Des milliers d’appartements initialement destinés au grand public attribués à la communauté ultra-orthodoxe
Un détournement silencieux dans l’attribution des logements publics
Selon un rapport révélé par Channel 13, des milliers de logements sociaux construits pour l’ensemble de la population israélienne ont été discrètement réattribués à des familles issues de la communauté ultra-orthodoxe. Ce transfert massif remet en question les principes d’équité dans la distribution des biens publics et provoque de vives réactions au sein de la société civile.
Des logements financés par le contribuable, réservés à un public ciblé
À l’origine, ces appartements devaient répondre aux besoins généraux de la population israélienne, en particulier aux jeunes couples et aux familles modestes.
Cependant, sous l’influence de ministres et d’élus ultra-orthodoxes, une part significative de ces projets a été réorientée pour répondre spécifiquement aux exigences de leur électorat.
Dans certaines localités, comme Beit Shemesh, Elad ou encore dans certains quartiers de Jérusalem, plus de 80 % des logements ont été attribués à des familles haredies.
Une politique assumée par les ministres concernés
Le ministre du Logement, Yitzhak Goldknopf (du parti Yahadout HaTorah), n’a pas caché sa volonté de “répondre en priorité aux besoins pressants de la communauté ultra-orthodoxe”, évoquant “une urgence démographique et sociale”.
Pourtant, aucune annonce officielle n’a été faite concernant la modification des critères d’attribution. De nombreuses familles non haredies qui avaient postulé pour ces logements abordables découvrent aujourd’hui, à leur grande surprise, que leurs chances se sont évaporées.
Un impact explosif sur l’aménagement du territoire
Cette réaffectation sélective ne se limite pas à une question de justice sociale : elle modifie en profondeur l’équilibre démographique de certaines villes et pèse sur les infrastructures locales. Là où une mixité était initialement prévue, c’est désormais une homogénéité communautaire qui s’installe, entraînant parfois des tensions et des départs massifs d’habitants non haredis.
“On nous a tout simplement ignorés”, témoigne une jeune mère de famille qui avait candidaté pour un logement à Elad. “Nous travaillons, nous payons nos impôts, mais nous ne sommes plus prioritaires.”
Des conséquences politiques et sociales inquiétantes
Cette stratégie pourrait, à terme, accentuer la polarisation sociale en Israël, alimentant un sentiment d’injustice chez de larges pans de la population. Le manque de transparence dans l’attribution des logements, couplé à la pression démographique ultra-orthodoxe, pourrait fragiliser encore davantage la cohésion nationale.
Des organisations citoyennes commencent à mobiliser l’opinion publique contre ce qu’elles qualifient de “spoliation déguisée”, appelant à un réexamen des critères d’attribution et à un retour à des procédures égalitaires.
Des organisations citoyennes en première ligne pour défendre le droit au logement pour tous
Face à ce détournement massif de logements publics, plusieurs organisations citoyennes montent au créneau pour exiger une politique plus équitable.
Parmi elles, Standing Together (Omdim Beyachad) milite activement pour une répartition juste des biens publics entre toutes les composantes de la société israélienne.
Le mouvement Torat Tzedek, dirigé par le rabbin Arik Ascherman, rappelle de son côté que le droit au logement est un droit fondamental inscrit dans l’esprit de justice sociale du judaïsme.
D’autres initiatives issues de la “Révolte des tentes” de 2011 continuent également de faire pression sur les autorités pour garantir l’égalité d’accès au logement.
Enfin, l’Association pour les Droits Civils en Israël (ACRI) documente régulièrement les dérives de certaines politiques locales, dénonçant les pratiques discriminatoires qui fragilisent la cohésion nationale.
Ensemble, ces acteurs de la société civile incarnent une résistance déterminée à la privatisation communautaire de l’espace public, en réaffirmant que le logement doit rester un bien accessible à tous.
Une bataille pour l’âme du pays
Au-delà des chiffres et des procédures administratives, c’est l’âme même d’Israël qui est en jeu.
Le droit au logement, élément fondateur de toute société démocratique, ne saurait être réduit à une logique communautariste ou électorale.
Chaque citoyen, quelle que soit son origine ou sa pratique religieuse, doit pouvoir espérer accéder à un toit dans la dignité.
La lutte des organisations citoyennes pour défendre ce principe n’est pas seulement une question de justice sociale : elle est l’expression vivante d’un idéal national qui refuse de céder à la fragmentation.
Dans un pays où la diversité a toujours été une force, préserver un accès équitable au logement est un enjeu vital pour garantir l’unité, la stabilité et l’avenir commun de toute la nation.
ppa