L’astrologie juive, un savoir caché derrière les interdits

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Culture, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
L’astrologie juive, un savoir caché derrière les interdits

Les secrets interdits de l’astrologie juive

L’astrologie semble, au premier regard, étrangère au judaïsme.
Elle paraît mystique, irrationnelle, presque suspecte.
Pourtant, elle traverse discrètement des siècles de pensée juive, oscillant entre condamnations catégoriques et fascination assumée.
Maïmonide la rejeta totalement, Ibn Ezra y vit une sagesse cosmique, et nombre de textes classiques ménagent un espace à ces deux visions.
Dans la tradition juive, les astres ne dictent jamais le destin. Ils éclairent seulement un champ de possibilités, les lueurs d’un potentiel façonné par le libre arbitre plutôt que par une fatalité implacable. Même l’expression « mazal tov », dérivée du mot désignant les constellations, rappelle que l’univers céleste reflète sens, orientation et finalité de l’existence humaine.

Le Rabbin David Touitou, dans son ouvrage consacré aux Mazalot, explore précisément cette zone trouble et fascinante où se rencontrent cosmologie juive et destinée individuelle.

Quand le judaïsme et l’astrologie semblent irréconciliables

L’astrologie contemporaine, omniprésente sur les réseaux sociaux, semble annoncer que les étoiles déterminent notre personnalité et écrivent nos choix.
Le judaïsme, lui, affirme qu’un Créateur omniscient gouverne le monde et accorde à chacun une liberté absolue.
L’idée que des planètes puissent tracer notre avenir ressemble à un résidu de paganisme, et le judaïsme est, depuis ses origines, farouchement hostile à toute forme d’idolâtrie.
Pourtant, derrière ces avertissements, derrière ces contradictions, se cache une tradition ancienne : une astrologie juive authentique, dissimulée à ciel ouvert.

 Maimonide : l’astrologie comme « superstition irrationnelle »

Au XIIᵉ siècle, des rabbins de Marseille interrogèrent Maïmonide sur la valeur de l’astrologie, très populaire dans leur communauté. La réponse du maître fut sans nuance. Il écrivit que
« la détermination du destin par la constellation au moment de la naissance est une superstition irrationnelle, dénuée de tout fondement scientifique ». Pour Maïmonide, ce n’était pas seulement non conforme à la loi juive ; c’était totalement dépourvu de sens.

Médecin respecté, il voyait dans l’astrologie une absence flagrante de rigueur intellectuelle. Il la qualifia d’« immoralité » lorsqu’on la transmet aux autres, allant jusqu’à parler d’une « maladie de l’âme ».

Ibn Ezra : l’astrologie comme architecture profonde de la création

À la même époque vivait Abraham Ibn Ezra, rabbin, philosophe et poète. Lui considérait l’astrologie comme un langage fondamental de la création.
Il écrivit qu’« tout ce qui arrive dans ce monde relève de l’influence des étoiles et rien ne peut exister sans elles ».
Il composa quatorze ouvrages sur le sujet, dont Reshit ‘Hokhma, affirmant que les astres révèlent les structures profondes de l’univers et notre rôle en son sein.
Deux visions radicalement opposées : l’une nie toute validité à l’astrologie ; l’autre en fait un pilier cosmique.

Les frontières du permis et du défendu : l’astrologie selon Yitzhak Aaron Pincus

Pour comprendre cette divergence, Yitzhak Aaron Pincus, auteur de Kosher Astrology, distingue trois formes d’astrologie. Il explique : « Quand on me demande si l’astrologie est cachère, je réponds comme pour les animaux : certains le sont, d’autres non ».

La première catégorie est celle de la magie astrale, où l’on vénère les corps célestes. C’est, dit-il, « littéralement de l’idolâtrie mêlée de sorcellerie », strictement interdite.

La seconde est l’astralmancie, version fataliste où la naissance déterminerait irrévocablement le destin. Selon lui, cette vision « contredit le libre arbitre », car elle impliquerait l’impossibilité d’accomplir les commandements.

Ces deux formes sont celles que Maïmonide condamne avec tant de fermeté.

La troisième catégorie est ce qu’il nomme « astrologie cachère » : un système où Dieu, au moment de la naissance, insuffle des potentialités, des « énergies du cosmos », sans jamais abolir la liberté humaine.
Les planètes décrivent un champ possible, non un verdict.
Un individu marqué par Mercure en Poissons pourrait avoir une imagination fertile ; utiliser ce don pour créer de la poésie ou de la propagande dépend exclusivement de son choix.

 Une astrologie omniprésente dans les textes juifs

Selon Yitzhak Aaron Pincus, l’astrologie permise est profondément enracinée dans les sources juives. Le Talmud relie chaque mois du calendrier hébraïque à un signe astrologique et enseigne que les jours et les heures sont influencés par les astres.
Des commentaires antiques affirment qu’Abraham, qualifié de « maître des étoiles », conseillait les gens par astrologie.

La Kabbale regorge de correspondances entre lettres, planètes et constellations. Le Sefer Yetsira distribue les lettres hébraïques à travers le zodiaque ; le Zohar décrit les étoiles comme des canaux spirituels reliant les mondes supérieurs au nôtre.

La Torah elle-même mentionne ce rôle dans la Genèse, lorsque Dieu crée les luminaires « pour signes ». Selon Pincus, il s’agit explicitement de signes astrologiques, l’un des usages prévus du soleil et de la lune dès le quatrième jour de la Création.

« Mazal tov » : l’astrologie dans le langage juif quotidien

L’expression la plus emblématique du judaïsme en garde la trace : « mazal » signifie constellation. Souhaiter « mazal tov », c’est souhaiter de « bonnes étoiles », un pronostic favorable venu du ciel.

Une astrologie comme miroir intérieur : la lecture de Shifra Bader

Cette tension entre science, mystique et identité mène à une conclusion inattendue lors d’une consultation avec Shifra Bader, astrologue vivant au Portugal.
Elle analyse un thème natal en tenant compte de l’heure et du lieu de naissance, mais refuse d’être enregistrée :
« La personne est sacrée. Elle est sainte. Elle doit se sentir entendue et vue ».

Son interprétation dessine une cartographie intérieure, une constellation intime faite de dons, de défis, de récits familiaux et de trajectoires possibles. Elle affirme :
« Nous sommes un mélange d’énergies. Nous avons tous les signes en nous ».

À travers ce dialogue, l’impression se forme que l’astrologie ne décrit pas seulement l’individu, mais un univers intérieur en conversation permanente avec l’univers extérieur.
Elle souligne : « Deux univers infinis dialoguent : celui du monde et celui que nous portons ».

 La tension entre science et mystère

Shifra reconnaît l’absence totale de preuves empiriques.
« Si je l’approchais comme Maïmonide, dit-elle, je conclurais peut-être que c’est de la pseudoscience ».
Mais, selon elle, il existe un espace que la rationalité ne peut épuiser : « Que vous appeliez cela Dieu ou non, il y a quelque chose ici que je ne peux expliquer. Et c’est acceptable. On n’est pas obligé de croire. Mais dans les moments où je ne comprends pas le plan, je puise dans quelque chose de plus grand que moi ».

L’astrologie juive comme rappel d’une appartenance cosmique

L’astrologie juive, loin de promettre la prédiction ou la maîtrise du futur, rappelle la place de l’être humain dans un ensemble plus vaste.
Elle murmure que l’homme demeure libre, mais jamais isolé. Elle suggère que chaque existence est située à l’intersection de deux mondes : celui que l’on porte en soi et celui qui nous englobe. Et tant que ce dialogue existe, la vie paraît un peu plus pleine de sens, un peu plus ajustée à sa finalité.

C’est peut-être la raison pour laquelle, depuis des siècles, en toutes occasions, le judaïsme continue de souhaiter « mazal tov » : une étoile favorable, non comme un verdict, mais comme une invitation.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi