Un petit-fils pour Maor : Israël autorise une naissance post mortem après la mort d’un soldat à Gaza

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Un petit-fils pour Maor : Israël autorise une naissance post mortem après la mort d’un soldat à Gaza

Un petit-fils après la mort : le pari bouleversant de Sharon Eisenkot pour faire revivre son fils tombé à Gaza

Elle veut un petit-fils. De son fils mort au combat. Cela pourrait être une ligne de fiction. C’est désormais, en Israël, une réalité judiciaire. Un tribunal a autorisé Sharon Eisenkot, mère du soldat Maor Cohen Eisenkot tombé à Gaza, à utiliser le sperme congelé de son fils pour faire naître un enfant, son futur petit-fils. Un verdict qui fait date, une décision sans précédent dans une société déchirée par la guerre et par les rêves brisés de toute une génération fauchée.

Au cœur de cette histoire, une promesse non tenue, un désir arraché à la mort, un héritage biologique transformé en acte de foi. Maor, engagé dans la brigade Golani, est mort en décembre dernier dans les combats les plus violents de la bande de Gaza. Il n’avait pas vingt ans. Mais quelques jours avant de franchir les portes de l’enfer, il s’est confié à son ami d’enfance, Noam Bitton. « Plus que la peur de mourir, j’ai peur de ne pas avoir d’enfants », lui a-t-il dit. Puis il a ajouté, avec cette gravité des jeunes soldats qui devinent ce qui les attend : « La prochaine fois qu’on rentre à la maison, on va faire une congélation de sperme ». Il ne rentrera jamais.

Pour Sharon Eisenkot, ces mots ne sont pas tombés dans l’oubli. Ils sont devenus une sorte de testament, une volonté exprimée avec une clarté telle que rien, pas même la mort, ne devait pouvoir les empêcher. « C’était une injonction puissante et claire. Une forme de testament oral », dit-elle,

La justice israélienne a entendu cette détresse. Et pour la première fois depuis le début de la guerre, elle a donné son feu vert à une procédure de procréation post mortem initiée par un parent. Le sperme avait été prélevé quelques heures après le décès, à la demande expresse de la famille. Restaient à convaincre les juges, à documenter cette volonté du défunt, à construire un dossier où le droit et l’amour filial ne cessent de se heurter.

Mais Sharon n’a pas cédé. Ni au chagrin, ni aux lenteurs administratives, ni au doute. Elle veut un petit-fils, ou une petite-fille, né du sang de Maor, un prolongement vivant d’un enfant disparu dans l’horreur d’une guerre.
Elle a déjà entamé les démarches avec Michal Biran, ancienne députée et fondatrice de l’organisation « Ha’Hassida », qui se spécialise dans la parentalité partagée et les parcours de gestation pour autrui.

Ensemble, elles cherchent celle qui acceptera de porter cet enfant. « Je suis sûre que je la reconnaîtrai quand je la verrai. J’ai confiance dans mon intuition », dit Sharon.

Mais ce projet va bien au-delà d’un simple parcours médical. Pour Sharon, il s’agit d’une mission quasi spirituelle. « Cet enfant saura qui était son père. Il saura qu’il était un héros tombé en défendant sa patrie. Et cette femme, celle qui le portera, ne gagnera pas seulement un enfant, mais une famille », explique-t-elle avec une émotion contenue.

En Israël, le droit n’a jamais tranché clairement sur ces situations inédites. La Knesset, à plusieurs reprises, a envisagé des lois encadrant les prélèvements post mortem, mais les débats, souvent interrompus par les crises politiques, n’ont jamais abouti.

Jusqu’ici, chaque cas reposait sur l’interprétation des tribunaux, sur l’intensité des preuves, sur la force du lien. Il y a eu des précédents, mais aucun qui ait permis à une mère endeuillée de poursuivre seule la lignée de son enfant perdu.

Ce jugement d’Eilat bouleverse donc l’ordre établi. Il crée un précédent, mais aussi un débat. Les religieux y voient une dérive. Les juristes s’interrogent : peut-on affirmer la volonté d’un mort à partir d’une simple confidence ? Et surtout, à qui appartiennent les cellules d’un défunt ? À lui, à sa famille, ou à la société qui prétend réguler jusqu’au droit de naître ?

Sharon, elle, n’a que faire de ces querelles. « Nous avons le droit d’être heureux. J’ai le droit de porter dans mes bras un petit-enfant de Maor. Et lui aussi, il mérite que l’un de ses rêves, au moins, survive à la guerre. » Elle ajoute, dans un souffle presque inaudible : « J’ai déjà franchi l’obstacle le plus haut. Maintenant, j’attends. Avec l’aide de Dieu, peut-être que bientôt, il y aura quelque chose de vivant, de lui, entre mes bras. »

Entre les lignes de ce combat intime, une autre vérité s’impose : celle d’une génération sacrifiée, de mères qui enterrent leurs fils en rêvant de les voir renaître, de familles brisées qui cherchent, dans la science et la foi, une manière de résister au néant.

Dans cette guerre qui tue les corps, mais aussi les avenirs, la vie s’invite là où on ne l’attendait plus. Non comme une consolation. Mais comme un acte de courage. Un enfant à naître, pour que la mémoire ne meure pas.

Chronologie des faits

  • Décembre 2023 : Maor, 19 ans, brigadier Golani, trouve la mort lors d’une opération dans le sud de la bande de Gaza  .

  • Avant son départ pour Gaza, Maor confie à son ami Noam Bitton :
    « Quand on rentre la prochaine fois à la maison, on fait une congélation de sperme ».Cette phrase est interprétée comme une volonté explicite d’assurer sa descendance, même après son décès. 

  • 2025 : Sharon obtient gain de cause auprès d’un tribunal qui valide l’expression posthume de son fils, fondée sur ce testament verbal et soutenue par des témoignages forts ().

Processus de procréation post mortem

  1. Récupération du sperme : l’ADN est prélevé rapidement après le décès, avant que les cellules ne se dégradent, puis congelé en azote liquide, pour potentiellement servir à la procréation. ()

  2. Autorisation judiciaire : en Israël, l’usage nécessite l’aval d’un tribunal familial. Le demandeur doit prouver que le défunt aurait souhaité avoir un enfant — ce que la loi ne stipule pas explicitement, mais où les tribunaux se basent sur les preuves, témoignages ou écrits ().

  3. Choix de la mère porteuse : une femme sera sélectionnée pour porter l’embryon ; son identité et le projet parental feront aussi l’objet d’une validation judiciaire. 

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