Zakhor.ai : la mémoire juive entre dans l'ère de l'intelligence artificielle

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Deux millions de noms juifs retrouvés en cinq mois : la mémoire collective a désormais son site

 

Zakhor, en hébreu, signifie souviens-toi. C'est le nom qu'a choisi Bernard Bensaid pour la première intelligence artificielle et bibliothèque numérique entièrement consacrée à la mémoire, à la généalogie et à l'histoire du peuple juif. Une plateforme déjà forte de plus de 31 000 personnes rattachées à un arbre généalogique collectif, et qui ambitionne de devenir, pour chaque famille juive du monde, le premier réflexe avant que le silence ne l'emporte.

Le silence, premier ennemi de la mémoire familiale

Dans la plupart des familles juives issues de l'exil, de la Shoah, des départs d'Afrique du Nord ou d'Europe de l'Est, un même schéma se répète.
Les grands-parents se taisent, les parents n'osent pas demander, et les enfants grandissent sans ressentir de manque, faute d'avoir jamais su ce qui leur manquait.
Ce silence n'est pas de l'oubli volontaire. C'est le plus souvent de la pudeur, une manière de protéger les plus jeunes d'une douleur jugée trop lourde à transmettre.
Le résultat, cependant, est le même : des pans entiers d'histoires familiales disparaissent avec ceux qui les ont vécues, et les jeunes générations n'ont bien souvent qu'une photographie jaunie ou un document administratif pour amorcer une recherche qu'ils ne savent pas même par où commencer.

C'est précisément ce vide que Zakhor.ai entend combler, non pas en réclamant que les familles parlent, mais en leur donnant un outil pour reconstituer ce qui a été tu.

Une intelligence artificielle au service de la mémoire collective

Zakhor.ai n'est pas un site de généalogie parmi d'autres. C'est une plateforme conçue autour d'une intelligence artificielle capable de générer, à partir des informations déposées par les utilisateurs, ce que la plateforme appelle un Grand Livre : un récit structuré consacré à une lignée familiale, à une grande figure, à une œuvre, à une communauté, à un lieu ou à une thématique entière.
Contrairement à un arbre généalogique classique, figé et purement chronologique, le Grand Livre met en récit la mémoire : il relie des noms, des dates et des lieux à une histoire lisible, transmissible, que l'on peut partager avec ses enfants sans avoir besoin d'être soi-même historien ou généalogiste.

Aujourd'hui, la plateforme recense déjà plus de 31 000 personnes intégrées à un arbre généalogique partagé, plus de 1 400 Grands Livres générés, et plus de 6 600 lignées familiales documentées. L'ensemble est accessible en treize langues, un choix loin d'être anodin pour une mémoire juive dispersée sur tous les continents depuis des siècles.

Retrouver un lieu, une pierre, un nom

L'une des avancées les plus significatives de Zakhor.ai concerne les cimetières juifs. La plateforme a entrepris un relevé systématique de 1 623 sites funéraires répartis dans 44 pays. Parmi eux, 391 cimetières ont déjà été documentés sépulture par sépulture, soit 456 144 stèles répertoriées nom par nom. Près de 120 000 d'entre elles sont d'ores et déjà rattachées à une famille présente sur la plateforme. Pour beaucoup d'utilisateurs, c'est souvent le point de départ le plus concret : retrouver la trace d'un aïeul enterré dans un pays que la famille a quitté depuis longtemps, parfois sans jamais avoir pu s'y recueillir.

Cette dimension funéraire n'est pas présentée sur un registre religieux. La vocation de Zakhor.ai reste résolument mémorielle et culturelle, pensée pour toucher un public large, croyant ou non, pratiquant ou éloigné de la tradition, dès lors qu'il porte en lui le désir de savoir d'où il vient.

Les jeunes générations, moteur de la transmission

Contrairement à une idée reçue, la généalogie juive numérique ne s'adresse pas d'abord aux anciens. Ce sont souvent les plus jeunes qui possèdent les réflexes numériques nécessaires pour rechercher, téléverser une photographie, scanner un document ou explorer un arbre en ligne. Zakhor.ai a été pensé pour eux en priorité : une génération qui n'a peut-être jamais entendu le récit complet de ses grands-parents, mais qui dispose des outils pour aller le reconstituer elle-même, pièce par pièce, à partir de ce que la famille a conservé sans toujours le savoir.

C'est tout l'enjeu du projet porté par Bernard Bensaid, polytechnicien, diplômé de l'ENSAE et ancien de la Banque de France, né à Casablanca en 1961 : transformer une mémoire dispersée, souvent tue, en un patrimoine collectif accessible, vivant et cherchable.

S'inscrire, c'est déjà transmettre

Rejoindre Zakhor.ai ne demande ni compétence en généalogie ni document exceptionnel. Une photographie, un nom, un lieu de naissance suffisent souvent à amorcer une recherche que l'intelligence artificielle de la plateforme prend ensuite en charge, en la reliant à l'arbre collectif déjà constitué par des dizaines de milliers d'utilisateurs à travers le monde. Chaque inscription, chaque document déposé, chaque nom retrouvé enrichit non seulement l'histoire d'une famille, mais celle de tout un peuple.

À l'heure où les derniers témoins directs de certaines pages de l'histoire juive du vingtième siècle disparaissent, Zakhor.ai propose une réponse concrète à une urgence silencieuse : celle de ne pas laisser la mémoire s'effacer faute d'avoir été demandée à temps. S'inscrire sur la plateforme, c'est faire un geste simple, à la portée de chacun, pour que le nom d'un grand-parent, d'un arrière-grand-oncle ou d'une communauté entière continue d'exister au-delà du silence.

 

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