Israël verrouille ses frontières : des milliers de personnes empêchées de quitter le pays

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Israël verrouille ses frontières : des milliers de personnes empêchées de quitter le pays

Pourquoi ne peut-on plus quitter Israël ? L’étranglement aérien qui indigne

 Entre ciel fermé et incohérences administratives : le chaos du départ

Alors que l’opinion se focalise sur les Israéliens bloqués à l’étranger, une autre réalité – plus silencieuse – inquiète : des milliers de personnes coincées à l’intérieur d’Israël ne parviennent plus à quitter le pays.
Depuis six jours, les vols commerciaux sont suspendus ou drastiquement limités, et la fermeture de l’espace aérien national ne laisse place qu’à quelques vols d’évacuation ou humanitaires, au compte-gouttes. Le pays semble s’être refermé sur lui-même.

Seuls certains groupes – diplomates, groupes organisés, quelques touristes – sont autorisés à embarquer sur des vols ou des croisières.
Pour les autres, citoyens comme étrangers, l’horizon reste fermé.
Quelques-uns parviennent à rejoindre Larnaca par bateau, ou à franchir les points de passage terrestres, mais beaucoup se heurtent à un mur administratif et à une logistique défaillante.

 Une décision contraire à la Loi fondamentale ?

Le Mouvement pour un Gouvernement de Qualité en Israël a pris la parole : pour lui, cette situation constitue une violation directe de la Loi fondamentale sur la dignité et la liberté humaines, notamment de son article 6, qui consacre le droit de tout citoyen à quitter le pays.
« Il est hautement discutable qu’un gouvernement puisse, par une simple décision, restreindre ce droit fondamental », alerte le mouvement, citant un précédent de la Cour suprême de mars 2021. À l’époque, les restrictions d’entrée et de sortie avaient été jugées disproportionnées et inconstitutionnelles.

La juge Hayut soulignait alors que la liberté de circulation figurait parmi les « piliers de la vie constitutionnelle ». Aujourd’hui, rien n’indique que ces nouvelles restrictions aient été soumises à un examen équivalent. L’État aurait donc agi en dehors de tout cadre législatif établi.

Le tourisme sacrifié : un sabotage économique ?

Le PDG du Bureau israélien des organisateurs du tourisme entrant, Yossi Fattal, est amer. Pour lui, l’attitude du gouvernement est un non-sens : « Refuser que des touristes embarquent sur les vols de retour alors qu’ils décollent à vide est absurde. Ce qui est sûr à l’aller l’est tout autant au retour. »

Il va plus loin : « Le tourisme n’est pas un luxe, c’est un levier économique stratégique. Le négliger, c’est perdre des milliards de shekels, mettre en péril des milliers de petites entreprises, et affaiblir l’image d’Israël dans le monde. » Selon lui, les touristes sont aussi des ambassadeurs naturels. Leur témoignage aurait pu compenser le naufrage diplomatique de l’image d’Israël à l’international.

Mais aujourd’hui, « des dizaines de milliers de touristes deviennent les témoins directs de la manière dont Israël traite ses hôtes en période de crise. Cela restera gravé. »

 Une frontière terrestre digne du tiers monde

Pour ceux qui tentent de quitter Israël par voie terrestre, la traversée est un chemin de croix. Le poste-frontière d’Allenby, principal passage vers la Jordanie, est décrit comme un « enfer logistique », indigne même des pays les plus pauvres. Aucun couloir prioritaire n’a été mis en place pour les étrangers. Certains tour-opérateurs ont dû affréter eux-mêmes des avions depuis Charm el-Cheikh pour rapatrier les touristes par l’Égypte.

Mais comme le résume avec amertume Yossi Fattal, « la majorité des touristes sont perdus à cause de la stupidité israélienne ».

 Une crise révélatrice d’un malaise profond

Cette fermeture prolongée de l’espace aérien révèle plus qu’une gestion de crise : elle cristallise les tensions internes entre sécurité et libertés individuelles, entre communication désastreuse et réalité administrative. Pour beaucoup, cette paralysie est le symptôme d’un gouvernement qui ne sait plus équilibrer urgence sécuritaire et respect des droits fondamentaux.

Car au-delà des avions cloués au sol, c’est la confiance qui s’effondre. Dans un pays habitué aux situations d’urgence, la gestion de celle-ci laisse un goût amer, celui d’un verrouillage qui n’a rien de temporaire.

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