Eloanor the Great : Une façon inédite de raconter la Shoah, la survivance par procuration -vidéo-

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Eloanor the Great : Une façon inédite de raconter la Shoah

Ce film bouleversant, trop peu remarqué, ose une approche totalement inédite de la Shoah : raconter l’indicible non pas à travers la survivante, mais à travers celle qui en a été la confidente.
Eloanor the Great dévoile la puissance paradoxale d’un témoignage transmis, réincarné presque malgré soi, elle porte la mémoire de son amie rescapée comme si elle l’avait vécue elle-même. Une manière déroutante et profondément humaine de faire entendre une voix que la mort avait déjà fait taire.

ELOANOR THE GREAT Une façon inédite de raconter la Shoah

Une survivante, une confidente 

Pendant onze ans, Eleanor a partagé son quotidien avec sa meilleure amie Bess, survivante de la Shoah.
Une proximité rare, presque fusionnelle, qui la plaçait face à une histoire qu’elle n’avait jamais vécue, mais qu’elle a absorbée avec une empathie bouleversante.
Bess lui confiait ce que même les rescapés taisent parfois jusqu’à leur dernier souffle.
Elle revivait la scène, littéralement. Ce n’était pas « il y a cinquante ans ». C’était hier.
C’était encore là, brûlant dans sa mémoire.

Parmi ces récits, il y avait celui de son petit frère, abattu de quatorze balles en plein visage par des officiers SS. Il venait pourtant de réussir, comme elle, à sauter du train qui les emmenait à Auschwitz.
Bess racontait tout, sans filtre, comme si le temps n’avait rien effacé. Et Eleanor l’écoutait. Elle qui n’avait jamais connu cet enfer. Elle qui était juive certes, mais seulement depuis sa conversion en 1953.

Elle conclue avec cetteréflexion " il m'a fallu du temps pour me remettre à prier Dieu"
" mais maintenant je sais pourquoi moi j'ai survécu et pas mon frère , Dieu m'a sauvé la vie pour que je te raconte mon histoire"

Quand Bess meurt, c’est comme si son secret l'avait libéré

Le retour à New York, et le surgissement de l’inexplicable

Après le décès de Bess, Eleanor retourne chez sa fille à New York. Sans prévenir, un besoin puissant la saisit : elle veut faire sa bat-mitsva, renouer avec la communauté, reprendre sa place dans un judaïsme qu’elle n’avait jamais vraiment habité. Tout semble soudain urgent. Comme si quelque chose l’appelait.

Était-elle habitée par le souvenir de Bess ? Avait-elle besoin de s’approcher d’elle encore, d’une autre manière ?

Puis survient ce moment déroutant. Lors d’une prise de parole publique, Eleanor raconte l’histoire de Bess. Mot pour mot. Non pas comme le récit d’une autre, mais comme si cette tragédie était la sienne. Elle dit le train. Elle dit l’évasion. Elle dit les quatorze balles qui ont stoppé la vie d’un enfant. Elle dit tout.

Très vite, on découvre que ce témoignage n’est pas le sien.

Et une question vertigineuse surgit : pourquoi a-t-elle fait ça ?

Entre vérité et fidélité : ce que dit la paracha de sa bat-mitsva

La paracha choisie pour sa bat-mitsva n’était pas anodine : Yaacov et Essav. L’histoire d’un fils qui trompe son père pour obtenir une bénédiction. Parfois on trompe pour préserver. Parfois on prend la place d’un autre pour porter ce qu’il ne peut plus porter.

Eleanor n’a jamais voulu trahir. Elle n’a jamais voulu voler un destin. Elle a peut-être voulu protéger celui de Bess. Empêcher que son histoire disparaisse avec elle. La ramener dans le monde des vivants une dernière fois.

Yaacov ne vole pas seulement une bénédiction. Il empêche qu’elle soit perdue. Il « devient » temporairement un autre pour obtenir la parole qui lui échappe.

Dans cette lumière, le geste d’Eleanor n’est plus une appropriation, mais une métaphore biblique : elle prend la voix de Bess pour qu’elle existe encore un peu dans ce monde.

Une voix pour celle qui n’en avait plus

À mesure que les proches comprennent ce qui s’est joué, le jugement s’efface. Eleanor n’a pas usurpé. Elle a incarné. Elle a transmis. Elle a été le porte-voix de Bess, celle qui ne pouvait plus raconter. Elle a rendu audible un témoignage que la Shoah avait presque englouti.

Dans ce film remarquable mais trop peu remarqué, elle apparaît comme un chaînon étrange et bouleversant entre deux vies : celle de Bess, brisée mais intacte dans la mémoire, et la sienne, qui a soudain accepté de porter un récit qui n’était pas le sien pour qu’il ne disparaisse jamais.

Un trouble qui dérange autant qu’il éclaire

Ce trouble ne condamne pas Eleanor. Il montre la violence d’un héritage que même les victimes n’arrivent pas toujours à transmettre.

Le film installe peu à peu une zone de trouble dont personne ne sort indemne.
Eleanor n’a rien inventé, elle n’a rien détourné ; pourtant, en racontant l’histoire de Bess comme la sienne, elle bouscule l’ordre habituel du témoignage.
Son geste interroge. Est-ce une maladresse ? Une ultime fidélité ? Un instinct irrépressible de sauver une voix prête à s’éteindre ? Dans cette hésitation, le film atteint une profondeur rare : il montre ce que la Shoah fait encore aux vivants, même à ceux qui n’y étaient pas.

Le passé ne s’efface pas. Il cherche un corps pour continuer à parler. Et parfois, ce corps se trouve là où personne ne l’attendait. Eleanor devient alors l’instrument involontaire d’une mémoire en quête d’abri, comme si la tragédie de Bess refusait de disparaître avec elle et avait trouvé refuge dans la seule personne capable de l’entendre jusqu’au bout.

Est-ce une histoire vraie ?

Le film Eleanor the Great s’inspire d’un personnage réel : la grand-mère de la scénariste Tory Kamen, elle-même nommée Eleanor, qui a déménagé de Floride à New York à un âge avancé. 

Mais le cœur dramatique du film , à savoir la partie où « Eleanor » prétend être rescapée de la Shoah est bien une invention scénaristique : ce n’est pas tiré d’une histoire vraie. 

L'inspiration de départ est réelle un déménagement, la solitude, la vieillesse, la quête d’appartenance  mais l’intrigue autour du faux témoignage de la Shoah est fictive. 

 

 

 

 

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