhmann S, Médecin Major, 29ème artillerie
Fraenkel, capitaine,                    ‘’
Créange Moïse, Lieutenant*,    
Coblenz, Lieutenant, **

Saint-Quentin

Synagogue
Président du Consistoire Israélite : Deutsch
Ministre-officiant : Weiller

Cahen, Sous-préfet
Blume, Juge au Tribunal de Commerce
Braun, Président du Conseil des Prud’hommes

Soissons

Ebstein, Médecin-major, 67ème de Ligne
Judas, Conservateur de la Bibliothèque

Somme
Amiens

Abraham, Bestiaux
Azais, représentant de commerce
Franck Lévy et Cie ‘’Crédit pour tous’’….

    En 1900, les candidats antisémites sont rares aux élections sénatoriales dans le Pas-de-Calais. M. Parenty, qui se présente comme antisémite, recueille 3 voix sur 1792.

La Séparation des Biens de l’Eglise et de l’Etat en Picardie

    En 1906, suite à la Loi concernant la Séparation des biens de l’Eglise et de l’Etat, les Communautés Juives sont obligés de s’organiser en association type 1901. Dans le Pas-de-Calais sont déposés les statuts de l’Association Cultuelle Israélite de Boulogne-sur-Mer et dans l’Aisne, les administrateurs adoptent le nom : ‘’Association Cultuelle Israélite de Saint-Quentin’’. L’Association Cultuelle d’Amiens verra le jour un peu plus tard.
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* Moïse Créange est le père du Colonel Jean Créange et du poète Pierre Créange, ami de Maxa Nordau. C’est le gendre de Joseph Wogue, Président de la Communauté Juive de Fontainebleau.
** Il s’agit ici du Capitaine Coblentz qui se bat en duel à Fontainebleau avec Roger Luzarche d’Azay et avec son camarade d’arme, le Capitaine Gillot à cause des chasses Lebaudy. Mme Lebaudy est une descendante de Mme Furtado-Heine.
La représentation de ‘’Synagoga’’ en Picardie.

    Dans la topo-iconographie française, la ‘’Synagogue déchue’’ est une représentation privilégiée dans l’art chrétien. Elle est représentée sous différents supports : la sculpture, le vitrail et l’écriture.

Amiens

    Dans un Missel d’Amiens, une Synagogue occupe un médaillon d’angle alors que ce thème est repris dans un décor sculpté du portail du ‘’Beau Dieu’’ de la Cathédrale d’Amiens où deux arbres, au pieds des théories des vierges sages et folles, font pendant à une église et une synagogue insérées dans le jugement dernier du tympan. Amiens est la ville natale d’Honoré d’Amiens, l’enlumineur.

    A Amiens, une ‘’Synagoga’’ est représentée sous trois formes :
- A la Cathédrale Notre-Dame, portail ouest, registre inférieur, sous les plateaux de la balance de Saint-Michel, sculpture datant de la première moitié du XIIIème siècle.
- A la Cathédrale Notre-Dame : le mauvais arbre, sculpture, première moitié du XIIIème siècle.
- Missel de Saint-Jean à Amiens, folio 62 v.

Laon   

    Sous la forme de ‘’Lettrine’’ (Tau), il y a une représentation de ‘’Synagoga’’ dans un livre d’heures de Laon (vers 1400). Un autre ‘’Tau’’ est inséré dans le Missel dit de Winchester adapté pour Laon (première moitié du XIIème siècle). Dans la Cathédrale de cette ville, les autorités ecclésiastiques ont fait placer une sculpture ayant une forme de ‘’Synagoga’’ : une femme, les yeux bandés, la couronne de côté, la lance brisée, les tables de la loi à terre.

Arras

    Dans l’imagerie religieuse, la Synagogue est souvent représentée sous le terme ‘’Te Igitur’’. Une très belle enluminure de ce type orne le Missel de Saint-Vaast d’Arras (    milieu XIVème siècle), folio 29.

Berteaucourt-les-Dames (Somme)

    Eglise Notre-Dame, façade ouest, Grand Portail Archivolte ; une sculpture.

Corbie (Somme)

    Missel de Corbie (Début du XIVème siècle), folio 109 v.

Saint-Riquier (Somme)

    Abbatiale, façade occidentale, portail central, une sculpture (XIIIème siècle).

Selincourt (Somme)

    Eglise, cuve baptismale : une sculpture de pierre.

Saint-André-au-Bois (Pas-de-Calais)

    Bible de Saint-André (Seconde moitié du XIIème siècle)

Saint-Omer (Pas-de-Calais)

    Dans le ‘’Liber Flondus’’ de Lambert de Saint-Omer, folio 231 et 253 ainsi que dans l’Evangéliaire de Saint-Bertin (vers 1000).

Soissons (Aisne)

    Ivoire de Soissons (XIVème siècle)
L’une des plus belles œuvres d’enluminures  est le Psautier de Yolande de Soissons.

L’ECONOMIE EN PICARDIE

    Après la perte de l’Alsace et une partie de la Lorraine beaucoup de Juifs de ces provinces s’installent dans la nouvelle France. Ils vont peupler des régions où il faut relancer l’industrie notamment en Normandie et en Picardie. On trouve ainsi les Ollendorf, importateurs d’engrais à Soissons, les Brunschwig et les Weil, fabricants de tissus à Bohain. Selon l’Empire allemand établi en Alsace/Lorraine, ces juifs sont allemands. Or, ceux-ci demandent à être réintégrés à la nationalité française. Les Archives conservent encore tous les décrets de réintégration de ces migrants intérieurs. Sous la IIIème République, la promotion sociale des Juifs dans l’Armée et dans le Service de l’Etat : les plus connus seront Léon Cohn, Albert Hendlé et Schrameck, Préfet de l’Aisne.

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

    En 1914, les frontières de la Picardie sont très proches de celles de la Belgique, les armées françaises et allemandes s’enlisent dans un face-à-face meurtrier. La guerre des tranchées commence. Saint-Quentin capitule et l’ennemi campe dans ses murs. Les Juifs allemands participent au Seder Pascal spécialement organisé pour eux. Un groupe de rabbins se réunit également dans cette ville préfecture de l’Aisne. Durant les combats la Ville de Saint-Quentin est quasiment détruite et la synagogue est rasée. Après 1917, les troupes américaines participent au conflit et les pertes en vie humaine sont nombreuses. Dans le cimetière d’Epieds, parmi les tombes chrétiennes il y a quelques sépultures juives tout à fait spécifiques.

Melle Suzanne Deutstch

    Suzanne Deutstch de la Meurthe est née en 1892 dans une famille d’industriels ‘juifs ‘, son père HENRY s’occupait dans le début des années 1900 d’affaires de pétrole : Personnage de grande culture, musicien et compositeur à ses heures, il était passionné de véhicules automobiles, puis d’aviation, il fonda l’Automobile Club De France puis l’Aéro-club De France. Henry Deutsth créa avant 1914 L’Institut aéronautique de St-Cyr et fonda une chaire d’aéronautique au conservatoire des arts et métiers.

    Germain Têtard, originaire de Moy-de-l’Aisne, blessé le 21 septembre 1914, sera le filleul de guerre de Suzanne Deutstch. Germain Têtard lui parla de son village détruit, qu’elle ne connaissait pas, elle y vint en 1920, par sympathie humaine elle décida de consacrer d’importants moyens pour aider la reconstruction en 1922 elle aide à reconstruire 20 logements, puis 16, elle offre une cloche, un centre d’hygiène, des bains douches.

    Melle Deutsth décide de promouvoir l’implantation d’une industrie d’une grande envergure, la SIM (Société Industrielle de Moy) voit le jour en 1928 pour : La fabrication, le commerce de textiles naturels ou artificiels, le laboratoire fait des recherches sur la fabrication de soie artificielle semi industrielle. L’usine fonctionne en 1931 : 280 ouvriers (260 hommes, 20 femmes), en 1939 cette usine aura 590 ouvriers (375 hommes 215 femmes). A chaque Noël, les enfants des ouvriers sont gâtés en cadeaux, ce qui n’était pas courant à l’époque !

    Melle Deutsth ne pilotait pas, mais encourageait l’aviation, au sud de Versailles, elle créa l’aéro-club Roland Garros, fondatrice de l’Aéro-club de l’Aisne, elle était familiarisée de Roupy où elle atterrissait souvent.

    Elle conduisait elle-même sa voiture, son Hispano-Suiza était admirée, elle gagna un Paris-Amsterdam sur routes.

    Ses avions étaient tous baptisés Icare, ils étaient à ses couleurs, blanc et rouge, comme les murs de son usine, avec le double écusson : de l’Aéro-club de l’Aisne et celui de Rolland Garros.

    L’Année 1937, période néfaste pour l’aviation, verra le décès de Melle Deutsth (à 45 ans) le 29 novembre 1937, inhumée dans un linceul de toile d’avion, dans le caveau familial de Montmartre, en présence de sa mère, ses sœurs et d’importantes délégations, aéronautiques, ministérielles et autres – le grand rabbin de France.

    L’Aéro–Club de l’Aisne, fondé le 8 décembre 1927, son siège Social : 4 Place Saint-Quentin Comité de Direction :
Présidente : Melle Suzanne Deutsch De La Meurthe
Vice-Présidents : MM Docteur Fumet, P. Roth, R. Trocme Moy-de-l’Aisne va connaître une allée : « Allée Henry Deutsch De La Meurthe» qui va loger 20 familles nombreuses du Pays. Installation d’un terrain de jeux et de sports. Ensuite, construction d’un Centre d’Hygiène, modèle du genre, que plusieurs groupes de congressistes étrangers, docteurs éminents se déplaçant de Paris ont jugé de venir visiter. Là, des soins gratuits sont donnés aux indigents.

    Monsieur Segard (Maire de la     Commune de Moy-de-l’Aisne) prononcera un discours élogieux aux obsèques de Melle Suzanne Deutsch De La Meurthe.

Sources : Revue Aisne Aviation de l’Aéro-club de l’Aisne de Jean Parent (Mai 1996).

    Melle Suzanne Deutsch De La Meurthe remit entre 1934 et 1935 la Coupe Deutsch à l’aviateur St-Quentinois Raymond Delmotte, mourut d’un refroidissement contracté au couronnement d’Edouard VII à Londres.

 
hommage à Suzanne Deutsch

    Melle Suzanne Deutsch de la Meurthe joua un rôle capital dans l’essor de l’aviation, avant la Seconde Guerre Mondiale. Fille, de Henry Deutsch (Président de la Société Astra qui construira plusieurs dirigeables, en 1908 il en offrira un à l’armée), visionnaire comme son père tandis que montait le nazisme, une conviction anima l’aviatrice : Elle développa l’industrie aéronautique française en créant des épreuves de vitesses. Pour son œuvre humanitaire à Moy de L’Aisne, un monument témoigne de sa sollicitude. Depuis l’adolescence, les moteurs l’intriguèrent ainsi que les techniques de vols. Jamais l’héritière au grand cœur ne peut acquérir un brevet de pilote. Elle effaça cet outrage en achetant des avions, en subventionnant les raids aériens, et en créant des aéro-clubs, notamment celui de l’Aisne dont l’association, sous sa présidence, s’éleva au 5ème rang nationale.

    Que ce soit au 19ème siècle ou au 20ème siècle, nous retrouvons chez le Baron Alfonse de Rothschild et Chez Melle Deutsch de la Meurthe, une générosité que ce soit pour les Dons d’objets d’arts de 1888 à 1909 au Musée Antoine Lécuyer de Saint-Quentin de la part de Alfonse de Rothschild ou de cette Œuvre Humanitaire à Moy de L’Aisne de la part de Suzanne Deutsch de la Meurthe en 1922.

    Le Baron Alfonse de Rothschild fut un grand mécène, la ligne SNCF du Nord avait pour banque : la banque Rothschild, la famille décida de faire des dons, de créer des Centres de Formations, de lutter contre le chômage au XIXème siècle dans L’Ile de France et le Nord de la France. La Grande Guerre Arrive, et Suzanne Deutsch de la Meurthe participe à la Reconstruction de Moy de l’Aisne. Chez ces deux personnages, nous retrouvons, un cheminement : En dépit des catastrophes de la Grande Guerre, une Reconstruction va naître. De nouvelles entreprises vont naître, comme l’entreprise Saltiel à Fresnoy-le-Grand…

 
Le Baron Alphonse de Rothschild

L’APRES GUERRE SECONDE GUERRE MONDIALE

    Aujourd’hui, il n’y a plus de communauté constituée à Lens. Celles de Saint-Quentin et d’Amiens, compte tenu de la crise économique, se maintiennent et organisent les offices pour les grandes fêtes et pour différentes occasions.

    En 1950, les Communautés Juives de France pansent leurs blessures et cette année là, le Consistoire Centrale Israélite publie un ‘’Annuaire du Judaïsme – 5710’’ dans lequel sont décrites les différentes association cultuelles de Picardie :

Amiens (Somme)

    Amiens. – Le deux décembre 1951, le souvenir Français a organisé à la synagogue une cérémonie à la mémoire des morts de la Communauté israélite. La rabbin Paul Bauer, de Paris, a prononcé une allocution, unissant dans une même pensée tous les morts des dernières guerres, sans distinction d’idéologie, politique, philosophique et confessionnelle. L’Office était célébré par M. Henri Kahn, premier ministre – officiant du Temple Victoire, qu’on est toujours heureux d’entendre au cours des offices. Toutes les notabilités amiénoises entouraient MM. Simon Lehr et Aharon, président et président d’honneur de l’association cultuelle.

Amiens (Somme)

    ‘’L’Annuaire du Judaïsme’’ de 1950 donne les coordonnées de l’Association Cultuelle Israélite du département de la Somme : 13 rue du Cloître de la Barge.
Fondée en 1933 avec la construction d’une Synagogue. Le Comité est présidé par M. Lehr, le Vice-président est M. le Professeur M. Dreyfus, le secrétaire : M. R. Lehr et le trésorier : M. J. Louria.

Saint-Quentin (Aisne)

    Association Cultuelle Israélite, 11 bld Henri Martin.
Réorganisée en 1934. Culte et instruction religieuse.
Comité : MM. Dugowson, Mangot, Trauman, Dukan, Einheber, Wrobel, Schlamovitz.
U.J.R.E. 8 rue Emile Zola
Président : M. J. Goldring, Vice-Président : M. Viller, Secrétaire : J. Frauman, Trésorier : M. Rosen.
    
Le Monument à la mémoire des Juifs de Saint-Quentin, morts en déportation

    Le 16 novembre 1948, ‘’L’Aisne Nouvelle’’ publiait un article sur l’inauguration du mémorial pour les Juifs de Saint-Quentin, mort en déportation :

‘’Les Juifs de Saint-Quentin n'oublient pas leurs compatriotes morts au champ d'honneur ou victimes de la barbarie nazie.
 
Dimanche 14 novembre, à 14H30, a eu lieu, au cimetière Saint-Jean, la cérémonie d'inauguration d'un monument érigé à la mémoire des 88 israélites de St-Quentin et de la région, victimes de la barbarie allemande.
Parmi les personnalités, nous avons remarqué les membres du Comité d'érection; M. Renard, député; MM; Bugain, maire, représentant le Parti S.F.I.O.; Arnould, adjoint; Pierret, conseiller municipal; le docteur Feuillette; Mme Cabot, du C.O.S.O.R.; Umerlick, du Comité directeur de l'U.J.R.E.; le rabbin; M. Ambroze, du Consulat polonais de Paris; les familles des disparus; des délégations des Partis socialiste et communiste et de l'A.R.A.C...
Après un chant religieux, la stèle, sur laquelle sont inscrits les noms des héros, est découverte; des gerbes sont déposés et une minute de silence observée. De chaque côté du monument, les drapeaux du Parti socialiste, de l'A.R.A.C., des F.T.P., des A.P.G., forment une haie d'honneur.

    Des discours sont ensuite prononcés par un membre du Comité d'érection; le rabbin; MM. Umerlick; Bugain, qui apporte le salut de la ville et du Parti S.F.I.O.; Denimal, de l'A.R.A.C.; Ambroze, du Consulat polonais, et Renard, au nom du Parti communiste.
Un chant religieux termine cette émouvante cérémonie dont la colonie juive de St-Quentin gardera un profond souvenir.

    La presse picarde parle de 88 israélites déportés mais Franck d’Almeida en répertorie 115 :

Stèle (Côté face)
             Ahitouf Eugénie
            Ahitouf Raphael
            Ahitouf Salomon
            Apel Simon
            Apel Leon
            Apel Gisel (normalement orthographié Apel Giselle, née le 27 février 1934 à Saint-Quentin, déportée le 31 juillet 1943 - convoi n°77)
            Apel Joseph
            Apel Chaja
            Apel Jacob
            Apel Jules (Jerschmik Apel né le 10 octobre 1926 à Varsovie déporté le 29 juillet 1942 - convoi n°12)
            Apel Simon
            Aronowicz Eva
            Aronowicz Aron
            Aorack (Grande erreur : il s'agit d'Avrach Jules qui a toujours été noté sur la stèle ainsi ! )
            Brauer Jeanne
            Benczkowski Malka
            Beczkowski Aron
            Birenbaum Maurice
            Blatt Claire
            Blatt Sarah
            MORTS AU CAMP D'HONNEUR
            DUGOWSON LEON
            Glicenstein Wolf
            Jacubowick Maurice (Jackubowicz Maurice, écrit ainsi sur ma liste)
           
 
Stèle (Côté Gauche)
            Blatt Szalma
            Blatt Szakndla
            Bick Alter
            Bick Maurice
            Mr et Mme Cages
            Chasanowitz Basia
            Chasanowitz Clara
            Cher Jacob
            Ciesielski Jakob ( Jankiel Ciesielski né le 14 décembre 1937 à Lodz - nationalité     polonais - domicilié 11 rue des capucins - convoi n°40 en date du 03 novembre     1942)
            Cioszniak Charles
            Cioszniak Lina
            Cioszniak Jacob
            Cioszniak Simon
            Dugowson Frajga
            Epstein Haïm
            Feferman Henri
            Frydmann Estera
            Fuentes Joseph
            Fuentes Fortunée
            Gass Jacques
            Gass Henri
            Gass Rosa
            Famille Gelduer (4)
            Gerbaez Abraham (Gerbacz Abraham)
            Glicenstein Maurice ( GLICENSTEIN MOSZER né le 12 mars 1880 à Lodz     Forain déporté le 03 novembre 1942)
            Glicenstein Marie
            Goldberg Lina
            Goldberg Maurice
            Goldberg Adèle
            Goldblum Salomon
            Goldblum Simon
            Golbblum Jeek
           
Stèle (côté droit)
            Grunblatt Annette
            Grunblatt Maurice
            Grunblatt Max
            Grunblatt Pauline
            Gutmacher Jean
            Ignace Annette
            Jackubowicz Félicie
            Kane Léon
            Kane André
            Kane Renée
            Kane Abraham
            Kane Golda
            Kane Hélène
            Kane Léonia
            Katz Rachel
            Kibel Genia
            Leczyki Hana
            Lezinski Maurice
            Mme Lezinski
            Levy André
            (non écrit sur la stèle : Gaston Klein né le 1er février 1871 à Paris dans le Xe     arrt. - Secrétaire - domicilié 7 place Saint-Germain à Ribemont - veuf un enfant     - arrêté à Saint-Quentin le 19 janvier 1944).
            (non écrit sur la stèle : Saba Lipman arrêté à Saint-Quentin - convoi n°55 en     date du 23 juin 1943 - née le 22 décembre 1923 à Lodz - nationalité polonaise -     célibataire sans enfants - Sans profession - domiciliée 14, rue Saint-Sauveur     75002 Paris).
            MAESTRO David
            MALMED Charles
            Malmed Ida
            Malmed Madeleine
            Malmed Chana
            Malmed Joseph
            Malmed Sroul (MALMED SRUL)
            Margules Maurice
            Markiewicz Maurice
            Markiewicz Leon
            Markiewicz M.
            (Non écrit sur la stèle : Jeannette Markiewicz née le 21 octobre 1925 à Paris -     domiciliée 86, rue Aristide Briand à Tergnier - Convoi N°48 du 13 février 1943     pour Auschwitz).
            (Non écrit sur la Stèle : Szalma Markiewicz né le 15 mai 1897 déporté le 05     août 1942 - convoi n°15)
            Matuszewick Chana (Maturzewick Hana née Szedlecki domiciliée 22 rue des     Arbalétriers à Saint-Quentin - nationalité polonaise).
            Matuszewick Herch
           
            Stèle (côté arrière)
            Moscinski Binjamin ( Moscinski Benjamin né le 22 mai 1907 à Breszsac -     Employé chez SOMMER - domicilié au n°4 rue des Cordeliers - déporté le 17     juillet 1942 - convoi n°6)
            Moskowitz Armand
            Ossja Sarah
            Ossja Elie
            (non écrit sur la Stèle : Isidor Pantofel arrêté à Saint-Quentin le 19 janvier 1944     - domicilié à Laon, un certain nombre de Juifs de Laon fréquentaient la     Synagogue de Saint-Quentin...)
            Pik Jacques
            Pik Pola (Perle Pik née Margules née le 15 juillet 1907 à Sierack ( Pologne) -     Couturière - domicilié au n°8 rue Michelet - déportée le 03 août 1942 - convoi     n°2
            Pik Herman
            Padarenski Aron (Podaretzki Aron né le 01 mai 1897 à Brest Litovsk déporté le     29 juillet 1942 - convoi n°12)
            Padarenski Sarah (Podaretzki Sura née le 18 octobre 1912 à Radomsk déportée     le 29 juillet 1942 - convoi n°12).
            Rappoport Hélène (Rapoport Hélène âgée de 31 ans - déportée le 20 juillet     1942 - convoi n°12)
            Rappoport Marcel (Rapoport Marcel né le 17 août 1903 à Grodzec (Pologne) -     déporté le 29 juillet 1942 - convoi n°12)
            Rotenberg Herbert (Rautenberg Herbert né le 04 septembre 1900 à Pressich     déporté le 07 mars 1944 - convoi n°69)
            Rotblat Adela
            Rotblat Leon
            Rotblat Lina
            Saguez Nissim
            Saguez Marie
            Schlamovitch Regina (Schlamowich Régina née le 28 mai 1911 à Kalish -     Pologne - déportée le 30 novembre 1942 - convoi n°40 en date du 03 novembre     1942).
            Stechechelski Flle
            Trauman Gitla
            Weille Marcel (Weiller Marcel né le 11 février 1894 à Saint-Quentin - déporté le     20 janvier 1944 - convoi n°66)
            Non écrit sur la Stèle ( Roger Weill arrêté à Saint-Quentin le 19 janvier 1944 -     domicilié à Marles sur Serre).
            Trauman Gitla
            Malmed Sarah
            Malmed Sonia
            Teboul Jules (Personne qui a été déporté mais qui ne figure pas sur ma liste).
            Non écrit sur la Stèle :
            Henri Beker arrêté à Saint-Quentin le 8 janvier 1944 - né le 19 juin 1928 à     Bruxelles  - domicilié 17 rue Pasteur à Verneuil (Oise) - Ecolier
            François Beker arrêté à Saint-Quentin le 8 janvier 1944 - né le 29 janvier 1924 à     Grodzisk (Pologne) - nationalité polonaise - Marroquinier - domicilié au 17 rue Pasteur à Verneuil (Oise) convoi n°66 en date du 20 janvier 1944.
            Isaac Drai arrêté à Saint-Quentin le 19 janvier 1944 - né le 16 mars 1898 à Oran (Algérie) - nationalité Juif Français - Boucher Cuisinier - domicilié au 150 Bd Ney 75018 Paris. Tout donne lieu à Penser que Mr Henri Beker, François Beker et Isaac Drai étaient venus à Saint-Quentin pour délivrer de faux papiers...
   

Berck-Plage (Pas-de-Calais)

    La ‘’Colonie  Scolaire’’ qui a été fondée en 1926 pour la protection de l’enfance juive s’occupe encore en 1950 de colonie de vacances, d’assistance médicale, de patronage, de foyers d’enfants, de service de parrainage et de vestiaire. Pendant la Seconde Guerre Mondiale,  la ‘’Colonie Scolaire’’ a également un service de camouflage d’enfants. Depuis sa création, elle cogère la colonie de vacances du 21 rue des bains à Berck-Plage (Pas-de-Calais) qui est ouverte du 10 juin au 30 septembre. En 1950, M. Alpérine est Président. L’Association ‘’Pour nos enfants’’ est fondée en 1930. Ces buts sont l’organisation de camps de vacances en été au bord de la mer, camps dans lesquels les enfants sont envoyés gratuitement. Elle possède des foyers pour enfants, fonctionnant pendant l’été à Berck.

 
Lens (Pas-de-Calais)

    Il y a une association similaire à Lens, sous la dénomination de : ‘’Communauté Israélite de Lens et de ses environs’’ ; 19 Avenue Raoul Briquet qui comprend, une association cultuelle, une synagogue, un mikvé, un groupement de jeunes et un service de défense des intérêts Juifs. Le Président est M. I. Schwartz, le Secrétaire : M. Taustein et le Trésorier : M. S. Suskind. Il y a une section à Lens de la Fédération des Sociétés Juives de France et dès 1946 sont fondées les sections lensoises de l’Union des Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs 1939-1945 (U.E.V.A.C.J.) et de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entr’aide (U.J.R.E.).

Boulogne-sur-Mer

    Le 24     septembre 1988 s’est tenu à Boulogne-sur-Mer une table ronde organisée par Danièle Delmaire sur le thème : ‘’Les Camps Juifs dans le Boulonnais (1942-1944)’’.

Beauvais
 
    Une Communauté Juive s’est constituée à Beauvais en 1963. Le Centre Communautaire Isidore Atlan qui sert également de Synagogue a été construit en 1973.

Creil

    Une Communauté s’est créée dans les années 1960 grâce à l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord.
Compiègne

    La première Ligne de Voie Ferrée correspond à Lille - Paris. Ligne du nord financée par la banque Rothschild. James de Rothschild fut maire de Compiègne : [(Chevalier de la Légion d'honneur - Croix de Guerre - Engagé volontaire (23 août 1914) dans l'Infanterie - Sergent-pilote et Sous-Lieutenant-pilote dans l'Aviation - Citation à l'Ordre de l'Armée - Administrateur de la Compagnie de l'Est)].

Chantilly

    La maison de Convalescence "Alphonse de Rothschild",

 Gouvieux

    Un hôpital à Gouvieux prit son nom : Hôpital James de Rothschild ainsi que le Château de la Baronne Léonine de Rothschild.
 

        Voici quelques éléments de l’histoire des Juifs en Picardie, mais elle reste encore à écrire dans sa totalité. Avec l’ouverture des Archives départementales et le lancement d’études plus spécialisées les historiens répareront l’injustice qui a été faite à cette région en ce qui concerne la saga des fils d’Israël depuis le Moyen-Âge.

    C’est avec la plus grande gratitude que j’adresse tous mes plus sincères remerciements à mon ami Franck D’Almeida de m’avoir fourni quelques renseignements sur les Juifs de Picardie notamment à la période contemporaine. Cette étude n’aurait certainement pas vu le jour sans l’aide du personnel de la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle.  Qu’il trouve à cet endroit l’expression de ma reconnaissance.

                                    Frédéric Viey
                                    Juin 2008
 

BIBLIOGRAPHIE

Blumenkranz B. : Art et Archéologie des Juifs en France Médiévale.
Blumenkranz B. : Les Juifs de France, écrits dispersés.
Blumenkranz B. : Documents Modernes sur les Juifs.
Gross Henri : Gallia Judaïca
Loeb Isidore : Un baron Juif français au XVIIIème siècle : Liefmann Calmer. Annuaire
    des Archives Juives.
Depping ; Les Juifs dans le Moyen Age;
Bouquet Dom, Historiens De France, xxv. 768 ;
Dubois, Historia Ecclesiœ Parisiensis, ii. 142 ;
Moréri, Dictionnaire Historique, s.v. Richard ;
        R.E.J. ii. 24, ix 63, xv. 234, 250 ;
Gallia Judaica, pp. 442-445.G. S. K.

Boulogne-sur-Mer UI 6 mai 1898 p. 339
                  UI n° 52 p. 273
                  UI n° 79 (2) p. 399-400
                  UI n° 79 (2)  p. 182
                  UI  1896 La France du Nord
                   UI n° 29 1873-1874 p. 42-44
            AIF 29 août 1873 inauguration du temple.

Lens            UI n° 84 (1) p. 629
            REJ VII p. 118 Notes et documents sur les Juifs de Belgique
            REJ X p. 191
            REJ XV p. 240, 245, 248, 253, 254
            REJ XVI p. 222

St-Quentin
            REJ XX p. 26 Les Juifs de Saint-Quentin sous Saint Louis
            UI n° 90 p. 27  Inauguration du Temple de St Quentin.

Amiens
            Archives Nationales                                                foire d’Amiens
            UI n° 88 (2) p. 157 lettre de protestation contre Hitler
            UI n° 89 (2) p. 522
            UI n° 89 (2) p. 653
            UI n° 90 Inauguration d’une synagogue à Amiens

Berck-Plage
            UI n° 85 (2) p. 106    La Maison de l’œuvre ‘’Pour les Enfants’’

Liefmann Calmer    Annuaire des Archives Israélites

Senlis:             R. E. J. v.-245; xv. 234, 240;
Delisle, Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, Paris, 1856;
Beugnot, Les Juifs de l'Occident, i. 90, Paris, 1824;
Gross, Gallia Judaica, pp. 440-660;
Disputation of Jehiel, ed. Thorn, p. 16, 1873.S. J. Ka.

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Vos réactions

  1. remi.vassal1@free.fr'Michel VASSAL

    Bonjour,
    J’ai été très touché par l’article de Frédéric Viey paru en juin 2008 et sur lequel je viens de tomber par hasard : je faisais une recherche qui n’a aucun rapport avec le sujet. Cet article, paru sur votre site en juin 2008, est intitulé « LES JUIFS DE PICARDIE ». En effet c’est la première fois que l’on écrit sur mon grand oncle Jules AVRACH (frère d’Emile AVRACH qui était médecin à Saint-Quentin). Jules AVRACH était passionné de violon et de dessin. Avant la guerre il était designer en Allemagne dans une verrerie. La verrerie (nommée Haidemuhl glasswerk) a été confisquée par les allemands. Rien n’est resté de lui si ce ne sont quelques photos et son portrait en noir et blanc. On m’a raconté lorsque j’étais enfant que les nazis l’ont fait mourir de faim. Mais je n’avais jamais vu son nom sur une stèle ou dans un registre de déportés. Comme s’il était virtuel. Et tout d’un coup, soixante sept ans plus tard, cet homme, qui aurait pu être mon grand-tonton Jules s’il avait survécu, qui peut-être m’aurait appris la musique, existe: un inconnu parle de lui sur Internet. Mon grand-oncle Jules était un être paraît-il extrêmement sensible et je vous assure que pour lui, qui aimait les autres, la barbarie nazie a dû être particulièrement l’Enfer. Maman ayant perdu la mémoire suite à une maladie d’Alzheimer, presque toute ma famille étant décédée -je n’ai pas de contact avec les rares survivants de cette époque qui sont à l’étranger-, j’aimerais rencontrer des personnes de Saint-Quentin qui ont connu, et qui pourraient me parler d’Emile, mon grand-père, et de son frère Jules que je n’ai pas connu.
    De mes racines je ne connais presque rien.

    J’attends une réponse de votre part, peut-être une adresse d’association ou quelque chose comme ça.
    Je trouve que les noms sur les stèles sont muets, ils ne parlent pas de l’âme des gens.
    Cordialement,
    Michel Rémi Vassal
    Petit neveu de Jules Avrach, oublié comme tant d’autres, surnommé AORACH sur une stèle à Saint-Quentin.

    Répondre
  2. franck.d-almeida@wanadoo.fr'Franck d'Almeida-Zolty

    Pour répondre à la première réaction, je suis Franck d’Almeida – (Zolty) petit-fils de David Kalma Zolty (Président de la Communauté de Saint-Quentin), je suis la personne qui a dressé la liste des déportés. Ma famille se souvient bien de Jules Avrach. Franck d’Almeida-Zolty (Parent d’Herschel Feibel Grynszpan) http://www.myspace.com/Francky2

    Répondre

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