Israël-Gaza-Égypte : l’histoire complexe de l’axe Philadelphie

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Israël-Gaza-Égypte : l’histoire complexe de l’axe Philadelphie

Israël-Gaza-Égypte : l’histoire complexe de l’axe Philadelphie

Le Hamas exige qu’Israël se retire de l’axe Philadelphie comme condition préalable à un accord.
De son côté, le Premier ministre Benjamin Netanyahu refuse de céder sur ce point, allant jusqu’à s’opposer au ministre de la Défense, Yoav Galant.
Parallèlement, l’Égypte, troisième acteur de ce dossier, déplore les pertes économiques causées par la fermeture de cette route de contrebande par Tsahal.

Mais qu’est-ce qui a transformé cette frontière sud de la bande de Gaza en une poudrière si explosive que même les États-Unis peinent à la désamorcer ?

Un dessin humoristique de Guy Mord dans "Yediot Ahronoth" illustre parfaitement la situation : la partie inférieure de la tête de Netanyahu est représentée avec une chaîne pendant à son cou. Mais au lieu d’un pendentif, un carré sur sa poitrine porte l’inscription "Axe de Philadelphie".

Cette image résume avec une précision glaçante la position actuelle du gouvernement israélien, qui a décidé de maintenir une présence militaire permanente sur cet axe, malgré l’opposition de Galant.

Ce choix découle de la conviction israélienne que, sans port ni aéroport à Gaza, le poste frontière de Rafah et les tunnels sous l’axe de Philadelphie sont devenus la principale voie de contrebande pour les marchandises, les armes, le matériel militaire, et même les personnes entre le Sinaï égyptien et Gaza.

L’axe de Philadelphie, une bande tampon longue d’environ 14 kilomètres, marque la frontière sud de Gaza avec l’Égypte. Ce corridor stratégique, sur lequel se trouve le passage de Rafah, permet théoriquement aux habitants de Gaza de se rendre en Égypte. En 2005, Israël s’est retiré de cet axe, mais y est récemment revenu.

Pendant des années, la contrebande à travers ces tunnels a généré des dizaines de millions de dollars chaque mois. Cet argent était partagé entre les commerçants de Gaza, les hauts responsables du Hamas, les officiers égyptiens et les passeurs qui attendaient aux entrées des tunnels.

Fermer un tunnel, c’était découvrir que vingt autres étaient encore en activité le lendemain. Sous la présidence de Mohamed Morsi, prédécesseur d’Abdel Fattah al-Sissi, la contrebande était devenue une réalité incontestable, les camions de marchandises circulant librement entre Gaza et l’Égypte sous la surveillance des Frères musulmans.

Récemment, Khalil al-Hiya, adjoint de Yahya Sinwar, a déclaré sur Al-Jazeera que sans retrait israélien de l’axe Philadelphie, du passage de Rafah, et du carrefour de Netzer, aucun accord ne serait possible.

L’Égypte partage cette opposition à la présence israélienne. Mais Netanyahu est catégorique : un retrait total enverrait un signal dangereux au Hamas, leur montrant que le meurtre d’otages israéliens est une stratégie payante.

"L’axe de Philadelphie," a affirmé Netanyahu, "est le tuyau d’oxygène du Hamas." Il craint que cette voie ne permette au Hamas de transférer les otages vers le Sinaï puis vers l’Iran. Toutefois, selon certains experts de la sécurité israélienne, il serait toujours possible de reprendre le contrôle de l’axe si le Hamas venait à rompre les accords.

La question de la contrebande n’est pas nouvelle. Chaque envoyé israélien a régulièrement mis en garde ses homologues égyptiens sur les dangers du trafic d’armes. Mais ces avertissements ont souvent été ignorés de part et d’autre.
L’Égypte, accaparée par d’autres défis sécuritaires, a laissé faire, tandis qu’Israël avait ses propres priorités. Par ailleurs, le mouvement de valises d’argent en provenance du Qatar a débuté sous les yeux de Jérusalem, compliquant encore la situation.

L’attaque du 7 octobre a bouleversé l’équilibre. Dès le début de la guerre, Israël a accusé l’Égypte d’avoir permis au Hamas de se servir de l’axe de Philadelphie comme d’une route majeure de contrebande.
En réponse, al-Sissi a insisté sur le fait que 750 membres des forces de sécurité surveillent la frontière. Mais la guerre a également privé l’Égypte des revenus colossaux tirés de cette contrebande. Selon les autorités égyptiennes, les tunnels ne sont plus actifs, mais Israël affirme qu’il en reste des dizaines.

Remplacer le Hamas par des agents de l’Autorité palestinienne basés à Ramallah ne résoudra probablement pas le problème.
Les hommes d’Abou Mazen ne semblent pas avoir les compétences nécessaires pour gérer la situation et risquent de reproduire les mêmes erreurs que le Hamas, en collaboration avec leurs homologues égyptiens. Le Sinaï est devenu le ventre mou de l’Égypte, alors que Gaza est désormais une affaire économique.

Les Égyptiens ont récemment renforcé les procédures d’inspection pour ceux qui quittent Gaza. Il ne s’agit plus seulement de payer 11 000 dollars immédiatement, mais d’un capital immense, partagé entre les intermédiaires des deux côtés, accompagné de lettres d’engagement et d’un refus catégorique d’accueillir les fuyards.

Le quartier général des renseignements au Caire met en garde Israël contre le chaos qui règne dans la bande de Gaza. Bien que les Égyptiens prévoient d’envoyer des bataillons d’ingénieurs et des centaines d’ouvriers pour reconstruire des infrastructures et des logements à Gaza, ils redoutent qu’en l’absence d’un mécanisme de sécurité, le terrorisme ne refasse surface. N’oublions pas qu’il reste des armes à Gaza, des explosifs, et des milliers de jeunes en colère et au chômage qui réclament leur dû.

Al-Sissi et Netanyahu, autrefois en contact régulier, n’ont plus de telles conversations, selon les informations disponibles. Les hauts responsables égyptiens se souviennent de l’avertissement en temps réel adressé à Netanyahu par une source de renseignement de haut niveau, selon lequel le Hamas se préparait à une attaque meurtrière dans les colonies du sud 3 jours avant le 7 octobre.
Cet avertissement, ignoré par Israël, a été révélé après le début de la guerre à plusieurs médias, dont "Yediot Ahronoth", et à un haut responsable du Congrès américain.

Gaza pose ainsi un défi sécuritaire non seulement à Israël mais aussi à l’Égypte. D’un côté, le Caire élabore des plans économiques pour Gaza ; de l’autre, il craint qu’un vide du pouvoir ne s’installe. Seule une solution politique pourrait modifier la réalité à Gaza. C’est sur ce front que travaillent actuellement les Américains, avec ce qu’ils appellent "la dernière offre absolue". En chemin, ils devront également résoudre le conflit autour de l’axe Philadelphie.

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