Pourquoi l’Iran a choisi Bat Yam : la faille stratégique de sa population

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Une arme qui ne tombe pas d’un missile balistique

Ce que l’Iran obtient de ses nouveaux espions en Israël

L’alerte lancée cette semaine par le maire Zvika Brut, affirmant que « les Iraniens sont arrivés à Bat Yam » pour recruter des habitants à des fins d’espionnage, a frappé les esprits.

Elle s’inscrit dans une série d’affaires dévoilées ces deux dernières années, signe d’un investissement massif de Téhéran dans la confrontation indirecte contre Israël.
Un ancien haut responsable de l’appareil de défense, Sagiv Assulin, aujourd’hui chercheur au Centre de Jérusalem pour les affaires étrangères et de sécurité, détaille les objectifs, les méthodes et les profils recherchés par les services iraniens.

Un huitième front silencieux

« Leur objectif est de mettre en place un réseau d’agents qui exécuteront diverses actions pour leur compte : semer le chaos, saboter, commettre des actes de violence, recueillir des renseignements et prendre des photos », explique Assulin.
Ce front invisible, dit-il, s’appuie sur des actions parfois dérisoires en apparence, mais qui, accumulées, créent un effet déstabilisateur.

La demande faite à certains recrues de peindre des graffitis peut sembler anodine. Assulin insiste pourtant : « Si l’on considère chaque action individuellement, on se dit : “D’accord, quelqu’un a fait un graffiti, quelqu’un a publié quelque chose qu’on lui a dit sur les réseaux sociaux”, mais l’effet cumulatif est considérable et contribue à créer la division et le chaos. »

Selon lui, Téhéran vise à « définir un agenda public », celui « d’approfondir la division ». Les Iraniens « nous apprennent à analyser la société israélienne », dit-il, en précision glaciale.

Un exemple récent illustre cette stratégie : la famille de Liri Elbag, en captivité, avait reçu une couronne mortuaire portant une inscription provocatrice. L’affaire avait bouleversé le pays. Ce n’est que plus tard que le Shin Bet en a attribué l’origine à l’Iran.
« C’est clairement un huitième front. Pour eux, c’est une arme qui ne tombe jamais, un missile balistique, voire pire », souligne Assulin.

Qui tentent-ils de recruter ?

« Le profil recherché est inadapté à la cible », note-t-il. Pour obtenir de véritables renseignements, Téhéran cherche des individus ayant accès à des informations sensibles. Mais pour semer le désordre, « presque n’importe quel citoyen peut faire l’affaire ».

L’affaire de Bat Yam reflète ce modèle : des personnes ordinaires, souvent des activistes, non nécessairement influentes. « Ils filmeront probablement des scènes, feront des graffitis, indiqueront les lieux de chutes, dans le but de semer le chaos et de recueillir des renseignements. »

Le processus patient du recrutement

Assulin détaille un mécanisme long, méthodique et psychologique. « Le processus de recrutement est très long. Il ne s’agit pas d’une simple offre d’emploi. Leur objectif est de pouvoir gérer une personne en Israël depuis l’Iran. »

Tout commence par une phase d’approche parfaitement innocente : « Ils répondent à toutes vos publications sur les réseaux sociaux, approuvent vos propos, vous complimentent, des choses qui n’ont rien à voir avec ce qu’ils attendent de vous par la suite. »

Puis vient l’établissement d’un lien personnel. « Ils établissent progressivement un lien social avec vous afin de répondre psychologiquement à toutes sortes de besoins personnels. L’opérateur crée une relation dans laquelle la personne manipulée s’habitue à accepter les persuasions de l’autre. »

Il illustre : « Imaginez que vous soyez photographe amateur. L’opérateur répond à vos photos pendant des mois, puis commence à vous contacter en privé. Tout est encore parfaitement innocent, la confiance s’installe. Au bout d’un certain temps, il vous dit : “J’ai entendu parler d’un oiseau rare qu’on ne trouve qu’en Israël et je serais ravi que vous le photographiiez pour l’exposition.” En échange, il vous offre quelque chose : de l’attention, une oreille attentive, de l’argent, ce qu’il juge approprié. »

La mécanique s’enclenche : « Voilà comment ça se passe : ils créent un schéma, vous effectuez une mission, vous recevez une récompense. Petit à petit, ils complexifient les missions jusqu’à ce qu’elles deviennent des missions contre l’État, et là, soudain, vous réalisez : “Je me suis mis dans un pétrin. J’ai espionné pour les Iraniens, je n’ai pas le choix, je dois continuer.” »

« Dans la plupart des cas, au début, les gens sont en quelque sorte induits en erreur. Il faut comprendre la complexité de la situation ; ce n’est pas quelque chose qui se produit en un ou deux jours. »

Assulin ajoute : « Pour chaque personne capturée dont on entend parler, il y en a beaucoup d’autres qui ont été neutralisées et beaucoup d’autres qui ont réussi à percer leurs défenses. Les effectifs sont considérables. L’objectif de l’ennemi est de mobiliser et d’exploiter constamment ce chaos. »

Que faire en cas de soupçon ?

La réponse d’Assulin est sans ambiguïté : vigilance absolue. « Même des choses qui paraissent anodines au premier abord peuvent mener à des situations très dangereuses. C’est pourquoi, lorsqu’on reçoit soudainement des demandes de renseignements de personnes inconnues, sans aucun lien avec elles, même si elles semblent professionnelles ou amicales, il faut toujours rester vigilant. Soyez méfiant, posez des questions à votre interlocuteur. Il ne s’agit pas d’être paranoïaque, mais soyez attentif. »

Certains signes doivent alerter : impossibilité soudaine de parler au téléphone, demandes d’éviter Zoom. « C’est suspect. En cas de doute, appelez la police, qui transmet ces affaires au Shin Bet, un service de contre-espionnage spécialisé dans ce domaine. »

Assulin adresse enfin un message crucial à ceux qui hésitent à signaler : « Même si l’on réalise a posteriori être tombé entre les mains des Iraniens, il ne faut pas se dire : “Je vais avoir des ennuis, que vont-ils me faire ?” Cela ne fera qu’empirer les choses. Dès qu’on a le moindre soupçon, il vaut mieux avouer et se sortir de cette situation. Si quelqu’un a été naïf, les autorités le reconnaîtront. Il y a une grande différence. »

Pourquoi Bat Yam est devenue une cible privilégiée

Selon plusieurs responsables de la sécurité, le choix de Bat Yam n’a rien d’anodin.
La ville, située aux portes de Tel Aviv, offre un terrain particulièrement favorable aux approches discrètes.

Sa population dense, mêlant jeunes très actifs sur les réseaux sociaux, classes moyennes, modestes et personnes isolées, constitue un vivier idéal pour des recruteurs cherchant des profils ordinaires, accessibles et faciles à influencer.

L’anonymat urbain, combiné à des groupes locaux très engagés en ligne, permet de repérer rapidement des individus impulsifs, revendicatifs ou vulnérables.
Pour les services iraniens, cette configuration représente une opportunité stratégique : à quelques minutes du centre névralgique du pays, un simple citoyen manipulé peut transmettre des images, signaler un mouvement ou ajouter sa part au chaos recherché.

Bat Yam, déjà touchée par plusieurs tentatives révélées ces dernières années, apparaît ainsi comme un point de pression où les failles sociales et géographiques se rencontrent.

Bat Yam est un terrain social idéal pour repérer des profils fragiles ou influençables.

La ville concentre une population mixte, avec des classes moyennes et modestes, des personnes âgées isolées, des jeunes très actifs sur les réseaux sociaux. Ce sont précisément les profils que les Iraniens recrutent le plus facilement :

des citoyens ordinaires, pas des experts, des gens qu’on peut approcher discrètement en leur offrant un rôle, de l’attention ou un petit paiement.

 Sa proximité immédiate avec Tel Aviv en fait une plateforme stratégique.

Bat Yam est littéralement à la porte de Tel Aviv et de ses axes sensibles : centres gouvernementaux, bâtiments de sécurité, infrastructures, artères principales.

Un « agent » basé à Bat Yam peut photographier, filmer, signaler des mouvements, ou simplement noter des détails logistiques sans attirer l’attention.

C’est une ville dense, urbaine, où l’anonymat favorise le repérage.

Dans les villes très denses, un contact sur Telegram, Instagram ou Facebook peut facilement se fondre dans la masse de messages qu’un habitant reçoit.

Les services iraniens exploitent cet anonymat : une approche paraît moins suspecte dans un environnement urbain que dans une petite localité.

Bat Yam possède un tissu d’activistes très présent en ligne.

C’est un point central dans les recherches du Shin Bet. Beaucoup d’habitants de Bat Yam participent à des groupes locaux très actifs :

sécurité civile, protestations, entraide, alertes du front sud, réseaux politiques.

Les Iraniens repèrent dans ces groupes des personnes engagées, bavardes, connectées, parfois impulsives. C’est exactement ce qu’ils cherchent : des gens qui peuvent amplifier le chaos sans comprendre qu’ils servent une stratégie hostile.

Parce que Bat Yam a déjà montré une vulnérabilité exploitable.

Plusieurs affaires d’approches suspectes ont déjà été détectées dans la ville. Dans le renseignement, lorsqu’un lieu s’avère « fertile », on y retourne.

Ce n’est pas un hasard si l’alerte y est revenue cette semaine : d’après les spécialistes, les Iraniens réinvestissent les zones où leurs précédentes tentatives ont, même partiellement, fonctionné.

 C’est une ville où la population est accessible : pas trop riche, pas trop fermée.

Les services iraniens évitent généralement les milieux très aisés ou très structurés, difficiles à infiltrer. Bat Yam représente le contraire : proche de Tel Aviv, mais socialement plus abordable, plus ouverte, plus poreuse aux interactions.

 Bat Yam n’est pas une cible pour ce qu’elle représente, mais pour ce qu’elle offre :

un bassin de population large, accessible, connectée, facile à approcher, située au cœur du pays, à moins de dix minutes du centre stratégique de Tel Aviv.

 

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