Claude Lelouch et Elie Chouraqui une rencontre et une interview extraordinaire par Laurent Bartoleshi

Chronique Cinéma - le - par .
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Il y a des couples mythiques dans l'histoire cinéma: Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, John Williams et Steven Spielberg, … Ce sont des binômes indissociables.


En France, il y en a très peu. Francis Lai et Claude Lelouch forment ce couple majeur. Un spectacle autour des films de Claude Lelouch, on pouvait en rêver, notre ami Elie Chouraqui l'a fait! 


Pendant plus d'1h40, un orchestre symphonique, des chanteurs et des danseurs vont faire revivre les plus belles musiques de film composées par Francis Lai. Aussi, cette charge émotionnelle captivera, les 4, 5 et 6 septembre prochain dans la Cour d'Honneur de l'Hôtel National des Invalides toutes les générations, comme nous l'expliquent si bien Elie Chouraqui, Claude Lelouch et Francis Lai.

L.B: Que représente un tel spectacle?

Elie Chouraqui: Écrire un spectacle autour des films de Claude était un grand pari pour moi; on a tous en tête, ce merveilleux Boléro de Ravel sur le parterre du Trocadéro avec la chorégraphie de Maurice Béjart. C'est un spectacle qui n'est autre que le reflet du travail de deux hommes de génie, Claude Lelouch et Francis Lai. Cette extraordinaire complicité, entre le musicien et son metteur en scène, dont ils sont un exemple parfait, m'a fait penser qu'il pouvait y avoir à monter un spectacle. La démarche a été si intense et si minutieuse.

L.B: Pourquoi?

E.C: La démarche était de partir sur une sélection de musiques et non de films. C'est pour cela que des chefs d'œuvre comme la Bonne année, le Chat et la souris ne figurent pas dans le spectacle. Donc, une sélection très difficile à définir. Cependant, additionnée-la à des images aussi cultes qu'émouvantes, accompagnée d'une belle narration, attendez-vous à un résultat plus qu'exceptionnel!

L.B: Es-ce que Claude Lelouch s'y est impliqué?

E.C: Non, Claude m'a fait un immense cadeau, celui de m'autoriser à piocher dans ses films.

L.B: Mais au fait, comment vous-êtes-vous rencontrés?

E.C: J'ai eu, en effet, cette grande chance à 19ans de rencontrer Claude. Tout à fait par hasard, par l'intermédiaire de l'un de ses comédiens fétiches, Charles Gérard. On jouait ensemble au volley-ball, Claude était présent. De fil en aiguille, alors que je ne me destinais pas à une carrière cinématographique, je suis devenu l'un de ses premiers assistants dans certains de ses films.    

L.B: Et donc, comment vous est venue cette idée de spectacle?

E.C: C'était de faire un spectacle à partir de ces images et de ces musiques. Quelque chose de très pur, qui parle simplement de ce très beau travail qu'ils ont fait au quotidien. Il faut rappeler que Claude Lelouch a fait pas moins de 45 films qui retracent toute une période de nos vies – en tout cas la mienne. 


C'était à l'âge de dix-sept ans (avec ma sœur) que j'avais été voir Un Homme et une femme. A la sortie de la séance, les deux choses qui m'étaient restées en mémoire, la musique et la beauté de l'actrice (Anouk Aimée, NDLR). Entre ce film et aujourd'hui, Claude et moi avons les rapports que nous avons; son travail a toujours été pour moi une belle source d'imagination. Indispensable.  


L.B: Que représente la musique pour vous?

Claude Lelouch: La musique est capitale dans tous mes films. J'essaie à travers mes films de parler au cœur des gens, plutôt que leur matière grise. La musique réveille nos sens et notre instinct, et c'est ce dernier que j'ai envie de toucher chez les spectateurs. Une vraie obsession pour moi. J'ai eu l'opportunité de débuter ma carrière en réalisant des scopitones, l'ancêtre des vidéos clips (Françoise Hardy, Richard Antony,…). J'ai très vite compris l'importance de la musique par rapport à l'image. C'est ce qui parle le mieux à notre inconscient. Il nous dit que nous sommes éternels, alors que notre intelligence, notre conscience nous dit que nous sommes mortels. J'ai toujours su que la musique serait un des acteurs principaux dans tous mes films. Et je crois que c'est ce que les gens aiment dans mes films, tandis que d'autres détestent profondément.


L.B: Quelle est la manière dont travaille Claude Lelouch?    

Francis Lai: Il me disait toujours qu'il ne souhaitait pas d'une musique qui fasse doublon avec l'image, mais d'une musique qui a son propre rôle à jouer, au même titre qu'un acteur, comme il vient de le dire. D'où une vielle habitude de composer avant le tournage, ce qui fait que je ne risque pas d'être tenté de "paraphraser" l'image. Je reconnais que je me sens mieux avec cette méthode-là et dans mes expériences avec d'autres metteurs en scène, j'ai toujours essayé de retrouver cette façon de travailler. 


Laurent Bartoleschi

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