Témoignage : L'Omerta des Familles Ultra-Orthodoxes -Terrain Fertile pour les Abus Sexuels

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Témoignage : L'Omerta des Familles Ultra-Orthodoxes -Terrain Fertile pour les Abus Sexuels

Elle a été agressée pendant son enfance. Quand elle a enfin trouvé le courage d’en parler, son père a imposé le silence.

Orain Lifshitz, née Barchi Eichenstein dans une famille ultra-orthodoxe, a porté en secret, pendant de nombreuses années, le fardeau d’un terrible traumatisme.
En fin de compte, elle en a parlé à ses parents mais n’a pas trouvé la protection qu’elle espérait. Ce silence imposé, elle l’a brisé à sa façon, en fondant sa troupe de théâtre Public et en montant la pièce "Mon père est un oiseau". Un choix révélateur, inspiré par l’envie profonde d’une relation complice entre père et fille, absente de son enfance.

"Changer de nom pour se libérer du passé"

En décembre 2022, Lifshitz a pris une décision radicale : changer de nom pour en finir avec son ancienne identité. "J’ai choisi le nom Orain pour sa résonance avec les mots, le langage, la liberté de dire, sans secrets," explique-t-elle.
"Abandonner Barchi, c’était comme couper un lien invisible. Le théâtre que j’ai fondé, Public, porte aussi cette idée de transparence et de partage. Au début, j’avais peur de perdre mon entourage, mais j’ai découvert que les gens faisaient l’effort d’embrasser cette transition. Quand on m’appelle Orain, c’est un nouveau souffle, un vrai cadeau."

La troupe Public présentera bientôt la pièce Mon père est un oiseau au Festival des Arts de Jérusalem, inspirée de l’histoire de David Almond. Cette pièce raconte la quête d’une jeune fille, Lizzie, pour reconnecter son père, rêveur et brisé par la perte de sa femme, à la vie. Elle lui promet de voler ensemble, l’aidant ainsi à surmonter son deuil. Peu à peu, leur rêve commun fait basculer leur réalité. "Cette histoire m’a touchée au plus profond," confie Orain, "elle incarne ce lien entre père et fille, celui que j’ai toujours désiré."

Quand le père devient complice de l’abuseur

L’inspiration d’Orain pour cette œuvre ne vient pas par hasard. Derrière cette histoire se cache une enfance douloureuse, marquée par les abus qu’elle a subis vers l’âge de sept ans. "Dans mon monde, le témoignage d’une femme n’avait aucune importance," raconte Orain avec émotion. "Quand je me suis décidée à parler, je croyais naïvement que la vérité m’aiderait. Mais mon père n’a rien fait, pire encore, il m’a demandé de me taire."

« J’étais seule, et personne n’a pris ma défense »

À l’époque, Orain est prise d’envie et de colère en lisant cette histoire de complicité et de rêve partagés entre un père et sa fille. "C’est tout ce que je n’ai jamais eu," dit-elle. À la question de la journaliste qui lui demande ce qu’elle ressentait, elle répond, "Pour moi, mon père était contre moi. Il aurait dû me protéger, mais il a choisi l’abuseur. Cet acte de trahison, même aujourd’hui, je n’arrive pas à le comprendre."

Quand elle a révélé son agression à sa mère, celle-ci l’a écoutée, silencieuse. "Je me souviens d’un aspirateur en arrière-plan… comme un bruit de fond assourdissant. Elle est ensuite allée le dire à mon père. À ma grande surprise, ils ont juste verrouillé la porte de ma chambre, sans rien changer. Mon père a continué de voir et de promouvoir cet homme. Je me suis sentie trahie par cette inaction. Pour eux, ce que j’avais vécu n’avait aucun poids."

Les années de rébellion et de révolte intérieure

Cette souffrance sans mots ni échos a creusé une fracture profonde en Orain. "Je suis devenue une adolescente rebelle, en colère contre tout. J’étais en conflit permanent à l’école, j’avais perdu foi en tout ce que je croyais, même en la religion. Mais en surface, je tenais bon, je faisais comme si tout allait bien. Je sentais qu’en tant que femme, mon existence, mon témoignage, ne comptaient pas."

Le théâtre est rapidement devenu pour elle une échappatoire, un moyen de créer une réalité où elle pouvait enfin respirer et retrouver sa voix. "À 20 ans, j’ai vu ma première pièce, et cela m’a bouleversée. Le théâtre m’a offert une porte de sortie, une liberté que je n’avais jamais connue."

Une vie reconstruite, entre théâtre et résilience

Après des études au Collège Emunah, un institut religieux mais plus ouvert, Orain découvre que la voie artistique est la sienne. Elle rencontre son mari, Yair, qui partage sa passion pour le théâtre. Ensemble, ils bâtissent une famille, choisissant de s’éloigner peu à peu du mode de vie ultra-orthodoxe.

Aujourd’hui, Orain regarde cette enfance depuis la distance que lui offrent les années, sans pour autant être en paix. "J’aimerais dire que je leur ai pardonné. J’ai un peu de compassion, mais il n’y aura jamais de réconciliation sans reconnaissance du mal qu’on m’a fait. Pardonner sans cette reconnaissance, c’est impossible."

 

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