Greffe de visage en Israël : ce que dit la médecine, ce que murmure le Talmud

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Greffe de visage en Israël : ce que dit la médecine, ce que murmure le Talmud

Greffes de visage : un miracle chirurgical encore absent d’Israël, mais chargé de sens dans la tradition juive.

Et si greffer un visage, c’était bien plus que réparer la chair ?

Alors que des chirurgiens israéliens se préparent depuis plus de dix ans à réaliser la première greffe faciale du pays, ce miracle chirurgical soulève des questions vertigineuses : que devient l’âme quand le visage change ? En hébreu, « panim » — visage — est toujours au pluriel.

Un indice que, peut-être, le moi ne se limite pas à la peau. Dans cet article, nous explorons à la fois les défis médicaux de cette opération extrême, les témoignages des greffés à travers le monde, et les échos de cette transformation dans la tradition juive.

Un exploit chirurgical aux conséquences lourdes

Les personnes ayant subi une greffe du visage — l’une des interventions les plus audacieuses et complexes de l’histoire de la médecine moderne — rapportent à la fois un soulagement profond et un quotidien parsemé d’obstacles.

Richard Norris, grièvement blessé au visage par un tir accidentel en 1997 alors qu’il n’avait que 22 ans, est devenu le premier patient au monde à recevoir une greffe faciale complète. Treize ans plus tard, il témoigne :

« Je peux maintenant me promener parmi les gens sans que personne ne me dévisage. Je peux commencer une nouvelle vie. Mais depuis la greffe, j’ai dû aussi subir une greffe de rein, à cause des traitements immunosuppresseurs. Ils dérèglent complètement mon système immunitaire. Nous avons rencontré plusieurs complications en cours de route, mais nous les avons plutôt bien surmontées. »

Un autre cas marquant, celui de Joe DiMeo, jeune Américain du New Jersey, qui s’est endormi au volant à l’âge de 18 ans, revenant d’un travail de nuit. Victime de brûlures au troisième degré sur plus de 80 % du corps, amputé des extrémités de ses doigts, son visage entièrement défiguré, il a subi une double greffe : visage et mains.

« J’ai compris que je voulais être authentique, partager mon histoire. Peut-être qu’elle aidera quelqu’un à sortir de sa journée sombre. Je ne pensais pas que mon parcours pourrait sauver des vies. J’ai perdu 80 % de ma peau, j’ai désormais le visage et les mains de quelqu’un d’autre – mais j’ai aussi trouvé ma compagne. Bien sûr, j’aurais préféré ne pas être brûlé, mais aujourd’hui, j’aime ma vie, parce que Jessica en fait partie. »

Un acte médical hors norme, au prix élevé

La Dre Tal Kaufman Goldberg, spécialiste de la chirurgie plastique et esthétique du visage à l’hôpital Ichilov (Tel-Aviv), décrit les difficultés colossales liées à ces interventions :

« Lorsque quelqu’un meurt, la famille peut choisir quels organes donner — ce n’est pas tout ou rien. On peut donner des organes internes, des cornées, de la peau, et même un visage. C’est ce qui rend possible ces opérations. »

Mais au-delà de la technicité, la Dre insiste sur la dimension psychologique :

« La capacité d’un individu à “adopter” le visage d’un autre est longuement évaluée. Ce n’est pas seulement lui, mais aussi sa famille et son cercle proche qui doivent être prêts. Même après une greffe réussie, porter le visage d’un autre est un défi psychologique immense. Il existe un risque réel de suicide. »

Selon elle, la procédure reste exceptionnelle et exige :

  • une compatibilité très stricte entre donneur et receveur,

  • une préparation psychologique et sociale approfondie,

  • une compréhension totale des risques post-opératoires.

Elle précise que toutes les défigurations ne sont pas éligibles à une greffe. Le taux de complications est élevé, environ 30 %, et le taux de mortalité peut atteindre 20 %, selon les données actuelles du milieu médical.

Qu’en est-il en Israël ?

À ce jour, aucune greffe de visage n’a encore été réalisée en Israël. Mais ce n’est pas faute d’initiative. Dès 2012, le Centre médical Sourasky (Ichilov) de Tel-Aviv annonçait se préparer à une première opération, avec des chirurgiens formés en Europe et aux États-Unis, parmi lesquels les Dr Eyal Gur et Arik Zaretsky.

Le projet était ambitieux : Israël aurait pu devenir le premier pays à opérer une greffe faciale sur un enfant, l’un des candidats étant un mineur défiguré dans un accident. Le programme prévoyait des opérations pouvant durer entre 24 et 36 heures, avec le soutien du Ministère de la Santé.

Malgré cette préparation et l’expertise des équipes, aucun cas n’a encore abouti. Israël reste en observation, bien que le pays maîtrise déjà d’autres formes de greffes complexes, y compris des reconstructions maxillo-faciales lourdes. La culture du don d’organes en Israël, longtemps freinée par des sensibilités religieuses, s’améliore mais reste un frein à certaines innovations, notamment dans des cas hautement visibles comme celui du visage.

“Panim” : quand le visage touche à l’âme dans le judaïsme

Dans la tradition juive, le mot « panim » (פנים), qui signifie visage, est toujours au pluriel. Cette forme grammaticale n’est pas anodine : elle exprime une richesse de sens, une pluralité de facettes, autant chez l’être humain que dans sa relation à Dieu.

Une polysémie spirituelle

Le Talmud enseigne que la Torah possède “soixante-dix panim” — c’est-à-dire soixante-dix visages, soixante-dix interprétations. Cela signifie que la vérité n’est jamais linéaire, qu’elle porte en elle des couches, des profondeurs, des nuances.

Le concept de “Hester Panim”, littéralement “le visage caché”, décrit les moments où Dieu semble se détourner du monde. Cette dissimulation divine est au cœur de la compréhension juive de l’épreuve, de l’absence, du silence sacré.

Dans ce contexte, le visage ne se limite jamais à l’apparence. Il est miroir de l’intériorité, interface entre l’homme et l’autre, reflet du divin. En greffant un visage, on touche à une identité plurielle, à une altérité incarnée. Et peut-être, sans le dire, à un trauma mystique : que devient l’âme quand le visage change ?

Dans les écrits des maîtres du hassidisme, le visage est comparé à une flamme qui trahit les mouvements de l’âme. Le Zohar explique que le visage est “la porte de la lumière”, là où l’âme sort pour rencontrer le monde.

La greffe faciale est l’un des sommets de la chirurgie réparatrice contemporaine, mais c’est aussi un abîme éthique, psychologique et philosophique. Si Israël n’a pas encore franchi ce seuil, tout indique que les fondations sont prêtes : compétences, technologie, et volonté.

Mais dans un pays où le mot panim contient déjà mille visages, cette opération ne sera jamais anodine. Elle interroge l’essence même de l’humain : qu’est-ce qu’un visage ? Où commence le moi ? Où s’arrête l’autre ? Peut-on vivre avec un autre visage que le sien — sans se perdre, sans se nier ?

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