Guerre-Iran : La paix la plus bizarre de l'histoire - le "vaincu" dicte ses conditions

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 Cessez-le-feu Iran–USA : la trêve qui ne calme pas tout

 Cessez-le-feu Iran–USA : la trêve qui ne calme pas tout

La nuit du 7 au 8 avril 2026 restera dans les livres d'histoire. À une heure du matin, à une heure seulement de l'expiration de son ultimatum il avait menacé d'éradiquer "une civilisation entière" Donald Trump a posté sur Truth Social : "J'accepte de suspendre les bombardements contre l'Iran pendant deux semaines." Téhéran a répondu dans la foulée. La guerre de 40 jours marquait une pause. Mais une pause seulement.

C'est quoi exactement, ce cessez-le-feu ?

Les États-Unis vont interrompre les attaques sur l'Iran durant deux semaines, et Téhéran va en retour rouvrir temporairement le détroit d'Ormuz. Des pourparlers doivent commencer vendredi à Islamabad, avec le Pakistan comme médiateur clé, pour tenter de transformer cette trêve en accord définitif.

Et les deux camps crient victoire simultanément ce qui en dit long. Washington revendique "une victoire totale et complète", tandis que Téhéran proclame "une grande victoire", son Conseil suprême de sécurité estimant que "l'ennemi a subi une défaite indéniable, historique et écrasante".

Quand les deux adversaires se congratulent en même temps, c'est souvent que personne n'a vraiment gagné. Ou que l'accord est tellement flou que chacun peut y lire ce qu'il veut.

 Qui a vraiment cédé ?

Pour l'analyste Romuald Sciora de l'IRIS, "les États-Unis n'ont pas gagné cette guerre" : Trump "se contentera de la réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'était pas véritablement fermé il y a encore quelques semaines". Trump voulait afficher un grand deal avant le 250e anniversaire des États-Unis. Il était sous pression : l'électorat MAGA, pour la première fois depuis dix ans, s'était montré fébrile et avait commencé à se détourner de lui.

De son côté, l'Iran a présenté un plan en 10 points. Parmi ses exigences : cessation complète de toute agression, retrait des forces américaines du Moyen-Orient, levée de toutes les sanctions, réparations de guerre, et maintien du contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz. Si ces demandes étaient toutes acceptées, elles mettraient Téhéran dans une meilleure situation géopolitique qu'avant la guerre.

 Et Israël dans tout ça ?

C'est là que ça se complique vraiment. Israël a dit "soutenir" la décision américaine de suspendre les frappes contre l'Iran, mais a aussitôt précisé que l'accord "n'inclut pas le Liban". Ce qui, pour Netanyahu, signifie : guerre continue.

La preuve dans les faits : le jour même de l'annonce du cessez-le-feu, Israël a mené sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le début de la guerre ciblant en l'espace de 10 minutes une centaine de postes de commandement à travers le Liban.
Beyrouth a brûlé pendant que Téhéran fêtait la paix. Le bilan des frappes israéliennes dépasse les 250 morts ce seul mercredi 8 avril.

Netanyahu a déclaré en direct que le cessez-le-feu "n'est pas la fin de la campagne contre l'Iran", et qu'Israël était "prêt à reprendre le combat à tout moment".

 Le nord d'Israël : la frontière qui brûle encore

Depuis le 2 mars, le Hezbollah avait ouvert un front nord en tirant des roquettes sur Israël. Au Liban, plus de 1 500 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis le début du conflit.

Le Hezbollah a affirmé jeudi être "en droit de riposter" aux frappes israéliennes, et a lancé des roquettes sur Israël en réaction à ce qu'il qualifie de "violation du cessez-le-feu". Au nord d'Israël, les sirènes continuent de retentir. La vie des habitants de Galilée reste suspendue à chaque alerte.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a mis en garde : "La poursuite de l'activité militaire au Liban fait peser un grave danger sur le cessez-le-feu et les efforts menés en faveur d'une paix durable."

Le détroit d'Ormuz : ouvert ou fermé ? La grande question

Voilà le nœud de tout l'accord. Le détroit d'Ormuz, où transitait avant la guerre 20% du pétrole brut et du gaz mondial, a été quasi-fermé pendant 40 jours.

Résultat de cette "réouverture" ? Seize heures après l'annonce de Trump, seulement 3 navires avaient traversé le détroit.  L'enthousiasme des armateurs reste très modéré. Richard Meade, rédacteur en chef de Lloyd's List, résume : "De manière assez compréhensible, tout le monde est nerveux. Si un navire est touché, nous reviendrons à la case départ." 

Et surtout, "ouvert" ne veut pas dire "gratuit" : l'accord mentionne un "protocole de passage sécurisé" dans lequel le passage quotidien des navires serait "limité" et contrôlé par l'armée iranienne.

La taxe : combien ça coûte de passer chez l'Iran ?

Accrochez-vous. Selon le Financial Times, Téhéran demande 1 dollar par baril de pétrole passant dans le détroit, payé en cryptomonnaies.  Traduction concrète : un pétrolier devrait payer environ 1,5 à 2 millions de dollars pour une seule traversée. 

Et l'Iran y voit un business juteux : Bloomberg estime que ce péage pourrait rapporter jusqu'à 64 milliards de dollars par an à l'Iran et Oman.

Les médias d'État iraniens ont même annoncé que Téhéran avait refermé le détroit en réponse aux nouvelles frappes israéliennes au Liban signe que la "réouverture" est aussi une arme politique permanente.

L'impact sur votre portefeuille (et votre pompe à essence)

Bonne nouvelle au moins : les prix du pétrole ont chuté de plus de 17% après l'annonce du cessez-le-feu. Mais ne vous réjouissez pas trop vite. Selon le spécialiste Philippe Chalmin, "nous ne reviendrons pas à la situation antérieure  80 dollars le baril sera probablement un plancher", contre 60 dollars avant la guerre.

Et dans deux semaines ? Les scénarios

La vraie question, c'est : que se passe-t-il le 22 avril si les négociations d'Islamabad échouent ?

Scénario 1 — La paix boiteuse : USA et Iran trouvent un accord a minima sur le nucléaire et les sanctions. Le Hezbollah reste une épine dans le pied. Le détroit d'Ormuz devient un péage permanent. La région reste tendue mais la guerre directe s'arrête.

Scénario 2 — L'éclatement de la trêve : Les frappes israéliennes au Liban provoquent une riposte iranienne qui fait sauter le cessez-le-feu. Des sources proches des Gardiens de la Révolution ont prévenu que si les États-Unis n'arrivent pas à "contrôler leur chien enragé dans la région", l'Iran pourra "exceptionnellement les aider en utilisant la force". Retour à la case guerre.

Scénario 3 — La victoire par épuisement : Un diplomate proche des négociations a indiqué qu'il y a "une vraie crainte qu'Israël fasse dérailler la trêve", ses objectifs étant "différents de ceux de leur allié américain". Washington finit par forcer la main à Tel-Aviv pour obtenir un vrai accord régional incluant le Liban.

Le fond du problème en une phrase

Deux semaines pour négocier ce que 40 ans d'hostilité n'ont pas réglé : le programme nucléaire iranien, le soutien au Hezbollah, le Hamas, les Houthis, les bases américaines dans le Golfe... Les positions des belligérants restent "très éloignées" , et l'horloge tourne.

La suite au 22 avril.

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