Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Sharon Ya’Ari : turbulences du réel
Le réel selon Sharon Ya’Ari est proche d’un certain chaos. L’artiste israélien ne l’élargit pas. Mais ne le réduit pas non plus. Les paysages deviennent des formes hallucinées et grouillantes tout en demeurant parfaitement réalistes. Une telle œuvre en appelle à l’émotion : nul besoins de code ou de codex pour monter dans son imbroglio puisqu’en quelque sorte, venu d’Israêl, il s’agit du nôtre. D’où une paradoxale sorte de transparence ou de « transpassabilité » en des martingales sauvages mais urbaines - dans Jérusalem par exemple.

Ya'ari artiste du réel
Les arbres jaillissent parfois comme nées d’accidents. Les formes s’embrouillent ou s'envolent sans la moindre condescendance à un goût réglé. Le joie se mêle à la tristesse. Mais un culte est rendu à la beauté au sein d’impressions vécues dans un monde des marges des cités.

Ya'ari artiste du réel
Parfois les formes passent les unes par-dessus les autres, s’entrecoupent, s'entrecroisent, se frottent à la lumière ou fuient dans la profondeur de champ pour tourner le dos ou faire face au photographe.
Chaque oeuvre propose un brouillage des réalités ou des références mais afin de donner une autre vision à ce qui nous entoure. Au faste de l’ornemental fait place la capacité de vies simples. C’est un bouquet irrationnel, un défaut dans la cuirasse des apparences.
S’en suivent les remous, les effusions poétique de toute ce qui exprime l’existant et l’existence.
Bettina Rheims : hors du monde dedans
Bettina Rheims, "Les détenues", Préface de Robert Badinter, textede Nadeije Laneyrie-Dagen et de la photographe,. Editions Gallimard, 2018, 180 p., . Exposition Château de Vincennes du 9 février au 30 avril 2018.

Bettina Rheims : hors du monde dedans
Bettina Rheims, a photographié dans quatre établissements pénitentiaires français pour femmes, ses «Détenues». L’artiste prolonge en ces lieux son travail de représentation de la féminité. Elle prend donc un angle particulier et inattendu. Les femmes sont exposées hors de toute diégèse, devant une surface blanche afin d’effacer le contexte de la prison. La photographe a voulu redonner à ces femmes - privées de miroir dans leur cellule et souvent oubliées même de leur famille - une dignité sans voyeurisme ou jugement.
Les photos s’accompagnent d’un texte ( «Fragments»). Il s’agit d’une forme de fiction à partir d’un journal de tournage faite d’une reprise des notes vocales que la créatrice enregistrait après chaque journée dans les prison et les séances de prises de vue.
L'image cherche à reconstruire des vies défaites dont Bettina Rheims a pu connaître au moment des discussions préalables et pendant saisies bien des éléments. De l'ensemble émane une continuité douloureuse mais latente. Les femmes ne sont plus les battantes que souvent l'artiste a saisi jusque là : on se souvient de sa précédent série sur les Femen.
Par un minimalisme programmé une telle recherche fait écho à l'affirmation d'un manque, d'une incertitude d'être et d'avoir été. Bettina Rheims souligne une perte irrémédiable et de toujours comme si le vain déploiement des lignes des visages ne pouvait que suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence au nom d’une trajectoire où tout était inscrit afin d’aboutir presque irrémédiablement à de telles échéances pénitentiaires. Ne restent que les ultimes lumières et ombres.
Jpgp
Le Talmud et les rêves
Alexander Kristianpoller, « Les Rêves et leur interprétation dans le Talmud », trad. allemand Léa Caussarieu, Editions Verdier, 278 pages, 21 €
L’auteur laisse un texte immense à propos de parties du Talmud où les rêves non interprétés font partie de l’ensemble de la prophétie. L’auteur confirme au passage mais uniquement dans la bibliographie de son livre, la connaissance de « L’interprétation des rêves » de Freud. Néanmoins les deux approches des rêves sont bien différentes voire opposées. Pour le Talmud comme pour la tradition gréco-latine, le rêve possède une dimension collective, parfois prophétique à l’inverse de la psychanalyse freudienne où le rêve ne tient qu’au passé individuel du rêveur et ses substrats. Alexander Kristianpoller ne partage en rien cette visée. Il a su l’on peut dire d’autres chats à fouetter.
Dans la Bible si l’on en croit Zacharie, le rêve est le lieu où les idoles proposent des discours vains, des visions mensongères.
Bref les songes trompent et leurs consolations sont illusoires. Et Kristianpoller dans son livre de haute érudition fait un point qui reste d’actualité : L’ensemble est classé par thèmes et types narratifs. L’auteur - en comparatiste - utilise pour enrichir sa lecture de textes grecs et latins (Tite-Live, saint Augustin), arabes, indiens (ceux de Jaggadeva). Il précise que la réputation des Juifs en matière d’interprétation de rêves avait dépassé les limites de la communauté. Etaient accordés à certains de ses membres et selon l’auteur, la faculté d’être les interprètes de « l’arbre de la sagesse » et de devenir des messagers du «Ciel suprême ».
Certes les textes les plus anciens du Talmud n’accordent pas d’importance au rêve. Et certains textes cités par Kristianpoller trouvent des correspondances dans le Nouveau Testament. L’auteur rappelle entre autres que selon des passages du Livre, les cauchemars se combattent par la prière, la charité et la repentance. Il note ça et là la présence de rêves prémonitoire au coeur du Livre premier comme du Nouveau Testament où il est à remarquer que Jésus ne rêve pas… Il est vrai qu’étant donné sa nature, cela serait revenu à entrer dans le rêve des dieux… Mais route la remise à jour du livre (comme d’ailleurs sa conception originale) est faite pour faciliter la lecture des non hébraïsants en un important tout un corpus de codicilles et de clés. Il permet d’entrer dans la dialectique du Talmud souvent plus riche et plus clair voire plus fondamental que les dialogues de Platon qui restent un fondement sinon surfait du moins trop encombrant à qui veut embrasser l’histoire de la civilisation judéo-chrétienne.
Simon Procter et Karl Lagerfeld : revues des défilés Simon Procter, « Modeland and Mr. Lagerfeld », Galerie Kate Vass, Zurich, février 2018.
Le britannique Simon Procter, peintre et photographe (entre autre de mode) est devenu ami de Karl Lagerfeld. Tous deux partage le même amour pour la photographie.
Le premier à la suite d’une rencontre professionnelle initiale à New-York, shoota le second
au « Grand Central Station » de manière anonyme et sans autorisation.

photographe juif britannique Simon Procter
Les deux hommes s’apprécièrent et Procter est devenu pratiquement le photographe officiel de défilés de Lagerfeld. Il en saisit en plan de grands ensembles ou rapprochés les repères significatifs et la dimension architecturale comme sculpturale.
Au fil des ans il a créé avec lui un travail de fond pour rapporter les enjeux esthétiques non seulement des modèles et leurs vêtements mais des constructions scénographiques. Partant toujours au départ d'un travail analytique sur la perception (que ce soit de la construction d'une image ou de l'appréhension d'un site); il crée des visions classiques d’un univers baroque : "feintises et vraisemblances", géométries des espace sont un moyen de faire jaillir le beau mensonge de moments qu’il immortalise.
Le photographe par ses prises donne une idée globale mais aussi précise d’installations et de leurs perspectives à la fois esthétiques et spatiales afin d'amener à un regard différent sur les espaces des défilés de mode. S’y retrouve des jeux de perspectives capables de donner l'illusion de continuité. Ils dépassent la mode proprement dite et le goût de Lagerfeld pour les renversements d'échelle sont soulignés afin de, au sein de l’objectif stricte d’un défilé, de raconter une autre histoire des lieux où ils se passent.
Assaf Shaham : éloge de l’image et de l’existence Assaf Shaham, Braverman Gallery, Tel Aviv
Maître du digital Assaf Shaham ( né en Israël en 1983) revisite autant l’histoire du monde comme celle de la photographie.
Il transforme les images avec autant d’humour (presque noir) que d’intelligence et de poésie. Dans la série “Full Reflection” il crée des scanographes qui réinvente des photogrammes d’artistes tels que Man Ray, Moholy-Nagy que de Lisa Oppenheim et Walead Beshty.
Le résultat est toujours surprenant et magique. Dans une autre série il a pris un livre d’August Sander rassemblant des portraits d’Allemands du début du XXème siècle. Il les a découpés pour inverser l’absence en présence. Il s’est servi aussi d’un livre de Weston Price –-dentiste et chercheur en nutrition - pour approfondir de manière indirecte bien des désastres du siècle passé.

Asaasf Shaham éloge de l’image et de l’existence
Ce ne sont là que quelques exemples d’une œuvre déjà immense et diverse d’un photographe qui s’impose sur la scène internationale. Il sait jouer de la puissance des images jusqu’à faire des agrandissements d’une image du « Blow up » d’Antonioni pour une nouvelle fois transformer la donne première en un agrandissement de l’agrandissement en un vertige et une mise en abîme.
Mais le monde lui aussi est soumis à de telles transformations comme dans sa vision de ses propres « Twin Towers » démesurées et modifiées ou les images d’un Musée d’Israël dont les œuvres sont remplacées par des panneaux d’art quasiment conceptuel pour cause de guerre.

Asaasf Shaham éloge de l’image et de l’existence
Les résultats de ses recherches et expériences restent toujours puissantes.
La photographie devient le lieu de convergence de diverses tensions. Symbolique (mais pas seulement) ses dents rappellent à l’être que le danger rôde quel que soit sa religion ou sa couleur de peau. Mais l’artiste ne se contente jamais d’un contrat tacite avec la mort.
Surgit une transcription poétique afin que la vie s’érige. Le travail repose donc sur la transformation du monde comme de ses images. Et l’oeuvre est bien plus que la fiction de la vie passée.
Les photographies prolongent des éclosions et des vibrations. Le cycle complet de la vie renaît. Dépassant le réel comme la métaphore ou le symbole, Assaf Shaham décapsule les apparences, laisser échapper à l'horizon de son travail les mirages de nouvelles émergences.
Il sollicite l'imaginaire et oblige à une autre manière de réfléchir sur le sens du monde et celui des images. Passionnant.
JPGP
Joseph Roth le juif errant
Joseph Roth, « Poème des livres disparus & autres textes », traduction Jean-Pierre Boyer, Silke Hass, Editions Héros Limite, 96 pages

Joseph Roth, « Poème des livres disparus & autres textes »
Joseph Roth, comme la plupart de ses personnages, aura erré sans but et parfois sans lui-même. Né à Brody dans une famille juive à la fin du XIXème siècle dans une région où l’antisémitisme était plus que rampant, l’auteur vécut une suite d’échecs que résume un de ses héros : « Il n'avait pas de profession, pas d'amour, pas d'envie, pas d'espoir, pas d'ambition et même pas d'égoïsme. Il n'y avait personne d'aussi superflu au monde. » (La fuite sans fin). Il meurt à Paris à l’âge de 45 consumé par l’alcoolisme, une jalousie démentielle, la misère et frappé par l’indifférence du monde face à la peste brune.
Ses deux chefs d’œuvre « La Marche de Radetzky » et « La Crypte des capucins » traduisent la chute monde occidental et particulièrement de la société autrichienne hantée par sa splendeur passée avec la figure obsédante et absente à la fois de François-Joseph II de Habsbourg « dont les yeux bleus dévisageaient le peuple entier avec lassitude et indifférence ».
Marginal au monde, marginal à lui-même, il est quoique moins connu qu’eux ; l’égal de Zweig (l’ami fidèle) ou Musil. Contrairement à ce dernier, son seul besoin d’exister fut le combat contre tout régime totalitaire (soviétique et nazi). Il a tout compris de l’annihilation d’une civilisation et le génocide du peuple juif.
L’errant à tout prévu et avant de quitter l’Allemagne en 1933 lors de l’arrivée d’Hitler il écrit dans une lettre « Il est temps de partir. Ils vont brûler nos livres et c'est nous qu'ils brûleront à travers eux. Nous devons partir pour que seuls des livres soient livrés aux flammes. ». Ses livres le seront et il mourra ruiné. Son livre « Loin d’où » reste celui qui « dit » au plus près son existence de fantôme parmi les fantômes.
Son ironie féroce n’aura servi à rien face à la marche à l’abîme qui se passait sous ses yeux. Eprouvant la terrible condition de l’homme. Roth reste le modèle de l’être sans illusion face aux atrocités d’un monde privé sens par la montée de l'antisémitisme, du nazisme et les dérives du communisme soviétique. Il s’interroge aussi sur la tyrannie exercée sur l'individu par un monde occidental sacrifiant au veau d’or des progrès techniques, de l’argent, du profit et de la réussite.
Conscience (ignorée) de son temps, il l’est aussi de la nôtre à qui sait comprendre que les fureurs de l'Histoire ne sont pas derrières nous et qu’annonce «Une heure avant la fin du monde ».
Ses « Poème des livres disparus & autres textes », en seize fragments, sont une sorte de requiem pour le monde civilisé. L’empathie naturelle de Joseph Roth sauve le cynisme et le désespoir de tels textes pour la plupart inédit en français.
Refusant de révolutionner la langue, il s’y inscrit classiquement et refuse ce qu’il nomme « tout folklore yiddish » . Mais son écriture est inimitable.
Elle a « des racines dans l’air » pour décrire les êtres à son image : ils sont ballottés par le destin, écrasés par l’effondrement de toutes les valeurs.
Et l’auteur d’ajouter : « Une volonté cruelle de l’Histoire a réduit en morceaux ma vieille patrie, la Monarchie austro-hongroise. Elle est passée presque directement de la représentation d’opérette au théâtre épouvantable de la guerre mondiale ».
jpgp
L’éducation « sentimentale » d’un enfant du siècle dernier
Nathalie Azoulai, Les spectateurs, P.O.L éditeur, Paris, 2018, 320 p., 19, 80 €.
Tout commence pour les « spectateurs » du roman par l’achat d’un poste de télévision à l’écran bombé comme c’était le cas à l’époque. Puis le discours que le jeune héros du livre écoute avec sa sœur et ses parents sur ce poste quelques temps plus tard : celui d’une conférence de presse du Général de Gaulle le 27 novembre 1967.
Ce prétexte sert à engendrer toute la force de gravité du secret d’une famille exilée et ballotée entre l’orient et l’occident. De cette histoire l’enfant ignore tout. A l’époque il était presque admis que les parents des familles juives ne parleraient pas aux enfants du passé. Et ce pour les épargner.
Néanmoins, le gamin veut savoir. On ne répond pas à ses questions. Mais le soir même de la conférence, il entend de l’autre côté d’un mur les confidences de sa mère à son amie couturière. Il n’est plus question des robes qu’elle lui confectionne d’après celles des stars hollywoodiennes des années 40 (Rita Hayworth, Lana Turner, Gene Tierney). Il comprend que la vie n’est pas du cinéma. La télévision « commet »ainsi un étrange travail de mémoire. D’autant qu’à travers les confidences maternelles à une tierce personne il perçoit bien des menaces, des départs, des adieux.
A lui de recoudre les différents pans d’une histoire qui entrelace l’amour et le secret, l’exil et le cinéma, l’Orient et l’Occident, l’histoire juive et celle d’une histoire française où les « pieds noirs » furents réduits à d’affreux colonisateurs auxquels une gauche politique fit un sort sans comprendre ce qu’ils vécurent.
Ce qui fut tant bien que mal surpassé par sa famille déborde chez l’enfant. Et une sensation de l’irrecevable confine au désir de pleurer. Toutefois, du calme s’érige au sein de la turbulence. Ce qui n’avait pas de visibilité et de mots va provoquer chez le jeune héros un surcroît de conscience. C’est le premier pas vers une « éducation sentimentale » mais pas seulement
Sous le faux sommeil du silence se crée un univers où la jouissance est menacée par l’horreur mais où Gene Tierney et ses sœurs peuvent parfois accorder un rêve face à l’épuisement que ces « accidents » de parcours génèrent.
L’enfant apprend la force du nomade face à la force et la violence qui débordent de partout et qui induisent des périples imprévus. Une question lancinante apparaît : quel lieu ses parents ont-ils connus qui n’aient pas eu leurs dangers ? L’enfant va savoir à brider sa rage et calmer ses peurs. Il aura compris par le silence de ses proches que si tout baratin est détestable certains mots créent des clés. Le héros va les tourner pour ouvrir ses propres portes en se refusant de réduire son existence au simple désir de durer.
Jean-Paul Gavard-Perret
Le Blade Runner biblique de Amir Gutfreund
Amir Gutfreund, « La Légende de Bruno et Adèle »,
novembre 2017, traduit de l hébreu Katherine Werchowski, coll « du monde entier », Gallimard, 2017.286 pages, 22,50 €
Le titre « La Légende de Bruno et Adèle » fait penser à un roman moyenâgeux ou à une bergerie du XVIIIème siècle. On en est fort éloigné. Mathématicien, cadre pour l’armée de l’air israélienne, scénariste de séries TV policières son auteur Amir Gutfreund propose est un roman noir apparemment classique si ce n’est le lieu. Les bas fonds de New York sont remplacés par ceux de Tel Aviv où sévit un tueur en série et une jeune femme, un touriste belge et une vieille dame âgée sont retrouvés morts Le mode d’assassinat varie d’un cas à l’autre et les lieux des meurtres sont bien différents les uns des autres. Mais deux éléments les relient : une arme à feu d’un modèle ancien et chaque fois une phrase dépeinte au pochoir mais qui apparemment n’a rien d’une revendication du crime.
Deux commissaires sont chargés de l’enquête : un commissaire divisionnaire Yona Merlin flic du genre moyen niveau et un collègue plus vaporeux et cultivé Michaël Ohayo. Ils travaillent avec deux autres policiers peu motivés placés là pour leur incompétence. Ces mousquetaires iraient au fiasco sans une lycéenne de dix-sept ans, intelligente et présente sur le lieu du deuxième meurtre, pour leur apprendre que ces phrases au pochoir sont en réalité des citations, tirées des œuvres de l’écrivain juif abattu en 1942, Bruno Schulz.
L’auteur n’est pas là par hasard : il fut un des écrivains favoris d’Amir Gutfreund. Et les meurtres seraient peut-être une manière de se venger l’assassinat de l’écrivain. Ce n’est qu’une hypothèse : ne pouvant être négligée, une course contre la montre débute dans Tel-Aviv et un « Taxi Driver » particulier se met à fonctionner. Car la raison des meurtres est à chercher dans le passé des victimes, celui d’Israël voire même celui de l’humanité. Car il faut souvent remonter au mobile du premier meurtre de l’Histoire, celui d’Abel par son frère. Dieu lui même n’en fut-il pas le responsable en refusant l’offrande animalière de Caïn ?
Le livre tient sur un séquençage des narrations par les différents personnages. Mais il tient surtout parce que le roman policier se transforme en un "blade runner" biblique. Il est facile de savoir qui sont les coupables mais trouver les raisons est d’une autre problématique eu égard aux flics du livre comparable aux «hanvélos » de Queneau.. Elle trouvera néanmoins sa résolution dans un déluge final sue Tel Aviv : manière de laver la ville ou rappeler que le monde est à recommencer sur des bases plus solides que celles de Dieu.
Nathanaëlle Herbelin a passé son enfance dans un petit village au centre d’Israël. Elle a apprit la peinture à Tel-Aviv auprès d’artistes russes et ukrainiens arrivés dans le pays dans les années 1990. En France elle garde le souvenir de ses lieux premiers. Et tout dans son travail balance entre douceur, dureté,humour, mélancolie, et tension. Sa peinture figurative est faite de scènes simples et a priori banales.
Mais le réel prend toujours un aspect poétique au sein de sujets parfois minimalistes et quasi abstraits (tréteau, angle d’atelier) dès que les personnages quittent la scène. Ceux qui apparaissent sont des proches ou des inconnus. Souvent elle les peint d’abord en esquisse sur des planchettes de bois puis elle passe au vrai support dans un long travail d’épuisement et d’effacement.

Les lumières limpides de Nathanaëlle Herbelin
La couleur vive est souvent délaissée au profit de couleurs plus sourdes qui donnent au portrait en couple ou solo une puissance impressionnante. Une certaine solitude (seule ou à deux) est souvent présente. Elle crée aussi des maisons de l’être mais où celui-ci a bel et bien disparu. Il s’agit à la fois d’abri, de cachette, d’autel.
Dans une telle œuvre la lumière ou la couleur n'est pas ce qui flashe dans l'intensité, c'est ce qui se retient. De fait l'image n'est ni l'abstraction, ni la figuration, mais l'épure d’un centre. Nathanaëlle Herbelin cherche là : autour l'intéresse mais le coeur des choses ou des êtres la préoccupe en ce frôlement et cette pénétration du réel. Autour d'elle des tonnes de larmes se sont dissipées jusqu'à se mélanger aux pigments afin de créer un fond qui scelle plus que le tableau, la vie.
Décès de l’artiste juif Benjamin Mecz
Benjamin Mecz vient de disparaître tragiquement et bien trop tôt. Le jeune artiste était un des rares à remettre en cause – en Israël comme en France – la notion d’œuvre d’art comme celle de sa « marque » ou de sa signature qui a souvent plus de valeur que l’œuvre elle-même depuis le Renaissance.

Oeuvre de Benjamin Mecz
C’est à travers le tramage du textile qu’il a construit la majorité de ses travaux. Il a par exemples cousu des milliers d’étiquettes de Tshirt pour créer une tente et un sac de couchage afin de souligner comment la signalétique devient objet.

fruit_loom la pomme et la vigne
Dans « Fruit of the loom » à l’inverse il casse le logo de cette marque à l’aide d’une plaque de marque réduite en morceau afin de faire disparaître la valeur symbolique du logo à la pomme et feuille de vigne.
L’artiste émettait par ces installations les problématiques de notre société et de la mondialisation. Il créait ce qu’il nommait le « handmade » : en partant d’un simple élément, industriel il offrit d’autres « patrons » à ceux du monde et de l’industrialisation. Il chercha à provoquer chez le spectateur une réaction face à notre manière de considérer les images et le monde. Le décès de l’artiste crée un vide dans l’art mondial contemporain/.
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L’œuvre est représentée à la galerie Ceysson et Bénétière Paris.