Les Français d’Israël sortent du silence : vers une nouvelle ère politique

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Les Français d’Israël sortent du silence : vers une nouvelle ère politique

Les francophones d’Israël doivent faire entendre leur voix : il est temps d’entrer en politique

Ils aiment Israël, y vivent en grand nombre, respectent ses institutions. Mais leur silence politique est devenu leur plus grande faiblesse. Et si les olim de France devenaient enfin les acteurs de leur destin ?

Une communauté nombreuse… mais inaudible

Ils sont enseignants, médecins, avocats, artisans ou retraités. Ils ont quitté une France en proie à l’insécurité et au mal-être identitaire, pour rejoindre le rêve sioniste. Ils s’installent à Netanya, Ashdod, Jérusalem ou Tel Aviv. Ils s’adaptent. Ils réussissent souvent. Mais ils ne pèsent rien politiquement.

En 2023, seuls 2 406 Juifs de France ont fait leur Alyah, un chiffre dérisoire au regard de la taille et du potentiel de cette communauté. Et pourtant, le rêve d’Israël est vivant chez des milliers de familles françaises. Pourquoi un tel fossé entre aspiration et réalisation ? Parce que la peur de l’échec reste plus forte que la promesse d’un nouveau départ. L’intégration, malgré les dispositifs mis en place, reste ardue.

 Une inégalité flagrante entre olim

Les chiffres ne mentent pas : les Français sont les oubliés des politiques d’intégration.

  • Les russophones, organisés politiquement depuis les années 90, ont su faire entendre leur voix jusqu’au sommet de l’État.

  • Les Éthiopiens, plus modestes en nombre, ont imposé leur présence à coup de manifestations et de grèves de la faim.

  • Les Américains, peu nombreux mais puissants économiquement, disposent d’un lobby redoutablement efficace.

Et les Français ? Rien. Aucun ministre issu de leur communauté, aucun député à la Knesset pour porter leurs préoccupations. Ils sont les bons élèves d’Israël, loyaux et discrets. Trop discrets.

 L’illusion du vote « acquis »

Le paradoxe est cruel : en soutenant massivement Benyamin Netanyahou, perçu à juste titre comme un homme d’État fort et respecté, les francophones se sont neutralisés politiquement. Leur fidélité est louée mais jamais récompensée. Un électorat perçu comme “acquis” est un électorat que l’on néglige.

Et pourtant, le Premier ministre lui-même reconnaît l’importance stratégique de la communauté francophone. Mais il faut plus qu’un respect mutuel : il faut une stratégie. Une organisation. Une ambition.

L’urgence d’un sursaut collectif

Pourquoi les olim de France ne bénéficient-ils pas des mêmes aides que les autres groupes ? Pourquoi tant d’enfants francophones en Israël sont-ils scolarisés sans soutien adapté en hébreu, livrés à eux-mêmes dans des systèmes éducatifs parfois inadaptés à leur profil ? Pourquoi tant de diplômes français restent non reconnus ? Pourquoi les aides au logement leur sont-elles moins accessibles ? La réponse est simple : l’absence de structuration politique.

Mais cette situation n’est pas une fatalité.

 Un espace politique, pas un parti

L’idée n’est pas de créer un parti communautaire. Loin de là. Il s’agit de créer un lieu de coordination, de réflexion, de lobbying. Un espace francophone capable d’entrer en dialogue avec tous les partis, toutes les institutions, pour porter une voix unifiée et respectée.

L’heure n’est plus à la patience. L’heure est à la stratégie.

D’autres communautés ont montré la voie : il ne s’agit pas de crier plus fort, mais de parler plus juste, avec cohérence, continuité et vision. Il faut créer des relais dans les médias, dans les ministères, dans les conseils municipaux, dans les cercles de pouvoir. Et cela passe par la formation de porte-parole, de candidats, de figures publiques issues de la communauté francophone.

Anecdotes d’intégration : les histoires qu’on n’entend jamais

Ils sont nombreux, ces olim français qui réussissent sans faire de bruit. Tel ce médecin marseillais, installé à Ashdod, qui a dû repasser son diplôme, sans aide, pour exercer en Israël. Ou cette mère de famille de Sarcelles, ingénieure en informatique, contrainte de reprendre des cours d’hébreu alors qu’elle dirigeait une équipe de 20 personnes en France.

Combien d’histoires d’exil intérieur vivent les olim francophones, confrontés à une administration rigide, à un système d’aide parfois inadapté, à une culture politique qui ignore leurs besoins réels ?

Et pourtant, ils restent. Ils aiment Israël. Ils veulent s’y enracinent. Mais l’amour ne suffit plus.

 Une question de dignité

Les olim de France ne réclament pas des privilèges. Ils demandent l’équité. Ils veulent être traités comme des citoyens à part entière, avec les mêmes droits, les mêmes opportunités, la même considération.

 Et maintenant, que faire ?

  • Pourquoi ne pas créer une Maison de la citoyenneté francophone dans chaque grande ville ?

  • Pourquoi ne pas lancer une campagne d’éducation civique pour les jeunes olim français ?

  • Pourquoi ne pas soutenir une promotion francophone à la Knesset, formée, légitime, connectée aux réalités du terrain ?

  • Pourquoi ne pas fédérer les associations existantes dans une coalition de lobbying positif, capable d’interpeller les décideurs ?

Une mobilisation spontanée, un signal fort

Un premier signal concret a déjà été donné : plus de 800 réponses ont été recueillies en quelques jours à un sondage diffusé uniquement via WhatsApp, sans publicité ni structure formelle. Cette mobilisation éclair illustre un fait simple : les olim de France veulent désormais exister politiquement.

Comme l’exprime Dov Maimon :

« Cette participation exceptionnelle illustre le vif intérêt parmi les olim de France pour une existence politique affirmée. »

Ce sondage n’est qu’un début. Il marque le lancement d’un mouvement de fond, appelé à se structurer dans les semaines à venir autour d’États Généraux des Français d’Israël. Objectif :

  • définir collectivement les besoins,

  • construire une stratégie commune,

  • et obtenir une véritable représentation politique.

Unir nos forces. Porter notre voix. Peser enfin sur les décisions.

Telle est la feuille de route.
Dans l’esprit de ce rassemblement naissant, un lobby francophone structuré est déjà en cours de réflexion avec les activistes locaux et les associations de terrain. Pour la première fois, la communauté francophone d’Israël se dote des outils pour passer de l’enthousiasme à l’influence.

Des victoires municipales qui montrent la voie

Quand les francophones s’organisent, les choses bougent.

À Jérusalem, près de 10 % de l’électorat du maire est francophone, et ce dernier en tient compte : il écoute, il agit. À Netanya, Ashdod, Raanana, des dynamiques comparables sont à l’œuvre. Là où les olim de France se mobilisent en tant que groupe, leur pouvoir électoral devient un levier réel.

Ces réussites locales sont une preuve vivante : la mobilisation porte ses fruits. Raison de plus pour passer à l’étape suivante : faire entendre cette voix au niveau national, dans les ministères, à la Knesset, dans les cercles où se décident les politiques d’intégration et les priorités budgétaires.

Comprendre pourquoi Israël a besoin des francophones 

Israël a besoin de ses francophones, pour leur éthique, leur culture, leur exigence démocratique, de leur énergie.
Et les francophones ont besoin de se faire entendre, sans agressivité mais avec détermination.

Ne pas peser politiquement, c’est laisser d’autres écrire l’avenir à notre place.
Il ne s’agit pas de diviser, mais de contribuer. Non pas de quémander, mais de construire. C’est une question de responsabilité collective. Et surtout, de respect de soi.

Qui est Dov Maimon ?

Dov Maimon est docteur en philosophie de la religion et chercheur principal au Jewish People Policy Institute (JPPI), un think tank stratégique israélien dédié à l’avenir du peuple juif. Ancien directeur du programme européen de l’Institut, il est l’un des experts les plus écoutés sur les questions d’Aliyah, d’identité juive et de relations entre Israël et la diaspora francophone. Lui-même issu d’une famille française, il milite depuis des années pour une meilleure intégration politique et sociale des Juifs de France en Israël


 

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