Entretien avecRaphael Nadjari pour son film présenté à la quinzaine des réalisateurs en Séléction officielle au Festival de Cannes

Chronique Cinéma - le - par .
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Raphael3-nadjari.jpgOn était sans nouvelles du réalisateur franco-Israélien Raphaël Nadjari, depuis son dernier film sorti en 2007 (!) Tehilim, et pourtant grand habitué du Festival de Cannes lui aussi; aujourd'hui A strange Course of events fait partie de la Sélection officielle de la Quinzaine des réalisateurs. La mise en scène de Raphaël Nadjari, délicate, tremblée, fondée sur une part d’improvisation des acteurs, sur une immersion dans un lieu et ses vrais habitants, sur une observation placide des comportements de ses personnages, ne juge pas. 

Ce n’est pas un cinéma de réponses, de causes à effets efficaces et d’histoires bien bouclées, mais un cinéma de vérité; de questions ouvertes qui parfois ne se referment pas. A une certaine clôture de la dramaturgie classique (telle que serait la dominante du cinéma d'Hollywood, avec le happy end obligé), Nadjari préfère opter pour l’ouverture d’une attitude philosophique: Aussi comme toute son œuvre, le rythme du film peut changer en cours de route de la comédie (burlesque parfois) aux larmes!

 Vient de cette fragilité, de cette modestie, le plus simple, le plus sensible, le plus quotidien. A Strange course…montre l'existence de relations difficiles entre un père et son fils. Shaul, la quarantaine, rêveur et mélancolique. Sur un coup de tête, il décide un jour de rendre visite à son père qu’il ne voit plus depuis cinq ans et qu’il tient pour responsablede tous ses maux.

A Haïfa, en quelques jours mouvementés, il découvrira un père transformé, un monde autour de lui réinventé et, peut-être, l'espoir d'une vie nouvelle.

Nous avons rencontré le réalisateur du film, il a accepté de répondre à nos questions:

L.B: La communication, les dialogues, sont rares, le film cependant reste très visuel…

Raphaël Nadjari: L'écriture cinématographique me plaît parce que c'est une écriture en image. C'est aussi un film, comme vous l'avez remarqué sur l'incommunicabilité; Shaul et son père Shimon qui ne se sont pas vus depuis 5ans et ne communiquent pas ou mal. On pourrait dire que chacun des personnages reste dans leur propre bulle.

L.B: Alors, justement comment pouvez-vous décrire cette relation?

R.N: La relation père fils était déjà présente dans mon précèdent film Tehilim qui était tourné à Jérusalem. Dans ce film, le père disparaissait; et toute la trame était justement la recherche du père. Dans A strange Course of events, Shaul remarque que son père n'arrive quelquefois même pas à le reconnaitre! Aux comédiens, je leur avais demandé de traduire la définition de l'Amour. Ce qui a été le point de départ de l'aventure du film.

L.B: Vous avez tourné à Tel Aviv, pour Avanim, puis à Jérusalem pour Tehilim, et même New York pour Appartement 5#C aujourd'hui Haïfa; Pourquoi? Quel attachement portez-vous aux villes?

R.N: J'étais très content de pouvoir retourner à Haïfa; et surtout d'y jeter un regard si diffèrent du Haïfa de quand j'étais plus jeune. Dans toutes les villes où j'ai pu tourner, ce sont des lieux uniques: nul besoin de rajouter des décors, ni de trafiquer quoi que ce soit; aussi en Israël, il y a autant d'endroits différents qu'uniques. 

L.B: A quoi ressemble votre cinéma?

R.N: Ce qu'il y a de touchant dans son cinéma, c'est la simplicité. Les personnages ne sont pas artificiels: ils peuvent représenter chacun de nous. En effet, nous pouvons soit percevoir quelqu'un de notre famille, soit tout simplement se reconnaitre. L'effet miroir. J'ai voulu que mon film soit proche des gens. Il est difficile de faire des choses simples au cinéma aujourd'hui, puisque nous vivons dans un monde où la technique reste primordiale.

L.B: Juste avant votre dernier film, vous aviez réalisé un excellent documentaire sur le cinéma israélien de ses débuts à aujourd'hui (disponible chez Arte Vidéo); que vous a-t-il appris? 

R.N: Le cinéma israélien a réussi le pari de parvenir à toucher un large public international tout en se distinguant en festivals. Il est un cinéma particulièrement attaché aux mécanismes sociaux et humains. Quel que soit le genre abordé, du polar à la comédie, du drame à la drôlerie, l’essentiel de la production israélienne offre, quasi systématiquement, un regard ciselé, pertinent, audacieux, et finalement à contre-courant du discours étatique, sur une réalité sociale complexe, subie par la population.

A Strange Course of Events ne connait toujours pas sa date de sortie française.  

Laurent Bartoleschi.

 

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