Le mur de séparation pose problème aux habitants arabes de Jérusalem

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  Le mur de séparation pose problème aux habitants arabes de Jérusalem

JERUSALEM - Un directeur de clinique qui troque sa voiture pour une moto, un étudiant qui part avec deux heures d'avance pour être à l'heure en cours... La vie de dizaines de milliers d'Arabes de Jérusalem est bouleversée par la barrière de séparation construite par Israël pour prévenir l'infiltration de kamikazes palestiniens.

Le mur traverse les quartiers arabes de Jérusalem-Est, annexés par Israël en 1967. Quelque 100.000 habitants situés à l'extérieur de la barrière, soit 40% de la population arabe de la ville, doivent franchir des terminaux dotés de scanners à bagages et faire la queue pour vérification d'identité, afin de pouvoir aller travailler ou étudier dans le centre-ville.

Conséquence de ces difficultés d'accès, des Arabes migrent vers les quartiers à l'intérieur de la barrière et les prix des logements grimpent. Certains s'installent même dans des quartiers juifs.

Les autorités israéliennes ont du mal à convaincre que le mur est temporaire. Elles assurent que la structure en ciment pourrait être démontée en quelques jours, si un accord de paix israélo-palestinien réglait le statut final de la ville.

Le tracé de la barrière a été dessiné à la hâte et sans réel débat public, souligne l'ancien urbaniste en chef de Jérusalem, Israël Kimhi. "Cela pourrait aider à empêcher l'infiltration de kamikazes, mais cela va aussi causer beaucoup de gêne à des milliers de personnes."

Le gouvernement israélien estime que ces inconvénients sont compensés par une forte régression des attentats dans la ville. Mais les Palestiniens voient d'autres raisons à l'érection de la clôture, qui s'étendra à terme sur une centaine de kilomètres à Jérusalem et dans ses environs, et au total sur plus de 700 kilomètres en Cisjordanie.

"Le discours officiel porte sur la sécurité", note Menahem Klein, ancien négociateur de paix israélien, "mais la question sous-jacente est la destruction de Jérusalem-Est en tant que métropole de la Cisjordanie". Les Palestiniens qui veulent créer un Etat dans les Territoires voient Jérusalem-Est comme leur future capitale. Mais la partie orientale de la ville est désormais coupée de la Cisjordanie par la barrière.

De nombreux Arabes ont déménagé à cause du "mur", dont la construction a démarré en 2002. Tarek Muna, un employé de l'ONU âgé de 35 ans, a par exemple abandonné sa maison dans la banlieue de Bir Naballah, coupée de la ville par la clôture, pour louer un petit appartement bruyant dans le centre de Jérusalem-Est. Il explique avoir voulu échapper aux problèmes créés par le mur et bénéficier des avantages liés au statut de résident de la ville trois fois sainte, comme une assurance-maladie nationale.

La situation la plus difficile est sans doute celle des 60.000 Arabes qui vivent dans les limites administratives de la ville mais à l'extérieur de la barrière. Les 25.000 habitants du quartier Nord de Kufr Aqeb doivent passer par le terminal de Qalandia pour gagner le centre-ville. Carte d'identité en main, ils attendent devant des tourniquets en métal, soumettent leurs bagages à des scanners et passent par des détecteurs de métaux.

La procédure peut prendre de quelques minutes à plus d'une heure. Abou Romeileh, directeur de clinique, a acheté une moto pour éviter les files de voiture au terminal lorsqu'il doit livrer des poches de sang.

Israël affirme que la barrière ne change pas le statut légal des habitants mais elle a renforcé l'abandon de Kufr Aqeb par la municipalité. Elle oblige le quartier à se débrouiller pour assurer les services de base, souligne Ziv Ayalon, un Israélien impliqué dans la création d'un conseil municipal séparé pour les habitants exclus par le mur.

La barrière a également des répercussions graves sur la banlieue de Jérusalem, en Cisjordanie. A A-Ram, dont la plupart des 62.000 habitants ont le statut de résidents de Jérusalem, un appartement sur cinq est vide et les recettes fiscales locales ont chuté des deux tiers, selon le maire Sarhan Salimeh.

Le mur passe au milieu d'une artère commerçante, jadis la principale route entre Jérusalem et le Nord de la Cisjordanie. De nombreux commerces le long de cet axe sont aujourd'hui fermés ou ont perdu l'essentiel de leur ancienne clientèle.

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