Joséphine de Meaux et Arié Elmaleh nous ont reçu au théâtre La Bruyere, où ils jouent actuellement dans une pièce intitulée Le bug d'après Richard Strand, adapté et mis en scène par Beata Nilska; ils partagent l'affiche avec Eric Savin, Edith Vernes et la participation de Delphine Depardieu et de Claude Brasseur .
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Laurent Bartoleschi: Alors qui est- ce qui veut se lancer dans le pitch, comme on dit?
Joséphine de Meaux: Cela se déroule dans une grande entreprise à plusieurs étages. Nous sommes au niveau de l'administration, où un petit employé qui vient des ateliers du bas, qui monte dans ces bureaux, car il a peur de se faire muter voire virer: il a comme un soupçon. Et petit à petit, un engrenage, une espèce de paranoïa va s'installer; il veut s adresser au P.D.G.
Arié Elmaleh: Il sera confronté à la hiérarchie de cette entreprise, ultra rigide, qui empêche toute communication.
LB: C'est un univers très kafkaïen, avec toute cette paranoïa, et également orwellien, avec des détails provenant de son roman 1984 comme les télécrans qui diffusent en permanence ce que les employés doivent faire et dont ils s'exécutent au doigt et à l œil.
AE: Je n'ai pas lu Orwell, cependant la pièce donne un ton plus burlesque et farcesque que Kafka;
il ne s'agit pas d'enfermement, le propos est de savoir qui détient le pouvoir dans cette entreprise et sans dévoiler quoi que ce soit ça n'avancera pas beaucoup. Il y a quand même, effectivement, une absence de communication entre les employés de bas étage et ceux de l administration. Exprimer ses peurs, son désir, ses idées, exprimer son sentiment par rapport au travail que l'on fait c'est quasi impossible.
LB: Vous avez des rôles tres physiques: vous allez un peu à droite, un peu à gauche, vos personnages sont tres indécis, un peu à la manière de pierre richard dans les années 70, en êtes vous inspirés ?
JdM: C'est vrai qu'il y a une part tres clownesque dans mon rôle.
AE: Je n'ai pas été cherché quelconque inspiration. J'ai lu la pièce et le personnage m'a parlé tres rapidement, la fragilité de ce gars qui ne sait pas comment s'y prendre, qui ne contrôle rien, qui ne sait pas exprimer son souhait. C'est cela même qui m'a plu. Dès qu'il franchit ce bureau où se trouve ces employés dominants, il ne contrôle plus rien, mais il est malin et il sait où il veut en venir. Son problème réside dans sa non confiance en lui. En somme, il est complètement terrassé.
JdM: Les employés ne sont même pas capables de l'aider. Ils n'arrivent pas à gérer son problème. Et surtout ce ne sont pas des robots: ils sont humains après tout, ils se donnent une image robotique certes, par leur job, ils essaient d'être robotiser pour être le plus performant possible.
AE: La robotisation ça n'existe pas, c'est une image c'est une vue de l'esprit, les employés on ne peut pas les robotiser. Ils sont formatés, c'est leur environnement qui est carré, ils ont plein d'émotions.
LB: Josephine, vous n'avez pas peur de rester "coincer" dans ce genre de rôle (qui vous va à merveille), de soumise, qui peut sortir soudain de sa réserve; on se souvient évidemment de nos jours heureux.
AE: Elle est déjà coincée, elle ne s'en sortira indemne dans la pièce (rires).
JdM: Déjà, je serai toujours moi-même. Ensuite, il y a une tendance en France, de manquer d'imagination et de donner des rôles aux gens qui ont l'habitude de leur rôle. Pour l'instant, je suis dans ce genre de situation et cela ne me déplait pas.
AE(à JdM): Pour rebondir sur ça, il faut dire que tu as de très bons rôles, que tu joues très naturellement avec ton tempérament, ton caractère et ton charisme.
JdM: Je suis une actrice très physique et oui j'aime bien ça.
LB: Vous avez tout de suite accepté un rôle tel que celui là ?
AE: J'ai rencontré Beata Nilska dans un café parisien et l'histoire m'a bien plus et j'ai tout de suite dit oui en lisant la pièce. L'écriture était assez particulière et ça promettait quelque chose. Il y a comme un exercice de style, c'est pas du tout une pièce réaliste, enfin, c'est assez outrée, assez burlesque, on la joue pas le plus naturellement possible : c'est une farce sur le monde de l entreprise; dans la vie d'ailleurs, heureusement qu'il ne soit pas comme ça .C'est cette gageure là qui est intéressante, de donner corps à cette pièce, avec sincérité, donner vie à cet univers et c'est ce qui me plaisait. Ce type de jeu de montrer qu'on ait peur, il y a comme une obsession qui plane dans la pièce et pour revenir à ce que vous disiez plus haut physiquement c'était tres intéressant.
LB: Vous sentez vous plus à l'aise au théâtre qu'au cinéma?
AE: Ce n'est pas pareil, c'est plus stimulant il y a un public face à nous donc il faut y aller. C'est plus excitant on va dire. Quant n'est il de toi ma chère Joséphine? (demande Arié)
JdM: Pour moi il n y a pas beaucoup de différence: le cinéma, c'est plus de la performance sur un temps extrêmement court et il faut être extrêmement concentré, alors qu'au théatre c est plus étendu. Je ne vois pas l un sans l autre: faire que du cinéma, c'est "dangereux" en tant que comédien, on se donne beaucoup et on reçoit peu, alors qu'au théâtre on travaille sur soi, on avance, on a le temps de répéter, au cinéma, tout va tres vite, il faut rapidement enchainer .En tout cas, moi j'aime les deux.
Propos recueillis par Laurent Bartoleschi