L'afflux d'immigrés de l'ex-URSS contribue au renouveau de la communauté juive de Berlin

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synaber.jpgBERLIN CORRESPONDANTE

Discrète, au fond d'une arrière-cour de Prenzlauer Berg, un quartier de l'est de Berlin, la synagogue de la Rykestrasse est l'un des rares lieux de culte juifs à avoir échappé à la folie destructrice de la Nuit de cristal. L'édifice de briques rouges accueillait, dimanche 9 novembre, la cérémonie officielle de commémoration de ce pogrom organisé par les nazis il y a soixante-dix ans.

Cette synagogue, la plus grande d'Allemagne, a rouvert ses portes à l'été 2007, après trois ans de travaux de restauration. Tout un symbole pour la communauté juive berlinoise qui, malgré les blessures du passé, connaît un singulier renouveau.

A la chute du Mur en 1989, quelque 6 000 juifs vivaient dans la capitale allemande. Aujourd'hui, ils sont plus de 11 000. Et même probablement le double, si l'on compte tous ceux qui ne sont pas déclarés officiellement. "On peut dire qu'il s'agit d'un miracle : l'Allemagne est redevenue un haut lieu du judaïsme. Et c'est particulièrement vrai pour Berlin, qui agit comme un aimant", s'enthousiasme, dans un allemand mâtiné de yiddish, Yitzhak Ehrenberg, le grand rabbin orthodoxe de la capitale.

Cette nouvelle vitalité, la communauté la doit aux juifs de l'ex-URSS, arrivés en vagues successives depuis le début des années 1990 : dotés par le gouvernement de l'Allemagne réunifiée d'un statut privilégié, ils ont été plus de 200 000 à gagner le pays en une quinzaine d'années, en particulier Berlin où vivait déjà une importante minorité russophone. Grâce à eux, l'Allemagne est devenue la première terre d'émigration juive en Europe.

NOUVELLE GÉNÉRATION

"Pendant longtemps, les juifs d'Allemagne ont vécu isolés, complexés d'être restés au pays de l'Holocauste. Mais l'arrivée des "Russes" leur a redonné une légitimité aux yeux du monde juif. Beaucoup d'institutions d'Israël et de la diaspora ont décidé de développer des projets culturels et religieux à Berlin", explique le rabbin Ehrenberg.

En septembre 2006, pour la première fois depuis 1940, trois rabbins formés au séminaire de Potsdam, près de Berlin, ont été ordonnés. Ces dernières années, les inaugurations et cérémonies officielles se sont multipliées dans la capitale. La communauté berlinoise dispose aujourd'hui de dix synagogues, d'écoles, de bibliothèques et de centres culturels. Dans certains quartiers, les restaurants et les épiceries casher refleurissent.

Les immigrés d'ex-URSS ont beau avoir assuré la pérennité de la communauté, leur intégration n'a pas toujours été facile. A leur arrivée, "la plupart n'avaient jamais pratiqué le judaïsme, ils ne savaient rien ou presque de la culture juive", explique Aharon Tähtinen qui siège au conseil des représentants de la communauté de Berlin.

Tous n'ont d'ailleurs pas cherché à renouer avec la tradition religieuse, tel Wladimir Kaminer, écrivain russe à succès et animateur des nuits berlinoises lors des célèbres soirées Russendisko. A ses côtés aux platines, l'Ukrainien Yuriy Gurzhy a créé le groupe Shtetl Superstars et remis au goût du jour le klezmer, folklore musical des juifs d'Europe de l'Est qui a su conquérir un public à Berlin.

Les "Russes" ne sont pas l'unique composante de l'univers juif berlinois. Dans le quartier des Granges, l'ancien ghetto juif, se succède aujourd'hui les galeries exposant les oeuvres d'artistes israéliens ou juifs américains. Ouverte et cosmopolite, la ville attire une nouvelle génération venue du monde entier.

Un retour à la normalité pour Berlin qui fut, avant guerre, l'une des capitales du monde juif ? "Nos enfants, qui ont grandi ici, s'y sentent bien, raconte Gala Grodynskaja, professeur d'allemand pour les immigrés d'Europe de l'Est, elle-même arrivée de Moscou il y a dix-huit ans. Mais quelles que soient nos origines, nous ne pourrons jamais ressentir une confiance totale."

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