Israël une société au mode de vie bipolaire

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mode de vie israèlien

Ce dimanche 6 décembre 2015, le calendrier hébraïque commémore la fête rabbinique de Hannoukah, appelée également « la fête des lumières ». Pouvant signifier également étymologiquement « fête de l’éducation» de l’hébreu hanokh, elle est le symbole de la résistance du clan des Maccabées à l’assimilation grecque, et donc de l’opposition au modèle occidental. Aujourd’hui, l’israélien se montre t-­il aussi réticent à vivre à l’occidentale?

Entre-temps, une prise de conscience ethnique s’est affirmée progressivement : Irakiens, Polonais, Roumains, Marocains, Yéménites, Indiens, ... la liste est longue, tant les communautés issues de la diaspora se sont retrouvées éparpillées.

De par sa composition, la société israélienne est diversifiée depuis son existence. Certains sionistes religieux, tel que le Rav francophone Léon Ashkenazi, y voient même un mariage de culture e​xilique q​ui n’a pu être opéré qu’à travers les Juifs.

Houmous foul , houmus et fèves entrée orientale d'origine irakienne

Houmous/foul du houmous avec des fèves entrée orientale.

Ces différences, on les retrouve du point de vue de la langue : derrière le yiddish c’est la culture occidentale, et derrière le judéo-­arabe la culture orientale

Ce qui touche à la conscience orientale se retrouve au niveau de la nourriture. Car d’après la tradition juive, le sens de l’existence se voit aussi dans les moyens de subsistance, c'est­-à-­dire le manger.

Benjamin Disraeli, ancien Premier ministre britannique affirmait lui que « les nations ont les Juifs qu'elles méritent » ; les Juifs européens sont donc au niveau de l'Europe, pour tout ce qui touche à l’instruction et la culture.

Ces contrastes s'expliquent par la différence d'éducation : le rôle de la femme en Orient est différent et la maternité y tient une place prépondérante.

Formée en majorité d’immigrants venus par vagues successives d’abord d'Occident se joignant aux populations autochtones, puis ensuite d’Orient, comment a-­t­-elle pu se forger une identité ?

Pour ce faire, il aura fallu dépasser à la fois préjugés et complexes d’infériorité et de supériorité sévissant entre Occidentaux et Orientaux, A​shkenazim e​t M​izrachim .​

C’est une société hétérogène où des processus de melting­pot ont vu le jour, aux vues des mariages inter­communautés qui se font de plus en plus nombreux.

Bien que les divergences identitaires se maintiennent, la convergence culturelle l'emporte donc, même chez les non­-juifs. L’affirmation d’une identité israélienne se trouve même renforcée en temps de guerre.

Plus de 70% de la population juive est aujourd’hui des sabras (nés en Israël), et plus de la moitié d’entre eux est au moins de la deuxième génération d’Israéliens. 35% de la population actuelle est née depuis 1948. Notons également qu’en 1948, il y avait seulement une ville de plus de 100.000 habitants : Tel-­Aviv.

Mais s’agit-­il alors d’écarter toute notion de dualité, car Manitou lui -même voit la confrontation entre Athènes et Jérusalem « au niveau des problèmes de l’esprit, au niveau des problèmes de la vie intérieure», la pensée occidentale étant elle­-même déjà depuis longtemps à la recherche de sciences humaines cohérentes.

 Les nations ont-elle les Juifs qu'elles méritent?

Il y a actuellement en Israël 3 groupes dans la population ; sur 8 millions 388 500 Israéliens :
1 644 100 chrétiens et musulmans. Les 6 millions de Juifs se répartissent actuellement en groupes à peu près égaux ; le premier est celui de ceux originaires d'Europe et d'Amérique, le deuxième groupe originaires d'Afrique et d'Asie.

La politique de libre immigration a donné un parfait équilibre entre les Juifs venus d'Occident et les Juifs venus d'Orient. En fait, maintenant une grande partie des jeunes juifs sont nés dans le pays et on observe une certaine fusion des deux populations juives orient/occident.

Pour être concret, le professeur Leviathan affirmait dans les années 60, que les immigrants d’origine orientale faisaient de plus fortes dépenses pour l’habillement que les immigrants européens qui dépensaient plus pour l’enseignement et les activités culturelles.

On aurait pu croire que plus la durée de résidence en Israël augmente, plus l’écart entre ses communautés s'accroîtrait ; ce qui aurait des conséquences sociales importantes.

Paradoxalement, on observe que l'amélioration des conditions de scolarité des migrants orientaux s’est faite plus rapidement que celle de leurs compatriotes occidentaux.

Néanmoins le fossé au niveau de l’instruction reste important, les inégalités s’observent dans plusieurs domaines : inégalité d’accès à l’emploi et stratification selon l’origine culturelle, chances d’accès à la propriété.

Une chaîne de facteurs concordants, au lieu de réduire les inégalités, les aggrave. Le sociologue de Jérusalem, M. Hanoch, avait étudié les différences des revenus entre groupes d'immigrants venus d'Orient et d'Occident, et il pensait que cette loi économique constante se vérifierait : l'abîme qui les sépare à une tendance naturelle à augmenter mais cela ne s’est pas révélé par la suite.

Une société en constante mutation à tendance bipolaire ?

Historiquement, les pionniers du sionisme ont souhaité créer une antithèse de la diaspora en créant ce qu’ils appelaient le «nouveau juif». Aujourd'hui, le noyau dur de la classe moyenne reste fidèle à cet héritage laïc et Marocains ou Yéménites intègrent sans problème cette fraction.

Les réflexes communautaristes tendent à se diluer au fur et à mesure que les individus deviennent socialement mobiles.

En effet, la plupart des Israéliens a un mode de vie construit sur celui d’une société de consommation à l'occidentale. Néanmoins, on ne peut qualifier Israël de “démocratie occidentale” car le système démocratique a été importé d’Europe, et le libéralisme est apparu au fil du temps.

A présent, si le régime tend à être démocratique, ses acteurs ne l'ont pas toujours été, et le libéralisme politique n’est apparu que progressivement.

Sur l’échiquier politique, les communautés défendent leurs intérêts au sein d’une société éclatée : les élus du parti Shass ont réussi à entrer à la Knesset devant leur soutien aux communautés par les communautés d’Afrique du Nord et du Moyen-­Orient, tandis que les immigrés Russes élisent également leur représentant à l’image d’Avigdor Lieberman.

La littérature israélienne, miroir de la singularité de la société

Au niveau mondial, un intérêt ambigu pour Israël voit le jour. La littérature israélienne reflète les racines européennes d’une culture qui n’a pu faire table rase du passé, mais reflète aussi sa fascination de l’orient.

L’expression de l’identité orientale du pays s’est faite en partie grâce aux grandes sagas sépharades.

Quand bien même les auteurs sont ashkénazes, le fait qu’ils expriment des réalités levantines leur donnent une teinte d’orientaliste.

Bien que les origines de cette littérature et de cette culture soient européennes (la Haskalah d’Europe), elle s’est réinventée une identité orientale d’emprunt en tentant de se recentrer vers les mythes de l’Orient antique et plus généralement de se redéfinir par rapport à l’héritage ancestral de la civilisation biblique.

La perception d’Israël est celle d’un pays situé à mi-­chemin entre l’Occident et l’Orient, peut­ être dû à la fascination, positive ou négative, que le seul mot de juif ou hébreu continue d’exercer dans les cultures d’origine chrétienne.

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