Le rêve fou d'un père et sa fille israéliens : 18 jours de vol au-dessus de l'Europe

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Le rêve fou d'un père et sa fille israéliens : 18 jours de vol au-dessus de l'Europe

Dix-huit jours dans un cockpit avec son père : le road trip aérien qui réalisait un vieux rêve

À 11 000 pieds d'altitude, au-dessus de la Sicile, dans un minuscule avion ultra-léger à deux places, Nir Levi, 27 ans, instructrice de vol installée aux États-Unis, et son père Gil Levi, 62 ans, agriculteur de l'Arava en Israël fixaient prudemment la gueule d'un volcan actif. Un panache de cendres leur indiquait la direction à ne surtout pas approcher.

Ce moment résume à lui seul ce périple pas comme les autres : un road trip aérien père-fille de 18 jours et 55 heures de vol, mené avec six kilos de bagages personnels chacun, une avalanche d'autorisations et de calculs de carburant, des pistes en herbe et des aérodromes privés, de la cuisine italienne et des nuits écourtées pour préparer les vols du lendemain. Ni randonnée tranquille, ni vacances en famille classiques : une aventure tendue, intense, un rêve familial vécu aux commandes.

Un départ presque avorté

Quelques heures avant le décollage depuis le moshav Paran en Israël,le grand projet a failli capoter, non pas à cause de la météo, mais d'un simple problème logistique. « Notre première escale était prévue à Rhodes », raconte Nir à Ynet. « À deux heures du matin, on nous a annoncé qu'il n'y avait pas de place pour nous garer. Tu imagines la pression, ça changeait tout l'itinéraire. »

En voiture, on trouve simplement un autre parking. En ultra-léger, en pleine traversée intercontinentale, c'est une autre histoire. « Il n'y a pas beaucoup d'options d'atterrissage sur la route vers l'Europe », explique Nir. « Et il faut un aérodrome équipé du contrôle des passeports. » Après des dizaines de mails et d'appels, la Crète refuse, mais une compagnie de Rhodes finit par accepter de les recevoir, in extremis.

Six kilos pour dix-huit jours

La contrainte matérielle a marqué tout le voyage. « La soute de l'avion autorise 20 kilos », précise Gil. « On a emporté du matériel d'urgence, un canot pneumatique, des sacs étanches avec des radios, ça faisait huit kilos. Il nous restait six kilos chacun pour dix-huit jours. » Il en rit encore.

Le trajet : décollage de Paran, passage par Haïfa pour le tampon des passeports, puis ravitaillement à Paphos et en Grèce avant l'Italie. Deux nuits en Grèce, toute l'Italie traversée du sud au nord, puis retour par la Slovénie, la Croatie et le Monténégro.

De la monotonie à l'émerveillement

Paradoxalement, les deux premiers jours, au-dessus de la Méditerranée, la partie qui semblait la plus spectaculaire sur le papier, furent les plus ennuyeux. « On volait en ligne droite pendant des heures sans rien voir en dessous, à part de l'eau », se souvient Nir.

Puis l'Europe s'est ouverte sous leurs ailes. « Les paysages sont devenus dingues », dit-elle. « La Grèce est superbe, l'Italie aussi. Il y a tellement d'endroits uniques qu'on a parfois refait le même trajet deux fois, juste par enthousiasme. La côte amalfitaine, on l'a survolée trois fois : aller, retour, aller. »

Amalfi est devenue leur point d'orgue. « Un an plus tôt, j'étais là, au sol, à regarder les avions passer en me disant : j'aimerais tellement être là-haut maintenant », raconte Nir. « C'est magnifique vu du sol aussi, mais il y a une liberté à la voir depuis le ciel, une sensation incroyable. »

Une communauté de passionnés

Loin des terminaux et des portes d'embarquement, le voyage s'est joué sur des pistes en herbe dans des jardins privés. « Les gens là-bas sont d'une gentillesse folle », dit Nir. « Ils s'occupaient de nous, nous trouvaient un hôtel ou un moyen de transport. » Une véritable communauté de pilotes amateurs et de propriétaires d'aérodromes s'est révélée à eux tout au long du trajet.

Invités à un festival d'avions ultra-légers par des gens rencontrés en chemin, ils s'attendaient à une vingtaine d'appareils. Il y en avait environ 200. « Même des gens qui ne nous connaissaient pas avaient déjà entendu parler de nous et nous demandaient : c'est vous, le père et la fille venus d'Israël en petit ultra-léger ? »

Une halte marquante, au sud de Bologne : un petit aérodrome avec hôtel, restaurant et piscine attenants, si proche qu'on voyait l'avion garé depuis le bassin.

San Marin, la piste la plus spectaculaire du voyage

Si Amalfi fut le sommet visuel du périple, San Marin, minuscule État niché au cœur de la Botte italienne, en fut le sommet émotionnel. Gil décrit cette piste minuscule comme l'une des plus belles au monde : « D'un côté de l'aérodrome, une montagne, de l'autre, un précipice. On voit Rimini, on voit la mer. »

L'accueil des pilotes locaux fut à la hauteur du lieu. « Ils m'ont dit que j'étais peut-être la première femme à atterrir dans ce pays », rapporte Nir. « C'est un aérodrome minuscule, un ou deux ou trois avions par jour, très peu de visiteurs en général. Alors un avion venu d'Israël, on est peut-être le premier avion israélien à s'être posé à San Marin. »

Hébergés par la famille d'une amie israélienne dont le père est italien, Nir a ensuite emmené le cousin et l'oncle de son amie pour un court vol au-dessus de la maison.

Face à face avec un volcan actif

Au large de la Sicile, en direction de l'Etna, le duo est monté à environ 3 500 mètres pour contourner le cratère. « Ce n'est pas dangereux », rassure Gil. « Ce n'est pas de la fumée qui sort du volcan, mais des cendres volcaniques. On voit où elles se dirigent et on approche par le sens opposé. »

Nir précise l'aspect technique : « On ne survole jamais exactement le cratère, c'est une zone interdite, donc on a contourné. C'était une expérience de faire monter notre avion à cette altitude, quelque chose qu'on n'avait jamais fait. » Le même vol les a menés plus au nord, vers l'archipel de Stroboli, un chapelet d'îles volcaniques toutes actives.

Un cockpit, deux générations

Dans cet habitacle minuscule, la répartition des tâches était claire. « Sur la plupart des vols, 95 % du temps, c'est moi qui pilotais », dit fièrement le père. « Elle s'occupait du reste : communications avec le contrôle aérien, planification de vol. J'étais son pilote automatique. »

L'aviation coule dans les veines de la famille Levi. « Je ne suis pas le seul pilote de la famille », explique Gil. « Mon père était pilote, mes deux frères le sont aussi. C'est un plaisir de voler avec ma fille et de la voir gérer les choses mieux que moi. »

Le renversement des rôles fut l'un des plus beaux fils rouges du voyage. Autrefois, le père enseignait à sa fille. Aujourd'hui, c'est elle qui le guide, checklist, procédures et remarques en cockpit compris. « Ces échanges de rôles surviennent d'un coup, quand il fait quelque chose de travers et qu'il faut le lui dire », raconte Nir. « Je ne pense pas que tout père accepterait une remarque comme ça. Parfois, je devais même hausser un peu le ton : mais qu'est-ce que tu fais, papa ? Au final, c'est instructeur et élève, et tout père n'accepterait pas ça venant de son enfant. » Gil ne conteste jamais. Pour lui, dans les airs, l'ego n'a pas sa place : « Il n'y a qu'un seul commandant de bord. Jamais deux. »

Les imprévus qui deviennent des cadeaux

Comme tout road trip digne de ce nom, l'itinéraire n'a pas toujours suivi le plan. À Corfou, leur journée d'atterrissage n'a pas été approuvée. Ce contretemps les a menés vers les lacs du nord de l'Italie, Garde et Côme, où des amis cyclistes de Bergame les attendaient pour déjeuner avant de reprendre l'air vers les rives spectaculaires.

Mais Gil rappelle vite la réalité derrière la carte postale : 55 heures de vol en 18 jours, avec des arrêts toutes les trois heures pour ravitailler et faire une pause. L'avion pouvait tenir environ quatre heures et demie à cinq heures sans escale, mais ils préféraient ne pas pousser la limite.

Le dernier coup de chance

Sur le trajet du retour, entre Corfou et Rhodes, le carburant venait à manquer, en urgence. La solution : le terrain privé d'un habitant local, contacté la veille au soir via Google Traduction en grec. Une piste de 600 mètres, un hangar rempli d'avions, une maison privée, très peu d'anglais et énormément de bonne volonté. « Il nous a cueilli des abricots de son arbre », se souvient Nir, le sourire aux lèvres.

Un pays taillé pour l'aviation légère

Au fil du voyage, une évidence s'est imposée : ce type de périple ne repose pas seulement sur un avion et une licence de pilote, mais sur tout un réseau d'aérodromes, de propriétaires, de pilotes et d'habitants prêts à rendre service. « L'Italie est vraiment équipée pour les voyages en ultra-léger », confirme Gil. Nir ajoute que plusieurs constructeurs d'avions ultra-légers y sont implantés, ce qui explique sans doute cette culture aéronautique si vivante.

Au terme de ces dix-huit jours, ce ne sont pas seulement les paysages, les volcans ou les petites pistes qui resteront gravés. C'est le souvenir d'un père et d'une fille partageant un même cockpit, unis dans la réalisation d'un rêve ancien. Nir et Gil, eux, pensent déjà au prochain voyage ensemble.

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