Israël : Mythe ou Réalité du Bonheur en Temps de Guerre ?

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Israël : Mythe ou Réalité du Bonheur en Temps de Guerre ?

Israël, classé dans le Top 5 des pays les plus heureux selon le World Happiness Report, semble paradoxalement en proie à une profonde crise émotionnelle alors que la guerre fait rage. Mais comment un pays peut-il être à la fois si bien classé en termes de satisfaction de vie et connaître un tel effondrement en matière de bonheur émotionnel ?

Le mythe trompeur du « bonheur » israélien en temps de guerre

Quand on parle du bonheur mondial, Israël est souvent placé à des hauteurs insoupçonnées, se retrouvant classé aux côtés de pays scandinaves réputés pour leur qualité de vie. Oui, même maintenant, en pleine guerre. Surprenant, non ? Pourtant, c’est bel et bien ce que les données indiquent.

Lorsque j’explique aux Américains qu’avant la guerre de Gaza, Israël occupait la quatrième place en matière de bonheur et qu'après les premiers mois de conflit, il n’a perdu qu’une place pour se retrouver cinquième, je suis souvent accueillie par des regards perplexes et des sourcils levés : « Vraiment ? ». Cette réaction n’est pas unique. Les Israéliens eux-mêmes réagissent de la même manière. Les World Happiness Reports (WHR) de 2023 et 2024 classent Israël parmi les cinq pays les plus heureux, aux côtés de la Finlande, du Danemark et de l’Islande. Un trio qui semble, à première vue, plutôt incongru.

Face à ce paradoxe, de nombreux experts ont tenté de comprendre et d’expliquer pourquoi Israël affiche de tels niveaux de « bonheur » malgré les tensions constantes, et plus récemment, l’épreuve de la guerre. L’une de ces analyses, celle de la psychologue sociale Liraz Margalit, questionne : « Pourquoi le bonheur d’Israël défie-t-il la logique ? ». Elle parle d’une « vérité surprenante », mais en réalité, cette idée de « bonheur » repose sur une conception floue et inadéquate de ce terme. Derrière ces chiffres flatteurs, la réalité émotionnelle des Israéliens est bien plus sombre.

Laissez-moi vous expliquer cette dualité et, surtout, pourquoi il est crucial de comprendre la différence entre satisfaction de vie et bonheur émotionnel.

Satisfaction de vie vs Bonheur émotionnel : une distinction essentielle

Ce que l'on appelle communément « bonheur » est en fait composé de deux dimensions distinctes. D'un côté, il y a la satisfaction de vie, une évaluation globale de paramètres comme la force économique, le soutien social, la liberté individuelle, l’espérance de vie, la générosité et le niveau de corruption perçu. C’est sur cette base que le WHR attribue des scores : les répondants évaluent leur vie sur une échelle de 0 à 10, où 0 est « la pire vie possible » et 10 « la meilleure vie possible ». Il s’agit là d’une mesure purement rationnelle.

Pour Israël, la richesse des relations sociales et le sens aigu du but dans la vie se traduisent par un score élevé en matière de satisfaction de vie. Jusque-là, tout semble logique. Mais il y a un angle mort dans cette évaluation : les émotions. En effet, cette dimension essentielle du bonheur — ressentir du plaisir, de l’intérêt, rire, mais aussi éprouver de l’inquiétude, de la peur ou de la colère — n’est tout simplement pas prise en compte dans le classement global du WHR.

Or, ce que ressentent les Israéliens aujourd'hui, à un niveau émotionnel, est bien différent. Oui, ils peuvent affirmer que leur vie a un sens, qu’elle est riche de relations et de soutien. Mais que disent-ils quand on les interroge sur leur bonheur émotionnel ? C'est là que les choses se compliquent.

Un bonheur émotionnel en chute libre

Si nous examinons de plus près les données émotionnelles collectées par le WHR — les émotions positives comme le rire, et les émotions négatives comme la peur —, les résultats sont édifiants. Avant la guerre, Israël était classé quatrième en termes de satisfaction de vie, mais en matière de bonheur émotionnel, il occupait une place bien plus modeste : 52ème. Alors que la Finlande, numéro un en satisfaction de vie, affichait un ratio d’émotions positives optimal à 80%, Israël atteignait 72,6%, un score correct mais loin d’être remarquable.

Puis est venue la guerre. Et là, le tableau a radicalement changé.

Après trois mois de conflit, Israël n’a perdu qu’une place en satisfaction de vie, passant de la 4ème à la 5ème position. Mais son bonheur émotionnel, lui, a chuté dramatiquement. Le ratio d’émotions positives est tombé à 48%, faisant chuter Israël à la 137ème place sur 138 pays. Un score catastrophique qui place le pays juste au-dessus du Liban et de l'Afghanistan, deux nations connues pour être en queue de peloton depuis des années.

Une résilience en trompe-l'œil ?

Comment expliquer une telle différence entre satisfaction de vie et bonheur émotionnel ? La résilience et la solidarité nationale, éléments clés de la société israélienne, sont sans doute responsables du maintien d’une certaine satisfaction de vie malgré les circonstances. Le soutien social se renforce souvent en période de crise, ce qui peut paradoxalement renforcer le sentiment que la vie, malgré tout, reste « satisfaisante ».

Mais sur le plan émotionnel, la situation est toute autre. La guerre, les pertes humaines, l’incertitude autour des otages, et la crainte permanente d’une escalade du conflit créent une atmosphère d’anxiété, de colère et de tristesse. Il est important de comprendre que cette chute émotionnelle vertigineuse, bien qu’alarmante, est normale dans un contexte aussi stressant.

Accepter la réalité pour mieux rebondir

La vérité émotionnelle des Israéliens est donc bien loin de l’image d’Épinal d’un pays « heureux ». La distinction entre satisfaction de vie et bonheur émotionnel est essentielle pour comprendre cette réalité complexe. Ce que vivent les Israéliens est une souffrance émotionnelle légitime, qui doit être reconnue et, surtout, prise en charge.

Ainsi, si beaucoup d'Israéliens continuent de dire que leur vie est la plus satisfaisante, ils sont nombreux à ne pas se sentir heureux pour autant. Il est crucial d'accepter que cette baisse de moral est normale et, plus encore, qu'il est nécessaire de rechercher de l'aide pour y faire face. Après tout, rebondir après un tel traumatisme ne se fera pas par le déni ou l’illusion, mais par la reconnaissance honnête de ce que l’on ressent et le recours à un soutien approprié.

En prenant conscience de cette réalité, nous pouvons mieux comprendre comment Israël, tout en maintenant une satisfaction de vie élevée, traverse une véritable crise émotionnelle. Une crise qu’il est important de ne pas ignorer.

À propos de l'auteur : 

Robert M. Schwartz, Ph.D., est psychologue clinicien, chercheur et ancien membre du corps enseignant de la faculté de médecine de l'université de Pittsburgh. Pionnier de la psychologie positive, il a développé une méthode scientifique de mesure des émotions positives et négatives. Il a également écrit des commentaires sociaux et politiques pour The American Spectator, The Christian Science Monitor, The American Thinker et les médias israéliens.

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