Hitler n'aimait pas les Israéliens : au procès des insultes antisémites

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Antisémitisme : Hitler n'aimait pas les Israéliens

"Hitler n'aimait pas les Israéliens" : au procès des insultes antisémites contre Miss Provence.

Quatre hommes et trois femmes se sont présentés devant la justice, mercredi 22 septembre, pour avoir proféré sur Twitter des insultes antisémites, le soir de l’élection de Miss France, à l’encontre de la candidate provençale April Benayoum, en décembre dernier. À la barre, sept prévenus ont déployé des trésors de mauvaise foi pour justifier leurs propos.

Tribunal judiciaire de Paris, 17e chambre, mercredi 22 septembre. Une petite femme s'avance à la barre, le pas mal assuré. Djamila s'accoude, confirme son identité. « Vous n'êtes pas représentée, mais vous avez le droit de faire des déclarations ou de garder le silence », lui explique calmement la présidente du tribunal. Elle hésite, semble avoir du mal à respirer. « Vous voulez un verre d'eau ? » Non, juste sa ventoline. Elle porte l'inhalateur à sa bouche, l'assistance peut entendre le bruit du gaz qui se libère. « Franchement, je suis très émue. Je m'excuse. Je ne suis pas une personne qui fait du mal », explique-t-elle, le timbre fragile porté par un fort accent marseillais.

Djamila a une cinquantaine d'années, elle est veuve, porte sa fatigue. Femme de ménage, elle cumule employeurs et pension de réversion pour moins de 1 300 euros par mois. Sensible à son malaise, la présidente du tribunal tente de l'amener pas à pas vers les événements qui l'ont conduite devant la justice« Je ne me rappelle plus pourquoi j'ai publié ça. Vraiment, je ne sais pas. » Le 19 décembre 2020, alors que l'élection de Miss France réunit plus de 7 millions de téléspectateurs, Djamila publie sur son compte Twitter le message suivant : « Moi, quand j'ai entendu les origines de Miss Provence » suivi d'un portrait d'Adolf Hitler.

« HITLER N'AIMAIT PAS LES ISRAÉLIENS »

Ce soir-là, Miss Provence, ou April Benayoum, a eu l'audace d'expliquer sa passion pour la géographie par ses origines mixtes. « Une mère serbo-croate, un père israélo-italien. » Sur Twitter, la réaction est immédiate : le réseau social suinte de tweets antisémites. Certains appellent au boycott et d'autres, comme celui de Djamila, cette petite femme de ménage impressionnée par la machine judiciaire, font plus explicitement référence à l'extermination des Juifs. Comme elle, ils sont huit, de 20 à 58 ans, à être poursuivis pour « injures publiques commises à raison de l'origine, de l'ethnie, de la race ou de la religion ». Ils ne sont que sept à s'être présentés devant le tribunal.

« On comprend que vous êtes désolée aujourd'hui. Mais à l'époque, quand vous publiez ça, qu'est-ce que vous vouliez dire ? », lui demande à nouveau, sans perdre patience, la présidente du tribunal. « Je ne sais pas, je ne me rappelle pas. » C'est vrai ça, quel rapport entre Hitler et les Juifs ? « Qu'a fait Hitler ? », lui demande encore la présidente. « Il a fait la guerre », répond Djamila, volontairement à côté. « Rien d'autre ? Il n'a rien fait d'autre qui pourrait expliquer que vous publiiez ça ? »« Il n'aimait pas les Israéliens. » Nous nous en tiendrons là.

« JE VOTE CONTRE LA JUIVE »

Le tribunal n'aura pas d'explication sur la raison qui conduit une mère d'une cinquantaine d'années à publier le portrait d'Adolf Hitler en réaction aux propos d'April Benayoum. Peut-être pour « amuser la galerie » comme l'explique à la barre, penaud mais assuré, Rayyane, la vingtaine, célibataire au chômage. « Ce tweet, c'est un troll. Rien d'antisémite, rien de sérieux. Je voulais juste faire réagir en caricaturant le beauf antisémite. » Une caricature plutôt réussie. Le 19 décembre 2020, Rayyane twitte : « Comment on fait pour voter contre une miss ? Je vote contre la Juive. » Lui aussi tient à présenter ses excuses, mais assure que son compte Twitter « a toujours caricaturé les racistes, les homophobes, les antisémites, je fais en sorte d'être avec eux pour amuser la galerie mais ce sont des choses que je combats tous les jours », assure-t-il sans s'expliquer davantage. « En publiant des propos antisémites ? », relève le tribunal.

À l'entendre, il n'y a pas de haine en ligne, simplement des gens trop premier degré. Et tant pis si la ligne entre imitation, outrance et appel à la haine n'est jamais clairement tracée. « Je suis un troll en fait », déclare-t-il au tribunal dans un élan de lucidité. C'est qu'il vaut mieux être un troll qu'un antisémite. « C’est débile, c’est des gamineries », tente-t-il de balayer. À la simple question « Mais où est l'humour ? » posée par le tribunal, Rayyane botte vite en touche. « C'est des tweets faits au millième degré. Je n'ai rien contre les Israéliens et la religion juive », assure-t-il. À la police, il a déclaré : « En plus, j'ai lu qu'elle était d’origine algérienne. J’aurais voté pour elle ! Quand j’ai vu qu’elle avait perdu, j’étais dégoûté. »

« PARDON, C'EST LE STRESS »

À la barre, tout l'après-midi, les excuses s'enchaînent. « Le bal des hypocrites », tapera l'un des avocats des parties civiles au moment de sa plaidoirie. Un ballet où les trolls sortis de leurs tanières apparaissent pour ce qu'ils sont : de petits commentateurs à l'invective facile, qui troquent bien volontiers les appels à la haine pour quelques abonnés supplémentaires. À la lumière de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, ils tremblent, stressent et perdent leurs moyens.

« Vous vous sentez bien ? » demande, visiblement préoccupée, la présidente du tribunal à Amek. « Pardon, c'est le stress. C'est la première fois que j'ai affaire à la justice. » Il assure avoir insulté toutes les miss ce soir-là, pas seulement April Benayoum. Il explique aussi avoir « honte » de se retrouver devant la justice. Amek a très mal vécu d'être traité d'antisémite : « Des gens sont venus m’insulter le lendemain, on m’a mis dans le même sac que des antisémites et des racistes. »« Vous avez twitté : "Miss Provence est israélienne cette chienne" », lui rétorque, las, le tribunal. Rien à ajouter ? L'étudiant en BTS informatique, père ouvrier et mère au foyer, lâche : « Je n'ai pas d'argent. Mes parents n'ont pas d'argent. »

« PAS DE QUOI ÊTRE FIER »

Si tous admettent le caractère injurieux de leurs propos, certains tentent quand même de se justifier par leur sensibilité à la cause palestinienne. C'est notamment le cas de Yasmine, qui explique n'avoir pas voulu cibler April Benayoum elle-même, mais plutôt la politique de l'État d'Israël. « Quand j’ai entendu ce nom d'Israël, j’ai été choquée explique-t-elle sans ciller au tribunal. Ce n'était pas le lieu. C'est un pays qui viole les droits de l’homme, j'aurais réagi pareil si ça avait été le Qatar ou l’Arabie saoudite. »

L'avocate de l'Organisation des Juifs d'Europe l'interroge : « Qu'aurait dû dire Mme Benayoum sur ses origines ? Mentir ? » La prévenue botte en touche : « Avec du recul, je pense qu'elle n'aurait rien dû changer à ce qu'elle a dit. Mais pour moi, ce n'est pas une origine dont on doit être fier. » Son tweet, le soir du 19 décembre, invitait à boycotter April Benayoum comme on le ferait des produits israéliens : « Miss Provence, je boycotte en fait ». Aujourd'hui, Yasmine s'en tient à sa ligne de défense : « À tort ou à raison, j’ai twitté. On a un nombre de caractères limités et en aucun cas je n’ai tweeté ça pour blesser une quelconque personne, c’est juste le nom d'Israël qui m’a heurté, j’ai été heurtée par ce mot-là. » Le pouvoir d'un seul mot.

C'est la constante, dans ce procès. Tous reconnaissent avoir publié les propos incriminés, tous regrettent, certains plus que d'autres, mais personne n'est antisémite. Surtout : personne n'est responsable. Qu'il se soit agi de « 1000e degré », d'une critique maladroite et inopportune de la politique israélienne, ou simplement d'un effet d'entraînement propre aux réseaux sociaux, les auteurs de ces messages voudraient que leur responsabilité soit diluée dans la masse des quelque 500 messages recensés par le parquet. Ils ne sont pourtant que huit à avoir été traduits en justice et seulement sept à s'être présentés.

QUE LES TROLLS NE RESTENT PAS « DERRIÈRE LEURS ÉCRANS »

À la barre, April Benayoum dit « accepter les excuses ». La première dauphine est restée stoïque tout l'après-midi, laissant tout juste échapper une moue désapprobatrice lorsque les explications versent trop ouvertement dans la mauvaise foi. Entre deux interrogatoires, elle va donner des interviews à la presse télé parquée devant la salle 422. BFMTV, CNews, la présidente du comité Miss France Sylvie Tellier perchée sur ses talons en fond de salle, la batterie d'avocats de la victime et des associations contre le racisme et l'antisémitisme… et ces 7 prévenus. « Si je suis présente aujourd'hui c'est tout simplement parce que je ne veux pas que ces personnes restent impunies et cachées derrière des écrans », explique à la barre l'ex-Miss Provence. À voir les traits tirés et les regards hagards du côté de la défense, c'est assez réussi.

« Qu'est-ce qu'on a voulu faire derrière ces injures ? On a voulu dire à April Benayoum que non, il ne faut pas être fière de ses origines, comme si c'était un sujet tabou. Condamner les prévenus, c'est aussi défendre la liberté d'expression », a affirmé la procureure lors de ses réquisitions. Des peines de deux mois d'emprisonnement avec sursis ont été requises à l'encontre de l'ensemble des huit prévenus. Verdict le 2 novembre prochain.
Source : Mariane

Mots clés : April benayoum, antisemitisme, miss france, israel, hitler, nazis, procés antisemite, insultes antisémites

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