"Pourim 1946" : Le cri de Julius Streicher ce que personne n'avait compris depuis 80 ans

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"Pourim 1946" : Le cri de Julius Streicher ce que personne n'avait compris depuis 80 ans

 

Pourim 1946, Pourim 2026 : quand l'Histoire bégaie et que le Livre d'Esther parle

Il y a des coïncidences que l'Histoire seule ne suffit pas à expliquer. Des résonances entre les siècles qui laissent l'observateur — qu'il soit croyant ou agnostique — dans un silence troublé. Nous vivons aujourd'hui l'une d'elles.

Le cri de Nuremberg

Le 16 octobre 1946, à deux heures du matin, deux soldats américains frappent à la porte de la cellule numéro 25 de la prison de Nuremberg. Julius Streicher, l'éditeur du journal antisémite Der Stürmer, l'un des propagandistes les plus virulents du IIIe Reich, est tiré de sa couchette. Il refuse de marcher. Il pleure, il supplie, il hurle. On le traîne jusqu'à l'échafaud en tricot de corps et caleçon long  seul parmi les dix condamnés à s'être comporté ainsi.

Sur le podium de la potence, face aux huit journalistes accrédités et aux quatre généraux américains présents comme témoins, quelque chose d'inhabituel se produit.
Le bourreau  dont on apprendra que son nom était Woods, bois en anglais, le même matériau que la potence de Haman dans le Livre d'Esther  aurait délibérément "raté" l'exécution de quinze minutes.
Une façon, selon les témoins, d'infliger davantage de souffrances à cet homme qui n'avait manifesté aucun remords depuis le début du procès.

Ces quinze minutes supplémentaires au pied de la potence, Streicher les mit à profit pour insulter copieusement l'assemblée. Les mains liées dans le dos, il se retourne vers l'assistance et lance une série d'injures mémorables. Parmi elles, celle qui allait traverser l'Histoire et intriguer le monde entier : "Fête de Pourim 1946 !" Puis son dernier cri : "Les bolcheviks vous pendront un jour !"

Tous les témoins se regardèrent, sans vraiment comprendre ce que cet ennemi du peuple juif venait de clamer. La scène est rapportée par le journaliste américain Kingsbury Smith et reprise dans le Newsweek du 28 octobre 1946. L'historien Andrew Nagorski commentera plus tard : "Ces cris ont parfaitement résumé son attitude durant tout le procès."

Ce même 16 octobre 1946, dix dignitaires nazis montent à la potence : Ribbentrop, Keitel, Kaltenbrunner, Rosenberg, Frank, Frick, Streicher, Seyss-Inquart, Sauckel et Jodl. Hermann Göring s'était suicidé quelques heures plus tôt ; Martin Bormann avait été condamné par contumace. Dix pendaisons. Exactement dix.

Pourquoi ce cri ? La clé que personne n'avait vue

La réponse se trouve dans la biographie intellectuelle de Streicher lui-même. Vingt-deux ans avant son exécution, il avait consacré un article virulent à ce qu'il appelait "Das Purimfest" — la fête de Pourim — comme exemple de prétendue dépravation juive.
Les nazis, pour mieux combattre leur ennemi, l'avaient étudié à fond. Streicher se vantait de posséder la plus grande bibliothèque judaïque du IIIe Reich. Il avait même appris le yiddish.

Il connaissait donc le Livre d'Esther dans ses moindres détails. Et sur le gibet, il venait de comprendre ou plutôt d'admettre ce qu'il lui arrivait.
En criant "Pourim 1946", Streicher s'identifiait lui-même à Haman mais avant tout il insultait une dernière fois le peuple juif puisqu'il associait Pourim a la dépravation du peuple juif.

Le dignitaire qui avait obtenu un décret d'extermination du peuple juif, et qui fut pendu avec ses dix fils après l'échec de son plan. Dix nazis pendus. Exactement comme les dix fils de Haman.

Ce cri n'était pas un accident ni un dernier souffle incontrôlé. C'était une déclaration consciente, délibérée, prononcée par un homme qui savait exactement ce qu'il disait  et ce qu'il reconnaissait malgré lui.

C'est précisément cette révélation  un antisémite fanatique qui, au seuil de la mort, valide lui-même la prophétie biblique  qui est au cœur du Code d'Esther, l'ouvrage remarquable des journalistes Bernard Benyamin et Yohan Perez, objet d'une interview exclusive dans Alliance en 2021.

"Streicher était un fanatique total en ce qui concernait les Juifs, c'est la raison pour laquelle il a été pendu à Nuremberg comme complice de meurtre, même s'il n'avait joué aucun rôle direct dans la planification de l'Holocauste", confirme l'historien Efraim Zuroff au Times of Israel. Condamné non pour des actes mais pour des mots pour avoir incité au meurtre et à l'extermination il rejoignait ainsi, dans une ironie vertigineuse, le destin de Haman.

Le Code d'Esther : une architecture textuelle stupéfiante

Les recherches de Bernard Benyamin et Yohan Perez révèlent une couche supplémentaire. Dans le texte hébreu massorétique du Livre d'Esther, au chapitre 9 décrivant la pendaison des fils de Haman, trois lettres sont écrites en petits caractères  le tav, le shin, le zayin dont la valeur numérique totale est 707. Ajoutée au millénaire hébraïque de 5000, on obtient l'année 5707 du calendrier juif, qui correspond à 1946-1947. Et le vav final, écrit en grand caractère, désigne à la fois le chiffre 6 et un millénaire.

Le 16 octobre tombait à Hoshana Rabba, jour associé dans la tradition rabbinique à la clôture du jugement divin. Le bourreau s'appelait Woods  bois en anglais or la Méguilah d'Esther insiste sur le mot bois pour désigner la potence d'Haman et de ses fils.
Le tribunal militaire international avait choisi la pendaison comme mode d'exécution, renvoyant directement à la scène perse antique.

Streicher, l'antisémite fanatique, aura été  malgré lui  le premier à prononcer à voix haute ce que des générations de lecteurs juifs avaient lu sans y voir une prophétie accomplie.

Pourim 5786 : de Suse à Téhéran

Quatre-vingts ans plus tard, dans le calendrier hébraïque, une séquence d'une densité historique comparable vient de se refermer — sans qu'il soit nécessaire d'établir un lien mécanique entre les deux événements. Le lien est ailleurs : il est dans la structure du récit.

Le 28 février 2026 — Chabbat Zachor, la lecture rituelle ordonnant de se souvenir d'Amalek — les États-Unis et Israël lancent une opération militaire conjointe. La résidence officielle du Guide de la Révolution islamique est détruite. Le 1er mars 2026, les médias d'État iraniens confirment la mort d'Ali Khamenei. Pourim 5786 débutait le 2 mars.

Pendant trente-sept ans, Khamenei avait structuré une stratégie régionale d'encerclement d'Israël : Hezbollah, Hamas, milices chiites en Irak, Houthis au Yémen, le tout enveloppé d'une rhétorique inscrivant la disparition d'Israël comme objectif idéologique central. Haman avait obtenu un décret royal. Khamenei avait construit un empire de mandataires. Dans les deux cas : la haine érigée en politique d'État. Dans les deux cas : venahafoch hou — et cela se retourna.

Le nom caché

Le Livre d'Esther est le seul texte biblique où le nom de Dieu n'apparaît pas explicitement. La tradition enseigne que c'est précisément pour signifier que la Providence agit de manière cachée, à travers des événements qui semblent naturels. Sether — le caché — est contenu dans le nom d'Esther lui-même.

Bernard Benyamin et Yohan Perez ont enquêté pendant des années pour restituer le sens de ce cri lancé depuis une potence allemande un soir d'octobre 1946. Ils ont découvert une architecture textuelle d'une précision qui dépasse la coïncidence, et une question qui demeure ouverte : comment un texte rédigé il y a deux millénaires peut-il encoder les dates d'événements futurs ?

La réponse appartient à chacun. Mais une chose est certaine : Streicher, lui, savait. Il avait lu Esther. Il avait compris qu'il était Haman. Et c'est pour cela qu'il a crié.

Sources : Times of Israel ; Newsweek, 28 octobre 1946 ; Bernard Benyamin & Yohan Perez, "Le Code d'Esther" (Alliance, 2021) ; Andrew Nagorski, historien ; Efraim Zuroff, Centre Simon Wiesenthal ; France 24, Euronews, Franceinfo (1er mars 2026).

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