Un prof lausannois dérape à Auschwitz

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proflau.jpgArticle paru dans "Le Matin"

Enseignant et ancien candidat au Conseil national, le Vaudois Bernard Junod s’est fait prendre en photo tout fier, un paquet de «nasi goreng» à la main, devant le portail de l’ancien camp de concentration.

cette photo passe très mal. © D.R.

Il jure n’avoir voulu blesser personne, aimer le peuple juif, et raconte avoir déjà passé de magnifiques vacances en Israël. Pourtant, la dernière blague de Bernard Junod publiée sur son mur Facebook risque de lui coûter cher. De passage à Auschwitz pour une journée de formation continue consacrée à la Shoah, mercredi, ce prof trentenaire de la région lausannoise n’a rien trouvé de mieux à faire que de poser tout sourire devant l’inscription «Arbeit macht Frei» à l’entrée du camp de concentration. Dans sa main droite, un emballage de «nasi goreng» (un plat asiatique à base de riz) précuisiné. Pourquoi cette mise en scène incongrue? Egalement politicien au sein du Mouvement citoyens vaudois, Bernard Junod dit avoir mangé «par hasard» ce met au nom évoquant le IIIe Reich, la veille de son départ pour le camp, et s’être amusé de la coïncidence au point d’embarquer le bout de carton avec lui en Pologne.

«La photo a été prise devant 200 personnes, et je n’ai rien entendu de négatif à ce moment-là», se justifie le Lausannois, qui s’était illustré avec des interventions loufoques sur le web lorsqu’il tentait d’accéder à la Municipalité lausannoise, en 2011. Lui-même catholique, il explique avoir une grand-mère juive qui aurait été «fière de lui» si elle l’avait vu en train d’immortaliser de la sorte sa visite dans le camp: «C’est de la grosse déconnade, mais ça permet aussi de faire parler de ces lieux. Il n’y avait aucune volonté de ma part de profaner quoi que ce soit.» Reste qu’il se dit prêt à rédiger une lettre d’excuse pour la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD), qui organisait sa visite sur place, aux côtés de 120 autres profs et de 60 élèves.

Il devra aussi donner des explications à d’autres. Contacté par le prof dans la journée d’hier, le directeur général de l'enseignement obligatoire vaudois, Alain Bouquet, annonce d’ores et déjà qu’une procédure sera ouverte contre le trublion: «Je n’aime pas ce qui s’est passé.» Il relève tout de même que la farce de l'enseignant ayant été publiée sur son mur Facebook, elle se situe à la frontière du public et du privé. Les sanctions pourraient aller de l’avertissement au licenciement pur et simple.

De son côté, la CICAD déplore les «errements» du prof, qui lui a présenté oralement des excuses. Des excuses qu'il a également publiées jeudi en fin d'après-midi sur son mur Facebook, où la photo n'apparaît plus. La CICAD constate néanmoins avec regrets qu’il n’a vraisemblablement pas saisi les objectifs de la visite qu’elle organise chaque année à Auschwitz. L’homme ne s’était pas signalé par un comportement particulier sur place.

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