« The Artist »parPr Hagay Sobol

Chronique Cinéma - le - par .
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Pr Hagay Sobol

Réalisé par Michel Hazanavicius, produit par Thomas Langmann et distribué par Harvey Weinstein, « The Artist », est un véritable OVNI dans le paysage audiovisuel actuel. Il a pour thème l‘arrivée du cinéma parlant et les bouleversements que cela a engendré dans l’industrie cinématographique. Tourné en noir et blanc, et muet de surcroit, il multiplie les références au 7ème art. Cela aurait pu être un film scolaire et « précieux ». En fait c’est tout le contraire. C’est une œuvre totalement maîtrisée et riche en émotions. On ne sait ce qu’il faut admirer le plus, le jeu des acteurs, la mise en scène, le scénario, ou la prise de vues.

C’est un film qui aimes les acteurs et qui le lui rendent bien. On a tout dit de la performance exceptionnelle de Jean Dujardin ressemblant à s’y méprendre tour à tour à Douglas Faibanks, Clark Gable ou Gene Kelly. Un Prix d’interprétation du Festival de Canes amplement mérité. Mais aussi Bérénice Béjot qui avec quelques expressions en dit plus que bien des dialogues avec ses airs de Cyd Charrise ou de Leslie Caron. Leur jeu tout en nuance, et leur talent éclatant sont magnifiés par les prise de vues savantes et amoureuses de Guillaume Schiffman qui met en valeur leur regard et le moindre de leurs mouvements.

Ce film est un poème dédié au Cinéma. On pense à « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen qui raconte une histoire proche. Bien sûr à Chaplin. A Hitchcock avec la scène du verre qui introduit pour la première fois la sonorisation, objet d’effroi pour Georges Valentin star déclinante du muet. Mais aussi à la « Rose pourpre du Caire », quand Jean Dujardin devant l’écran blanc après avoir visionné ses gloires passées voit son ombre le fuir. Ou encore ce bras imaginaire qui enlace l’étoile montante Peppy Miller et qui rappelle les portes flambeaux de la « Belle et la bête » de Cocteau.

C’est un film d’amour, une ode aux sentiments et aux passions et pourtant il n’y a que de rares étreintes. C’est le schéma inverse des « Enchainés » qui pour échapper à la censure puritaine de l’époque avait dû entrecouper de dialogues un long baisé entre Cary Grant et Ingrid Bergman. Dans les deux cas c’est la contrainte formelle qui sublime le résultat. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas éprouvé d’émotions aussi fortes.

Mais ce film ne serait pas ce qu’il est sans la bande son que l’on doit à Ludovic Bourse, un complice de longue date qui retrouve Michel Hazanavicius pour la 4ème fois. La musique épouse la narration et s’adapte à tous les changements d’ambiance et de styles, allant des grands classiques Hollywoodien tel Bernard Herrmann, en passant par la comédie musicale et le Jazz. On s’y croirait et on en redemande.

Avec tous ces emprunts, on pourrait penser que « The Artist » est un exercice de style un peu vain visant à glorifier un âge d’or à jamais révolu. En fait, en revisitant d’anciennes recettes, comme récemment le film « 8 mm » de Joël Schumacher qui est à l’image des réalisations à succès de Steven Spielberg dans les années 80, il délivre un message au contenu riche et très actuel. Les grands films sont comme les grands textes, ils génèrent de multiples interprétations. Ainsi, « The Artist » est un film sur le cinéma, la modernité, la crise de 29, sur les affres de la création artistique, et la chute d’un artiste autrefois au sommet, un vrai mélo et un film où la femme est l’avenir de l’homme. Bref un film à voir absolument !

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