Ultra-orhtodoxe, elle devient mère porteuse pour un couple gay : “Mon seul critère, qu’ils soient juifs”

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Ultra-orhtodoxe, elle devient mère porteuse pour un couple gay : “Mon seul critère, qu’ils soient juifs”

Ultra-orthodoxe, devenir mère porteuse était mon rêve.
Elle portera l’enfant d’un couple gay .

Une femme de foi, un choix à contre-courant, un récit sans précédent

Noy Ganchovski a toujours su qu’un jour, elle deviendrait mère porteuse.
Pour elle, ce n’était ni une idée marginale ni une lubie passagère, mais une conviction profonde : offrir la vie à un couple qui ne pouvait l’engendrer lui-même. Issue d’un foyer religieux sioniste, elle se marie à 20 ans, devient mère à 21, puis s’installe avec son époux à Leshem, une implantation communautaire située à l’ouest de la Samarie.

Un rêve mis de côté

Après son premier accouchement, Noy confie à son mari son désir d’entrer dans un processus de gestation pour autrui. Mais à l’époque, le couple n’a qu’un seul enfant, et son mari refuse catégoriquement. Il craint que cette décision compromette leur avenir familial, voire qu’elle ne mette en danger la vie de sa femme pour des inconnus.

Noy met alors de côté ce projet, sans l’oublier. Deux autres fils viennent agrandir la famille, et la vie s’écoule dans un rythme ordinaire, sans heurts.

Jusqu’au 7 octobre.

Le 7 octobre : le besoin irrépressible de donner la vie

L’attaque du Hamas, la guerre, les deuils et la sidération collective agissent sur Noy comme un électrochoc. Elle ressent un besoin urgent et instinctif de ramener de la vie dans un monde devenu brutalement hostile.

« Ma réponse instinctive à toute cette mort était d’apporter de nouveaux êtres », dit-elle simplement. Elle précise qu’elle n’a pas fait l’armée, mais un service national.
« Même mon mari n’est pas appelé à la réserve. Je sentais que nous devions, d’une manière ou d’une autre, contribuer à l’effort national. Mais je ne savais pas comment. »

Refusant l’idée d’un nouvel enfant biologique, son mari revient pourtant sur sa position initiale. « Il m’a dit : ‘C’est le moment de réaliser ton rêve. Tombe enceinte encore une fois, mais promets-moi que ce sera la dernière grossesse’. » Ce compromis rouvre pour Noy la porte à son projet de maternité porteuse, cette fois avec une dimension nouvelle : contribuer à la continuité du peuple juif.

Les débuts du parcours

Lors de sa première conversation avec l’organisme d’accompagnement, on lui demande si elle a des préférences concernant les futurs parents. Elle répond sans hésiter : « Je n’ai aucun problème à le faire pour un couple d’hommes, mais ils doivent être juifs. »

Elle explique que sa motivation initiale, il y a une dizaine d’années, était d’aider un couple qui n’avait aucune autre possibilité d’avoir un enfant. Après le 7 octobre, une autre mission s’est imposée : accroître le peuple juif. À ses yeux, porter l’enfant d’un couple non juif n’aurait pas répondu à cet objectif.

Une démarche rare entre foi religieuse, choix personnel et engagement communautaire

Le fait que Noy, femme pratiquante vivant dans une implantation religieuse de Samarie, ait choisi de porter l’enfant d’un couple homosexuel vivant dans le centre du pays, est rare et peu conventionnel. Elle en avait conscience. Elle savait que cette décision risquait de surprendre, voire de choquer certains dans son entourage.

Elle explique que la gestation pour autrui n’était pas un sujet courant dans son milieu. Elle en avait entendu parler, mais n’y avait jamais été confrontée directement. C’est en écoutant une amie ayant vécu une naissance silencieuse qu’elle prend conscience de la fragilité du miracle d’un accouchement abouti. Cela renforce son désir d’agir.

Tout au long du processus, elle affirme avoir été épargnée par les difficultés. Elle parle d’un cheminement fluide, sans complications médicales, ni surcharge émotionnelle excessive. Elle dit avoir eu de la chance.

La naissance d’un fils, pour un autre amour

L’enfant qu’elle a porté est un petit garçon, désormais élevé par ses deux pères. Noy, elle, est en congé de maternité, mais sans bébé. Elle ne se lève pas la nuit. Elle ne change pas de couches. Elle ne chante pas de berceuses. Et pourtant, elle a porté cet enfant, l’a nourri, senti bouger dans son ventre. Elle en a été le seul lien au monde pendant neuf mois.

La grossesse s’est bien déroulée. L’accouchement aussi. « Tout s’est bien passé. L’accouchement a été facile, du moins selon ce qu’on en raconte », dit-elle sobrement. Elle confie s’être préparée à un moment difficile au moment de la séparation — ce qu’elle appelle « le boom ». Elle pensait ressentir un choc émotionnel, un vide. Mais rien de tout cela ne s’est produit. Elle n’a ressenti ni douleur ni trouble, seulement le sentiment d’avoir accompli ce à quoi elle s’était engagée.

Un congé de maternité sans berceau

Aujourd’hui encore en congé de maternité, elle apprécie cette période de récupération plus simple. « Il me reste deux mois de repos, et j’en profite. Sans bébé, je ne suis pas réveillée toutes les deux heures par les pleurs. Dormir de longues heures après un accouchement, c’est un luxe. C’est vraiment agréable. »

Elle précise néanmoins que ce calme fut de courte durée. Elle est rentrée chez elle à la mi-août, au moment où ses enfants étaient en vacances. Puis sont venues les fêtes. « Il n’y a pas vraiment eu de silence », dit-elle. Elle avait toutefois planifié, dès la grossesse, un petit voyage à l’étranger avec une amie. « C’est un joli cadeau que je me fais après ce processus. »

Contexte légal et social en Israël

Pour mesurer l’ampleur du geste de Noy, il faut rappeler que la gestation pour autrui est légalement encadrée en Israël depuis 1996, mais sous conditions : chaque contrat doit être validé par une commission d’État.

Jusqu’en 2022, seuls les couples hétérosexuels mariés y avaient accès. Désormais, la loi autorise également les couples homosexuels, les hommes seuls et les personnes transgenres à y recourir.

Les mères porteuses israéliennes sont souvent mariées, éduquées et animées par une volonté de donner. Ce nouveau profil, largement documenté, montre que les motivations dépassent le simple cadre financier.

Dans les milieux religieux, les positions restent divisées. Certaines autorités rabbinique rejettent le principe de gestation pour autrui. D’autres y voient un acte de bienfaisance, voire de Kiddoush HaShem, la sanctification du Nom divin. Quelques femmes, à l’image de Noy, franchissent cette frontière sociale, ouvrant la voie à un autre discours dans des cercles encore réservés.

Ce que Noy a accompli n’est ni banal ni militant. Elle a simplement fait ce qu’elle croyait juste, entre fidélité à ses valeurs et ouverture à l’autre. Son histoire, loin des slogans ou des caricatures, révèle la complexité discrète des choix humains — là où la foi, la maternité et la solidarité peuvent, parfois, converger.

 

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