Israël : Abus de pouvoir au commissariat et le double visage du commandant Malkiel Arami

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Israël : Abus de pouvoir au commissariat et le double visage du commandant Malkiel Arami

Abus de pouvoir au commissariat
Le double visage du commandant Malkiel Arami

« Il s’est préparé au jour où il serait arrêté, il m’a dit de détruire toutes nos conversations. »

Pour elles, Malkiel Arami était un policier respecté, un commandant admiré, un homme charismatique. Pour certaines, il était aussi un compagnon, parfois un amant, souvent une figure d’autorité dont elles dépendaient hiérarchiquement.
Elles étaient loin d’imaginer que derrière cette façade se cachait un système de relations multiples, tissées dans le secret, la manipulation et la peur.

La série « Exposure » a recueilli leurs témoignages. Des récits concordants, précis, glaçants, qui dessinent le portrait d’un officier chevronné ayant utilisé sa position pour instaurer des liaisons interdites, imposer le silence et brouiller les repères entre pouvoir, séduction et contrainte.

La prise de poste et la fascination

Les femmes qui ont accepté de parler ont presque toutes choisi l’anonymat. Une seule a décidé de révéler son identité : Shiral Bengayev. À son arrivée au commissariat de Neve Sharett, à Tel Aviv, elle n’imaginait pas que cette affectation marquerait durablement sa vie.

« À mon arrivée, j’étais submergée d’émotions, avec le sentiment d’être au bon endroit et d’avoir l’opportunité de m’exprimer », raconte-t-elle.
« Les gardes-frontières dormaient au quatrième étage, les policiers en uniforme bleu au premier. Les équipes étaient mixtes, le travail était professionnel, structuré. »

Parmi tous les policiers, un homme se distinguait nettement : Malkiel Arami. « Notre première rencontre a eu lieu lors d’une réunion avant la prise de service. Il était concentré, sûr de lui, toujours alerte. Un excellent commandant, capable de parler de tout, même de sujets personnels », se souvient-elle.

Très vite, les échanges quittent le strict cadre professionnel. Arami se confie, évoque un divorce difficile, une relation conjugale compliquée. « Il m’a dit qu’il avait peur d’être séparé de sa femme, qu’il était resté pour elle. C’était très émouvant. »

L’installation d’un lien exclusif

À 19 ans, Bengayev est une jeune soldate. Arami devient son principal soutien. « Quand je me suis disputée avec mon supérieur direct, il m’a défendue. Il m’a dit que ce n’était pas normal. Il m’a protégée. »

Peu à peu, il s’impose comme la figure centrale de son quotidien professionnel. « Il a été promu responsable des équipes. Il me tenait près de lui dans la voiture. Nous étions toujours ensemble. Aucun autre policier ne l’accompagnait. »

Comment cette proximité a-t-elle évolué ?

« C’était agréable. Il m’écoutait, me donnait l’impression d’avoir de l’influence. Il me cherchait sans cesse, voulait qu’on s’assoie après le travail pour parler, boire un café, une bière. »

L’invitation à un feu organisé chez ses parents marque un tournant. « En plein milieu de la soirée, il m’a écrit pour me proposer de sortir. Il m’a dit qu’il était amoureux, qu’il ne pensait qu’à moi. Il savait que c’était mal. Il a rappelé que j’avais 19 ans, qu’il en avait 30, que j’étais une simple soldate et lui le commandant. Mais il disait qu’il ne pouvait pas lutter. »

Comment avez-vous réagi ?

« J’étais choquée. J’ai immédiatement senti que ce n’était pas normal. »

Et pourtant, vous avez continué.

« Oui. Il a su combler ce qui me manquait. Il a vu la petite fille en moi. »

Une relation cachée, dans l’uniforme et hors de l’uniforme

« Pendant les briefings, on ne se parlait pas. Mais une fois dans la voiture, tout changeait. On s’embrassait, on se prenait dans les bras. Comme un couple. Il y avait aussi des contacts physiques intimes au bureau et sur la route. »

Avez-vous eu des relations sexuelles pendant le service ?

« Oui. Et après, il retournait sur le terrain comme si de rien n’était. »

Avec le temps, le discours change. « Il m’a dit qu’il fallait que ça reste entre nous. Que s’ils l’apprenaient, il serait muté. Que moi, on m’enverrait à Jérusalem, où je ne voulais pas aller. Il disait vouloir me protéger. »

Mais une autre réalité se dessine. Arami est muté à Givatayim. Là, une nouvelle policière témoigne, elle aussi anonymement. « Je suis arrivée en 2019. Six mois avant la fin de mon service, Malkiel a remplacé mon commandant. J’étais ravie. Il m’a soutenue immédiatement. »

La même mécanique s’installe. Travail en binôme, appels personnels, confidences. « Une amitié est née, puis une relation. Il m’a expliqué que si cela se savait, il irait en prison et que je ne pourrais jamais m’engager dans l’armée. Alors j’ai menti à tout le monde. »

Où vous voyiez-vous ?

« En voiture, au commissariat, dans les bureaux. »

Chez lui ?

« Il disait louer un appartement à Holon avec une cousine. Il y avait des affaires de femme. C’était étrange, mais il m’a convaincue. »

Les mensonges en cascade

À la même période, une civile entre dans sa vie. Rencontre fortuite, soirée « incroyable », relation amoureuse immédiate. Il l’introduit clandestinement au commissariat. « On est entrés par l’arrière, avec un code. On a eu des rapports sexuels dans une voiture de police et dans les bureaux. »

Qui était-il pour vous ?

« Mon meilleur ami. »

Pourquoi ne vous êtes-vous pas mariés ?

« Il disait toujours qu’il fallait attendre. »

Une autre femme, Yael, raconte une histoire presque identique. « Il parlait de son divorce. Puis il est devenu jaloux. Un jour, il m’a invitée à sortir. »

Quand elle exige que leur relation devienne publique, il invente un nouveau mensonge. « Il m’a dit qu’il allait se marier, mais que ce serait un mariage fictif. »

Cette version est répétée à plusieurs femmes, avec des variantes. À l’une, il explique vouloir obtenir la garde exclusive de sa fille. « Il disait qu’il devait prouver au tribunal qu’il pouvait l’élever sans sa femme. C’était absurde. »

Le jour du mariage arrive. Les femmes découvrent les photos sur les réseaux sociaux. « Des vidéos en direct. Mon homme en costume de marié. Une hallucination », raconte Yael. « Pendant la cérémonie, il m’envoyait des messages : “Ne t’inquiète pas, je vais divorcer.” »

Les images, le contrôle, la peur

L’enquête révèle un autre pan de l’affaire. « Il filmait nos relations intimes. J’entendais parfois le début de l’enregistrement. Il disait qu’il stockait tout sur un disque dur sécurisé. Je lui faisais confiance. »

Au commissariat, les femmes comprennent l’ampleur de la tromperie. Elles créent un groupe WhatsApp. « L’une d’elles m’a dit avoir vu des dossiers classés par noms, visages, dates. Elle m’a reconnue sur des photos. »

La vérité tombe. Arami n’était ni divorcé ni célibataire. Il était marié, et père. « J’étais avec lui à l’hôpital. Il disait que son père était malade. Il revenait de la maternité. Nous avons fait l’amour, puis il est reparti. Sa femme était en train d’accoucher. »

« J’avais 19 ans. Je lui faisais confiance. Il a abusé de son pouvoir. »

Une affaire classée, une sanction disciplinaire

La police a recueilli les témoignages de cinq femmes. L’enquête portait sur des relations avec des subordonnées et sur des enregistrements intimes. L’affaire pénale a été classée sans suite faute de preuves matérielles. « Il savait quoi faire. Il m’a ordonné de détruire nos conversations », affirme Yael.

Sur le plan disciplinaire, la police a reconnu un comportement « offensant, immoral et contraire aux valeurs de l’organisation ». Arami a été suspendu, puis licencié en juillet 2024. Il a été condamné par un tribunal disciplinaire à un blâme sévère et à une amende.

« Je veux qu’ils sachent qui il est, pour qu’il ne recommence pas », dit Shiral.

La version d’Arami et les réponses officielles

Confronté par l’équipe de l’émission, Arami se présente comme un policier « humain », « proche des gens ». Il affirme avoir été victime de mensonges et de vengeance. « Il n’y avait aucune relation abusive », dit-il. « J’ai peut-être mal agi parfois, mais je regrette. »

Son avocat dénonce « une campagne de diffamation » et annonce une action judiciaire.

Le service des enquêtes de police confirme l’absence d’infraction pénale, tout en soulignant la gravité disciplinaire des faits.

La police précise que l’agent a été suspendu, licencié et sanctionné conformément à la loi.

Les femmes, elles, restent avec leurs récits, leurs preuves disparues, et la certitude d’avoir été prises dans un engrenage où l’autorité s’est transformée en emprise.

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