Livre juif : Le passé contemporain de Annie Zadek

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Annie Zadek : le passé contemporain

Annie Zadek, "Contemporaine", éditions Créaphis, 2019, 10€.

Dans ce livre Annie Zadek veut tout dire. Et de A à Z. Elle met donc la barre très haut "pour pouvoir tout dire en même temps. Et de quelle façon commencer. Le début est toujours là. Seule issue, le « passage à l’art » comme l’écrit Sylvie Lindeperg à propos de Nuit et brouillard.". Écrire veut donc surmonter ce qui se cache sous le secret de son nom "qui dit quelque chose d’elle, du monde et de l’histoire" et qui devient par lui même le "membre manquant" propre à répondre du début et de la fin.

Celle qui se revendique comme juive et polonaise précise donc le sens même du livre par son nom qui mélange un divin et la trivialité : « en yiddish et en hébreu notre nom signifie le juste le Tsaddik ; en tchèque ou en polonais il désigne le cul, les fesses, le derrière ». Cette étymologie reporte à l'image d'un père atteint par un cancer qui le réduit à « anus artificiel, puanteur de la poche pleine ».

La fille l'a fuit lorsque la maladie s'est déclarée. Elle ne l'a pas accompagné dans ses derniers moment et a refusé d'aller sur sa tombe "à l’emplacement AJ7 du cimetière israélite de Lyon ». Elle dit ici ses peurs : celle que tout reprenne comme celle de l'abandon là où tout fonctionne néanmoins sous l'égide de la force et la présence du corps. Annie Zadek crée ainsi un pont entre diverses morts qui renvoie à la Shoah.

L'auteure évoque sa "désappartenance". En voulant fuir elle est devenue contempraine de tous ses morts d'hier et d'aujourd'hui dans un travail de régression et en éprouvant " la perte de familiarité du chez soi", son extraterritorialité.« Je n’ai pas aimé vivre pendant toutes ces dernières années » écrit celle qui a parcouru au cours de ses périgrinations Allemagne, Russie, Pologne, Tchéquie, Autriche, Belgique et Géorgie en vouant une sorte de dégout voire de haine au monde contemporain et préfère vivre en compagnie de ses morts.

Mais rien n'y fait : Annie Zadek reste de ce monde dans un livre en deux temps qui signifient diverses fins : celles de l'amour, de la légèreté, des idéaux, de la politique, du rire mais aussi de l'oubli dans ce qui tient d'un "tout ou rien".Il faut faire avec. Jusqu'à ce que l'auteure nomme «l’aporie contemporaine » et sa confusion des temps entre les morts et les vivants depuis la "Nuit de cristal" prélude à l'extermination jusqu'à ce que le monde d'aujourd'hui se ferme sur lui-même dans une suite de conflits, déplacements, meurtres organisés et écocide.

Annie Zadek témoigne de ce que veux dire être femme juive, errante. Elle ne peut plus faire de choix dans le monde tel qu'il devient. Et si dans ce livre des moments d'apaisements amoureux existent mais leurs "transports" est toujours grevé des voyages plus mortifères de celles et ceux qui n'en revinrent pas.

Tout devient le prolégomène à un vaste désastre où l'auteure apparaît comme membre d'une communauté clandestine de survivants. Il se symbolise par le "ça" du livre : « C’est de ça que j’aurais voulu parler » / De ce Ça du « Plus jamais ça ». Le tout dans une litanie de noms qui rappellent l'histoire et ses horreurs.

Ceux de lieux : les Mille, Izieu, Drancy, Struthof, Kalisz (ville natale de ses parents). Ceux des créateurs : Peter Handke, Woolf, Rilke, Pina Bausch, Franz West, Louise Bourgeois, Roman Opalka, Chris Marker qui ont témoigné de ce qui s'est passé et ne passe pas. L'ensemble fait de l'auteure la mal épargnée qui reste certes vivante mais dans la peur de l'abandon et de la déchéance.

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